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Chronique d’un entrepreneur aux Etats-Unis.
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Les entrepreneurs parlent aux Français

Chronique d’un entrepreneur aux Etats-Unis : petite leçon positive de libéralisme made in Las Vegas

Las Vegas est l’un des baromètres de l’Amérique. Et le baromètre est au beau fixe.

Denis Jacquet

Denis Jacquet

Denis Jacquet est fondateur du Day One Movement. Il a publié Covid: le début de la peur, la fin d'une démocratie aux éditions Eyrolles.  

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Nous poursuivons notre route. Dans le désert. Ce désert à l’américaine dans lequel les buildings, poussés par un rêve et une ambition sans limite ni retenue et par la folie créatrice des hommes qui se pensent toujours plus forts que la nature, mus par l’idée qu’une limite n’existe que pour être franchie, ont proliféré comme des palmiers au soleil et donnèrent naissance à Las Vegas. Une ville folle, qui vous impressionne dès l’atterrissage, qui s’effectue à quelques mètres du "strip", comme si l’on voulait vous déposer directement dans votre chambre afin que vous puissiez consommer encore plus vite dans cette machine infernale.

Personne ne se soucie du bruit, car le bruit de l’avion se confond avec celui de ces dollars à deux jambes qui viennent se déverser sur cette ville qui elle, ne dort jamais. Bien plus somnambule que New York encore, la lune y croise chaque matin le soleil, au point de confondre le jour et la nuit. L’argent qui coule des poches des touristes compense toutes les petites récriminations qui pousseraient nos Français immédiatement dans la rue afin de brûler tout ce qui bouge dès qu’un projet leur déplaît. Notre Français souhaite rester isolé. Pauvre, mais à l’abri des regards !

Las Vegas est l’un des baromètres de l’Amérique. Quand les gens n’ont pas l’essentiel, ils ne consacrent rien au superflu. Et le baromètre est au beau fixe ! Comme la température, qui fait subir sa 10ème année de sécheresse intense à Vegas et lui promet une très prochaine pénurie d’eau, potentiellement fatale. En attendant, la température économique flambe. L’immobilier est à nouveau très à la hausse, la fréquentation a poussé de 30 à 40% par rapport à l’année passée. Les Américains, que l’on loue ou critique leur attitude, dépensent dès que les choses vont bien. Sans retenue. Pas de bas de laine. C’est trop chaud à porter par 45°C à l’ombre. On se préfère jambes nues ! Et la machine à croissance redémarre.

Le serveur d’un des restaurants un peu chic du Wynn, la seule compagnie à gagner de l’argent à Vegas (les autres ont des dettes trop monstrueuses mais se redressent peu à peu), nous expliquait plusieurs choses, révélatrices du mal français.

Lui habite Las Vegas depuis 11 ans. Resté en France, il aurait un salaire miséreux en échange d’une protection sociale battue en brèche et d’une retraite hypothétique. Il gagne très bien sa vie, vit la vie d’un cadre de haut niveau en France avec des perspectives d’évolution professionnelle réelle.

Sa société (Wynn) lui a attribué des actions de la compagnie l’année passée. Wynn leur a dit : "je veux que l’action gagne 30% au moins, alors voilà des actions pour vous, battez-vous pour en augmenter la valeur". Tout cela sans bataille syndicale à la française. Et leurs actions ont repris, passant de 150 à 230 en un peu plus d’un an. Les gagnants ? Les 2 parties !! Le tout sans brûler de pneus, séquestrer les dirigeants et sans demander à l’équivalent de la SNCF de se mettre en grève en guise de solidarité.

Il travaille 5 jours par semaine. Environ 40H. Parfois 50 ou 60H quand il y a des conventions. Mais presque toujours 5 jours. Travailler, vu les conditions de travail et les récompenses qui y sont associées, lui paraît normal. 40H lui paraît peu. Son dictionnaire a changé en traversant l’Atlantique. Il réalise que la pseudo protection à la française, son syndicalisme (patronal et salarial) moyenâgeux l’aurait laissé sur le bas côté de l’ascension sociale. Ici, pas du tout. Tout est ouvert. Si il veut plus, il peut travailler plus.

 

L’international, il l’a compris, est ce qui permet à Wynn de le traiter si bien. Car pour la plupart des casinos, le jeu ne rapportent plus assez aux USA et ce sont leurs filiales à Macao, bientôt Singapour ou autres, en Asie, qui gagnent et font grimper les profits aux rideaux. Font sauter la banque ! Alors il demande ce qui peut être demandé et comprend que ses prétentions auront des limites. En clair, chacun comprend l’équilibre du système et connaît le point de rupture. Alors chacun tente de faire grossir le gâteau pour mieux en bénéficier, plutôt que de voler à l’autre une part qui se recroqueville. CQFD. Leçon positive de libéralisme.

De ce fait, les démagogiques promesses des politiques français, qui tentent de faire croire aux lendemains qui chanteront encore, ce qui est bien plus incertain que de gagner aux machines à Las Végas, lui paraissent bien dérisoires. Il n’a aucune envie de rentrer en France. Jamais. Etonnant non ? Il préfère créer sa richesse que de dépendre du partage démagogique de notre gâteau national qui se fait toujours au détriment de ceux qui se battent pour réussir.

Las Vegas, depuis 2 ans, sous la pression magique du fondateur de Zappos, fait du "dowtown" de Las Vegas, autrefois délaissé et un peu crapoteux et devenue une usine à start-up. Avec l’aide de la ville et du gouverneur, le numérique et les bébés dopés aux hormones font de Vegas la machine à sous d’un nouveau genre du Nevada. Les voitures électriques de Tesla font la navette avec les autres parties de la ville et permettent aux entrepreneurs d’être hébergés à des conditions exceptionnelles. Le privé comme opérateur et le public comme facilitateur. Seconde leçon de libéralisme constructif et structurant. Pénible ce libéralisme qui marche au profit de tous !!

Cette image idyllique, comme toutes les cartes postales a souvent une face cachée. Surement. Mais si elle existe, d’après nos amis sur place, elle est vraiment bien cachée. A part l’eau, rien n’est ici limité. Et les discussions vont bon train, avec les 6 états qui bénéficient de l’eau du Lac Mead, afin de créer en Californie des stations de désalinisation afin de suppléer à ce que la sécheresse vole à l’alimentation en eau de ces Etats.

Dernier instantané du libéralisme américain, la pluralité de l’information. Dans ce pays, dont le débat n’est pas pollué par les calculs électoralistes des uns et des autres, obsédés que sont nos politiques français par la chasse aux nouveaux électeurs pour remplacer ceux que leurs promesses jamais tenues ont définitivement écarté de leur route électorale. Et notamment le vote des enfants de l’immigration. Dans ce pays donc, l’information n’a pas la même odeur, saveur et contenu.

Elle est claire, sans concession pour chaque partie. Les tenants les plus durs de chaque camp reçoivent la même exposition médiatique. Et l’information, qui sait aussi être biaisée aux USA, comme partout, est cette fois limpide. Bien loin de l’opacité, du cynisme et du béni-oui-ouisme assumé d’une pseudo intelligentsia française et d’une large partie de la presse, qui toujours ambiguë vis-à-vis des Juifs, a décidé que le martyr avait un nom et l’oppresseur un autre, les USA eux, reportent une information bien plus objective de ce qui se passe en Palestine/Israël. Dans ce pays où l’on entend jamais "Mort aux Juifs", contrairement à cette mauvaise musique jouée dans les rues de Paris, l’information reçoit l’objectivité qu’elle mérite.

Quand le Hamas pousse ses propres enfants sous les bombes pour en faire des martyrs et les tue en lieu et place des Israéliens, ils le disent et le montrent. Les images évitent les mauvais commentaires, les supputations et le mensonge. Quand le Hamas rompt la trêve en lançant des roquettes, la presse américaine le dit, contrairement à certains journaux français qui ont prétendu le contraire. Quand le Hamas investit 30M par tunnel pour aller tuer des Juifs en détournant l’argent des aides internationales et en utilisant les fonds envoyés par certains pays du Moyen-Orient, défendus d’ailleurs par un ancien ministre des Affaires Etrangères, dont il est le conseil, les Américains le montrent.

C’est très étonnant de voir le décalage entre le niveau d’information objectif des médias américains, pourtant sans complaisance vis-à-vis d’Israël et ce à quoi on assiste en France. Tout cela fait assez mal. Cela démontre l’inquiétante dérive communautariste, qui gagne du terrain dans le monde, au nom de la religion et de la solidarité communautaire, au point de laisser filtrer, dans les mailles d’une démocratie qui confond ouverture et faiblesse, de nauséabondes résurgences antisémites aujourd’hui mais qui toucheront d’autres communautés demain.

Sur ce point aussi, je rêve d’une France qui endosse à nouveau son rôle et son autorité, une information objective et sincère et qui bâtisse face aux dérives faciles et dangereuses, un mur de la hauteur et de l’épaisseur nécessaire, qui ne fasse payer à une communauté qui a souffert à travers les siècles le prix d’une incapacité à faire passer l’intérêt national avant les envies électives. C’est un jeu dangereux que l’on voit mieux de loin. Et notamment des USA.

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