Comment créer de l'emploi en restant allongé sur son transat | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Consommation
Economie et chaise longue sont intimement liées.
Economie et chaise longue sont intimement liées.
©Reuters

Bonnes feuilles

Comment créer de l'emploi en restant allongé sur son transat

Pourquoi donc les linguistes, les historiens, les économistes et autres chercheurs en sciences humaines n'ont-ils pas jugé utile de se pencher sur le cas si complexe et mystérieux du transat ? Vanessa Postec s'y colle dans "Petit éloge du transat" (1/2).

Vanessa  Postec

Vanessa Postec

Vanessa Postec est journaliste indépendante. Elle a publié, aux PUF, Le Goût des femmes à table.
Voir la bio »

Symbole du non-faire, allégorie de la décroissance, ennemi intime du trader qui pourtant semble méconnaître jusqu’à son existence, le transat n’est pas à un paradoxe près.

Mieux, il appert que l’économie et la chaise longue sont intimement liées : parce que l’ironie est une vertu, et que le transat n’en manque pas ? On ne parle bien que des choses que l’on aime, et l’on n’aime que ce que l’on connaît – c’est du moins là ce que certains affirment : je ne m’aventurerai donc pas, pour dénouer les liens tissés serrés entre production et contemplation, sur le terrain glissant des contrefaçons, pseudo-bains de soleil ou chiliennes sans repose-pied, ces ersatz peu avenants à la toile fripée et aux articulations grinçantes, ces substituts sans charme et sans confort, non, j’évoquerai mon transat à moi, ou plutôt celui de ma mère, ce qui reviendrait au même si elle ne me l’empruntait si souvent.

« Fauteuil de relaxation extérieur » fabriqué voici quelques lunes et presque autant de printemps par la société Lafuma, avec tout l’attirail indispensable aux transats d’aujourd’hui, la bête multipositions dispose d’une têtière rembourrée, réglable et amovible, d’accoudoirs à la résistance moelleuse, et est conçue en « Batyline » (puisqu’on vous le dit !), une sorte de toile vaguement élastique percée d’une foultitude de tout tout petits trous. À moins que l’on ne préfère la version R&D : « La Batyline permet la création de produits particulièrement adaptés aux abords de piscine, grâce à une excellente tenue aux UV, un traitement pas l’eau. Les toiles Batyline opposent une grande résistance à la déchirure, ne se déforment pas et sont faciles d’entretien. Elles sont également respectueuses de l’environnement : label Oeko- Tex® (confiance textile contrôle de substances non toxiques). » Amen.

Bien entendu, tout cela se plie, et tout cela est garanti. Si sa couleur (pas plus l’originelle que la délavée) ne figure plus au catalogue, son modèle, en revanche, fait toujours les beaux jours (d’été) de la marque. Ce qui réjouira les futurs acquéreurs, au même titre que les angoissés de la crise, des délocalisations et autres fermetures d’usines qui ne manqueront pas de trouver dans son étiquetage « made in France » (ou plus précisément « made in Anneyron », dans la Drôme, là même où les frangins Lafuma, Victor, Alfred et Gabriel, ont posé en 1930 la première pierre de l’usine historique) quelques raisons de se dérider. Et plus encore sans doute lorsqu’ils apprendront, de la plume du président du groupe Lafuma, à l’occasion de son rapport annuel, que « durant l’exercice 2011, le Groupe a tenu les 2 rendez-vous qu’il avait pris avec la croissance et la rentabilité. Le chiffre d’affaires a progressé de 2,4 % à près de 250 M€ et notre résultat net se monte à 3,9 M€ ». Autrement dit : quand le transat va, tout va.

Et d’ailleurs, l’assertion se précise quelques lignes plus loin, avec « la confirmation du retour de Lafuma soutenu par le mobilier qui s’inscrit comme la meilleure progression et rentabilité opérationnelle du Groupe ». Loué soit le transat !

Grâce à lui, donc, et grâce à vous aussi, grâce à nous tous qui de bonne grâce et sans qu’il soit besoin de nous en prier chômons dans une chaise longue, une société française est devenue un fleuron de l’économie, un symbole à l’international, un remède à la sinistrose. La recette est simple : étendez-vous, vous créerez de l’emploi.

Extrait de "Petit éloge du transat", Vanessa Postec, (François Bourin Editeur), 2013.  Pour acheter ce livre, cliquez ici.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !