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Chute du pétrole : pourquoi les prix ne tomberont pas plus bas
©Reuters

Voilà, c’est fini

Chute du pétrole : pourquoi les prix ne tomberont pas plus bas

Les cours du pétrole ont atteint leur prix plancher à 30$ le baril ce qui impacte l'équilibre budgétaire des Etats pétroliers. Si tous les acteurs concernés souhaitent faire remonter les cours, peu se montrent disposés à faire baisser leur production.

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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Atlantico : Au cours des 11 dernières séances, le prix du baril de pétrole s'affiche à 34$, soit un rebond de près de 30% depuis début février. Est-il possible d'en conclure que le pétrole a trouvé son prix plancher ? En quoi l'accord du 17 février dernier, entre OPEP et Russie, a pu permettre aux opérateurs de retrouver leur sang froid ?  Le fléchissement des perspectives économiques mondiales n'est-il pas susceptible d’entraîner les cours vers de nouveaux prix plus bas ?

Stephan Silvestre : Pour être exact, il n’y a pas eu d’accord entre l’OPEP et la Russie, mais une déclaration d’intention entre l’Arabie Saoudite, le Venezuela, le Qatar et la Russie. Or, si ces pays ont un très fort poids sur le marché mondial (environ 1/3 de la production et des exportations), ils n’ont toujours pas l’adhésion de l’ensemble de l’OPEP et ne sont pas près de l’obtenir. Toutefois, ce qui a rassuré les marchés, ce sont des déclarations concordantes sur ce projet d’entente, en particulier de la part des Émirats Arabes Unis et des compagnies pétrolières russes. Il est vrai que les cours ont effectivement atteint leur plancher à 30$ le baril : à ce prix, la majeure partie de la production mondiale est encore rentable (les 2/3), mais aucun État pétrolier ne parvient à équilibrer son budget. Tout le monde est donc d’accord pour faire remonter les cours, mais il y a peu de candidats pour baisser leur propre production. L’autre possibilité serait une forte reprise de la demande. Mais elle est peu probable en 2016 : entre un Occident qui cherche sa transition énergétique et un Orient qui marque une pause dans sa croissance, la demande ne fléchira pas, mais elle ne risque pas de s’envoler. Il ne faut toutefois pas s’attendre à ce que cette modération fasse rechuter les cours : le surplus entre l’offre et la demande est actuellement de l’ordre de 2 millions de barils par jour (Mbbl/j) ; or, c’est entre 0 et 1,5 Mbbl/j que les prix s’emballent et au-delà de ce chiffre, les prix restent sur leur plancher.

A l'inverse, l'Iran a pu qualifier l'accord précité de "blague". Faut-il s'attendre à une contre-offensive de la part de l'Iran ou d'autres pays, qui souhaiteraient profiter de la situation pour augmenter leurs parts de marché ?

Oui, clairement l’Iran ne souhaite pas coopérer avec son ennemi saoudien. L’Iran, qui a produit autant que son rival dans les années 1980, entend reprendre sa place sur le marché mondial à l’occasion de la levée des sanctions qui le frappait. Si l’Arabie saoudite et ses alliés modèrent leur production, l’Iran se fera un plaisir de servir leurs clients à leur place. C’est d’ailleurs en raison de cette mésentente que le régime saoudien s’est tourné vers la Russie. Mais l’entente avec ce nouvel "ami" n’est pas acquise non plus en raison des tensions sur le terrain syrien. Entre la peste et le choléra, l’Arabie Saoudite ne peut choisir que le moindre des maux. Quant aux autres pays, notamment les Africains, ils n’ont guère de marges de manœuvre pour augmenter leur production. 

Les états des stocks de pétrole sont aujourd’hui à leur plus haut niveau, allant jusqu'à provoquer des problèmes de stockage. En pratique, quels sont les facteurs qui forceront les différents acteurs à réduire leur niveau de production ?

Les stocks de pétrole explosent aux États-Unis, mais aussi dans d’autres pays, notamment en Arabie Saoudite. Aux États-Unis, c’est l’envolée de la production de pétroles non conventionnels qui en est la cause. Mais il existe aussi des raisons techniques. En particulier, les raffineries américaines n’étant pas adaptées à la qualité des condensats ultralégers issus de l’exploitation des schistes, les producteurs doivent les envoyer à l’étranger (en Amérique centrale) pour les raffiner. Or, pour cela, ils avaient besoin d’autorisations administratives que le gouvernement américain n’a délivrées qu’au compte-gouttes. Le déblocage de nouvelles licences d’exportation dans les mois à venir sera nécessaire pour dégonfler ces stocks. La production américaine elle-même a déjà baissé depuis l’été dernier, mais elle reste à un niveau très élevé, au-delà de 9 Mbbl/j. De son côté, l’Arabie Saoudite est prête à geler son niveau de production, mais pas à le baisser. Pour cela, il faudrait que l’ensemble des autres producteurs agissent de concert, mais, on l’a vu, on en est encore loin. 

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