Comment combattre le jet-lag ? Une nouvelle étude donne quelques points pour mieux vivre le décalage dû aux longs vols. Pas de pilule magique, mais des petits trucs à adopter. | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Science
Comment combattre le jet-lag ? Une nouvelle étude donne quelques points pour mieux vivre le décalage dû aux longs vols. Pas de pilule magique, mais des petits trucs à adopter.
©

Au taquet

Comment combattre le jet-lag ? Une nouvelle étude donne quelques points pour mieux vivre le décalage dû aux longs vols. Pas de pilule magique, mais des petits trucs à adopter.

Des chercheurs américains de l'Institut Salk ont réalisé une découverte inédite. La protéine Rev-ErbA peut agir sur le cerveau et avoir un impact sur le rythme circadien. L'un des effets serait de ne plus être fatigué par de longs vols en avions. L'effet de "jet-lag" serait ainsi atténué.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

Voir la bio »

Atlantico : Des chercheurs américains du Salk Institute ont découvert une protéine appelée Rev-ErbA. Celle-ci aurait une action sur le rythme circadien. Que pourrait permettre l'action de cette protéine de façon concrète sur le corps humain, notamment pour lutter contre les effets du décalage horaire ? 

Stéphane GayetAucune matière vivante ne se comporte de façon linéaire au cours du temps. La vie, quelle qu’elle soit, connaît des fluctuations temporelles. La succession sur 24 heures d’un jour et d’une nuit est appelée le rythme circadien ou nycthéméral. Comme les animaux diurnes, nous avons une horloge biologique qui nous pousse au sommeil entre 22 heures et 7 heures et à l’activité entre 7 heures et 22 heures. Pour les animaux nocturnes comme le hérisson, la chauve-souris et la fouine, c’est bien sûr l’inverse. Notre rythme circadien cérébral est gouverné par plusieurs molécules circulantes, en particulier le cortisol, hormone de l’éveil et de l’énergie, secrétée par les glandes surrénales, elles-mêmes placées sous le contrôle de l’hypothalamus cérébral par l’intermédiaire de l’hypophyse, elle aussi cérébrale. Le rythme du cortisol accompagne le rythme circadien : la concentration du sang en cortisol est maximale vers 8 heures et minimale vers 18 heures. La mélatonine est, quant à elle, une hormone influencée par la lumière : sa sécrétion est inhibée par l’ensoleillement et au contraire stimulée par l’obscurité. En toute logique, elle favorise le sommeil et contribue donc en bonne part au rythme circadien.

La chronobiologie est une dimension de la biologie qui intègre les fluctuations temporelles des phénomènes biologiques. Cette nouvelle approche comprend la chrono physiologie, la chrono pathologie, la chrono toxicologie, la chrono pharmacologie ou encore la chrono thérapie. Selon la chrono pathologie, une maladie évolutive – par exemple, un cancer – ne se comporte pas de la même façon à midi et à minuit. Ainsi, comme il est plus facile de s’attaquer à une personne pendant son sommeil, il est plus efficace de s’attaquer à des cellules cancéreuses au moment où elles sont le plus vulnérables à l’arme qu’on utilise contre elles. C’est de fait en cancérologie que la chrono thérapie s’est le plus développée.

La fluctuation de l’activité d’un être vivant ne se résume pas, loin de là, aux variations lors de l’alternance du jour et de la nuit.  Il en existe d’autres bien sûr, comme celles que l’on constate avec la succession des saisons, elles-mêmes corrélées aux variations de température extérieure et d’heures d’ensoleillement.

À côté de ces fluctuations circadiennes macroscopiques, que nous pouvons constater aisément, il existe des variations microscopiques. Il apparaît que la plupart de nos cellules sont elles aussi chacune soumises à un rythme circadien. La dérégulation du rythme circadien cellulaire conduit à une augmentation du risque de cancer, du fait du déséquilibre résultant. Les chromosomes du noyau de chaque cellule ont des gènes appelés gènes de l’horloge. Rev-Erb alpha est une protéine strictement intracellulaire (à l’intérieur des cellules et non dans le sang), et qui plus est intranucléaire (dans leur noyau). Elle intervient dans la régulation de l’expression de certains gènes et fait partie des récepteurs du noyau ou "récepteurs nucléaires" (RN) ; ce nom de récepteur vient du fait qu’elle se lie de façon temporaire à certains gènes (donc dans le noyau) pour les activer, les exprimer. Cette protéine Rev-Erb alpha joue en fait un rôle important dans la régulation positive comme négative du rythme circadien. On constate que les souris qui ne synthétisent pas cette protéine ont un rythme circadien perturbé.

Étant donné que cette protéine agit, non seulement à l’intérieur des cellules, mais encore dans leur noyau, son identification ne débouche pas ipso facto sur des possibilités thérapeutiques. En revanche, l’intérêt de sa connaissance réside dans l’amélioration de la compréhension du rythme circadien cellulaire. Les débouchés potentiels consistent en un diagnostic fin des perturbations du rythme biologique cellulaire et peut-être en de futures thérapies géniques ciblant le gène codant pour cette protéine, et a priori déficient en cas de carence en Rev-Erb alpha.

Combien de temps serait-il nécessaire pour que ces résultats puissent aboutir à un médicament en pharmacie ?

Nous nous situons dans la recherche biologique cellulaire. Ce type de découverte nous permet de comprendre de mieux en mieux la régulation de l’expression des gènes chromosomiques et leur déficience. Cette protéine Rev-Erb alpha a bien d’autres fonctions que la régulation du rythme circadien de chaque cellule. Elle intervient en particulier dans le métabolisme des lipides. Plusieurs équipes de recherche travaillent sur cette protéine intranucléaire - qui fait donc partie des "récepteurs nucléaires" - , mais rien ne peut nous laisser penser actuellement que cela va déboucher sur une thérapie médicamenteuse. Il faut rappeler que la mélatonine - ou hormone de la nuit et du sommeil – est actuellement disponible en pharmacie et qu’elle rend déjà des services ponctuels aux personnes souffrant des effets d’un décalage horaire ou ayant plus simplement des difficultés passagères à dormir pour des raisons conjoncturelles.

Existe-t-il d'autres solutions pour lutter contre le décalage horaire et ses effets sur le corps humain ?

En cas de décalage horaire handicapant, beaucoup de personnes prennent avec satisfaction des médicaments psychotropes, qui agissent sur l’éveil ou au contraire l’endormissement.

Pour favoriser l’éveil, il y a déjà la caféine et l’acide ascorbique ou vitamine C. Mais c’est souvent insuffisant. L’un des meilleurs médicaments psychotropes stimulant l’éveil est sans doute le modafinil. Ce produit est commercialisé à destination des adultes souffrant de narcolepsie, c’est-à-dire d’endormissement incontrôlable dans la journée. La narcolepsie est une maladie très invalidante et le modafinil a contribué à transformer sa prise en charge. Sa prescription médicale n’a pas la lourdeur de celle des opiacés, que sont la morphine et tous ses dérivés. À côté du modafinil, qui n’a pas d’effet aliénant, il existe une autre ressource médicamenteuse, celle des amphétamines. Mais il s’agit là de psychotropes aliénants, qui, s’ils empêchent bel et bien de dormir, sont à la fois euphorisants, anorexigènes (réduisent l’appétit) et à l’origine d’autres effets secondaires assez gênants (dépersonnalisation, surestimation de soi…). Leur prescription relève d’ordonnances sécurisées comme pour les stupéfiants et n’est possible que pour une durée courte.

Pour favoriser l’endormissement, il y a déjà la mélatonine dont nous avons parlé. Si l’on tient à prendre un médicament pour stimuler le sommeil, ce qui n’est pas tellement conseillé, il faut se méfier des benzodiazépines dont la demi-vie est longue (leur élimination prend des heures) et les effets secondaires tout de même gênants (ralentissement idéomoteur au réveil, perturbations de la mémoire et accoutumance). La plupart des personnes fréquemment victimes de décalage horaire préfèrent mettre l’accent sur les psychostimulants et dormir quand ils en ont la possibilité.

 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !