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Hit des prénoms d'aujourd'hui : le choix se fait à l'oreille
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Hit des prénoms d'aujourd'hui : le choix se fait à l'oreille

L'édition 2012 de "L'officiel des prénoms" vient de paraître, publiant le classement des prénoms les plus choisis par les parents. Il met en lumière un certain retour en arrière, mais qui semble somme toute assez courant. Explications

Baptiste Coulmont

Baptiste Coulmont

Baptiste Coulmont est sociologue, maître de conférences à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis.

Son dernier ouvrage s'intitule Sociologie des prénoms (La Découverte, 9 juin 2011).

Il tient par ailleurs un blog.

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Atlantico: Ce classement montre une percée des prénoms bibliques (Nathan, Noah, Adam, Gabriel...): pourquoi les parents choisissent-ils des prénoms à caractère religieux ou sacré?

Baptiste Coulmont: Ils ne savent pas nécessairement. Le critère du choix aujourd’hui c’est la sonorité, le goût. Les parents choisissent des prénoms dont ils apprécient les sonorités. Par exemple il y a des prénoms bibliques, comme Mathusalem ou Ruth, qui sont très peu donnés en France. En revanche les prénoms qui sont donnés vont être structurellement en accord avec les autres prénoms.

 

On remarque également un retour aux prénoms « rétro » (Emma, Louis et Louise, Léa...) : est-ce une réaction aux prénoms liés aux célébrités éphémères, très en vogue dans les années 1990?

Non, ça a toujours été le cas. Si vous prenez les prénoms des années 1960, il y a dedans des prénoms « rétro », Julie par exemple. C’est un prénom de la fin du 18ème siècle, ou Bénédicte aussi. Aujourd’hui Julie est vu comme un prénom des années 1960 / 1970. Mais le retour cyclique des vieux prénoms est permanent. Il n’y a pas plus de vieux prénoms maintenant qu’en 1980. En 1980 aussi il y avait des prénoms du 19ème siècle qui étaient repris. 

Le prénom Françoise, était un prénom assez répandu au 18ème siècle. Et c’était également, le second prénom le plus donné en 1949. On a toujours des retours cycliques de prénoms, comme ça. Seulement aujourd’hui Françoise est vu comme un prénom du milieu du 20ème siècle, et non comme un prénom très ancien, comme ceux qu’on peut trouver au début du 20ème siècle. Aujourd’hui les prénoms qui reviennent sont ceux qui ont connu leur heure de gloire il y a 120 ou 130 ans. Et c’était pareil dans les années 80.

Aujourd’hui il y a plein de prénoms néo-celtiques, bretons, comme Nolwenn ou autres. Alors peut-être que Jennifer est passé de mode mais d’autres prénoms prennent la place.

 

À propos des prénoms bretons, il y a globalement une recherche d'identité régionale, avec le prénom basque Inès par exemple. Comment expliquer cela?

 Il y a surtout de la création d’identité. Les Bretons n’avaient pas de prénoms bretons jusque dans les années 1970. Ils se sont mis à inventer des prénoms, et aujourd’hui c’est la course au prénom le plus breton!

 

Donc aujourd’hui le critère dans la recherche des prénoms, c’est avant tout l’originalité ?

C’est avant tout le goût. Le seul critère c’est le goût. Il n’y a plus de règles dans le choix des prénoms. Il n’y a pas de prénom interdit, à part Titeuf... Jusqu’au 19ème siècle il y en avait : on choisissait le prénom du parrain ou alors c’était le parrain qui choisissait le prénom des enfants. Donc il y avait des prénoms familiaux qui circulaient, parce que très souvent le parrain c’était le grand père. Aujourd’hui, la seule règle est que le prénom soit joli.

 

Les classes sociales ou le milieu influencent-ils ce choix?

Oui parce que le goût est socialement différencié. Suivant votre position sociale vous n’avez pas les mêmes goûts.

 

Les prénoms à consonance étrangère progressent de plus en plus (Enzo, Mathéo...). Est-ce un enrichissement ou un danger pour notre patrimoine ?

On n’a pas de patrimoine en matière de prénoms. Si vous prenez Robert, c’est un prénom d’origine germanique. Nathan c’est d’origine hébraïque. Vous aurez beaucoup de mal à trouver un prénom qui ne soit pas lié aux migrations ou aux transferts culturels. Un prénom un peu romain, ou gaulois, Astérix, vous voyez il ne fait pas partie de notre patrimoine. Donc la circulation des prénoms est très ancienne, pour les filles encore plus. Par exemple les prénoms qui étaient donnés en France voyageaient dans la noblesse européenne.

Il n' y a pas de patrimoine à défendre, et même quand il y avait un contrôle sur les prénoms, au 19ème siècle et jusqu’en 1993, personne n’avait le droit de prendre des prénoms de personnages antiques célèbres, comme Alexandre, qui n’est pas vraiment un prénom français au départ.

 

Alors justement en matière de choix, un couple, au Mexique, a récemment baptisé son enfant Yahoo. Jusqu’où peut-on aller dans le choix des prénoms ?

Jusqu’à ce que le procureur demande à un juge d’interdire le prénom. Mais de toute façon il y a très peu de gens qui donnent des prénoms comme ça. La très grande majorité des parents donnent un prénom qui est vu comme tel par les personnes qui les entourent. Les parents mettent une limite à leur originalité. Adolphe n’est plus donné aujourd’hui. Certes, c’est un personnage déconsidéré de l’histoire récente, mais certains parents auraient pu tenter de le faire. Et ils ne le tentent même pas.

 

Ces palmarès sont-ils réellement pris en compte par les parents?

Oui. Certains parents ont un goût pour la popularité, et donc préfèrent donner à leurs enfants des prénoms qui sont déjà en vogue. Certains autres ont en horreur la popularité, ils ne vont absolument pas donner de prénom qui soit dans les 10, 20, ou 100 premiers. Ce classement a donc son utilité.

 


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