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Emmanuel Macron a compris que face à La France Insoumise, il avait plutôt des alliés indirects à l'Assemblée nationale.
Emmanuel Macron a compris que face à La France Insoumise, il avait plutôt des alliés indirects à l'Assemblée nationale.
©Ludovic MARIN / AFP

Risques pour l'opposition

Chông tru quay, le piège politique de Macron

Emmanuel Macron en train de réaliser un piège politique XXL pour les oppositions. Le boulet de l’absence de majorité est devenu un champ des possibles pour le chef de l’Etat.

Arnaud Stephan

Arnaud Stephan

Arnaud Stephan est fondateur de lanotedecom.com et chroniqueur sur LCI.

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Lors de la guerre du Vietnam, les soldats américains étaient très inquiets de la présence des pièges réalisés par les Viêt-Cong. Ces pièges provoquaient des blessures très spectaculaires et traumatisaient les jeunes conscrits américains mais aussi les rudes guerriers des forces spéciales. John Wayne, lui-même, réalisateur en 1968 des Bérets Verts mit en scène cet outil low cost, comme on ne disait pas à l’époque, de la guérilla communiste. Emmanuel Macron, ne se cache pas dans la jungle mais il est passé maitre de la chausse-trappe et il est en train de réaliser un piège politique XXL pour les oppositions.

Les observateurs semblent (re) découvrir que l’Assemblée nationale est un lieu de débats, de frictions des idées et des choix de sociétés. Ce n’est plus, uniquement, sur des épisodes touchant au sociétal que l’hémicycle s’échauffe mais dans un cadre général. À ceux qui croyaient que l’atmosphère était celle d’un séminaire d’astrophysique, les derniers jours sont venus apporter un démenti cinglant. Cependant, tout cela est dans une forme outrée qui n’est que le spectacle des téléspectateurs de LCP l’après-midi et de twittos engagés. Les Français étant écrasés de chaleur à la ville ou en vacances, très loin des suspensions de séances et des rappels au règlement.

Les raisons de cette agitation sont la nécessité de montrer, l’impératif de l’immédiateté, le besoin de son quart d’heure warholien… Coup de chance les interventions de deux minutes correspondent parfaitement au format vidéo sur les réseaux sociaux.

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Tout le monde montre car personne n’a le pouvoir. La fonction tribunitienne est devenue une fonction vitale comme la révolution-bicyclette de Mao qui tombe si elle n’est pas poussée. La prise de parole est le massage cardiaque de la démocratie représentative de cet été 2022.

Plus pernicieux, cela devient un outil d’instrumentalisation des grands médias : « Oh lala ils ne sont pas dignes de la fonction, une vraie cour de récréation… » Ou comment les anciens gauchistes de science Po deviennent la courroie de transmission du parti de l’ordre et de l’Orléanisme 2.0. Certains seraient même tentés de hurler « Order, Order » comme des John Bercow* en Stan Smith.

L’absence de majorité, la stratégie de confrontation imposée par NUPES, la surréaction des médias face au retour de la chienlit, tous ces éléments font du Président Macron, véritablement cette fois, le maitre des horloges.

Voir les failles, au rugby on dit trouver l’intervalle, voilà certainement une qualité du locataire de l’Élysée. Il sait lire le jeu. En politique, c’est une qualité fondamentale. Il a bien compris que les seuls à être dans le combat politique c’est La France Insoumise, pas Nupes dans son ensemble. À part LFI personne n’est véritablement partant pour une dissolution. En tout cas pas le PCF, ni le PS, ni les écologistes et surtout pas la formation de Marine Le Pen.

Si la situation est à la limite de la confusion, elle permet aux uns d’avoir un groupe inespéré et aux autres de démontrer leurs capacités républicaines de responsabilité et de recherche du compromis.

Emmanuel Macron a compris que face à cette proposition de combat politique voulu par LFI, il avait plutôt des alliés indirects, en tout cas des neutres dont les intérêts ne sont de ne pas trop faire bouger la barque.

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Le boulet de l’absence de majorité est devenu un champ des possibles pour le chef de l’État avec l’option d’ouvrir la trappe, ce qui devient une menace presque existentielle pour certaines des oppositions, au moment où il le voudra. Même si tous les protagonistes ont bien compris que la situation est instable, beaucoup sont prêts à s’accommoder de cette ambiance IVème République le plus longtemps possible. Là encore, c’est Emmanuel Macron qui à la main et qui songe à une situation dont il pourrait sortir seul vainqueur.

Le plan peut s’imaginer de la manière suivante : acheter encore un peu de temps et achever de faire apparaitre la dangereuse radicalité de LFI, l’inutilité de LR-courant résiduel et la notabilisation petite bourgeoise du groupe Rassemblement National. Dès lors, le choc de radicalité sera entre l’extrême gauche et l’extrême centre, le parti de la Révolution contre celui de l’Ordre. Emmanuel Macron dans une posture Schmittienne désigne son ennemi, comptant que la sociologie de la France le donnera gagnant.

La Droite et les nationaux populistes seraient bien inspirés, s’ils ne veulent pas en faire les frais, de ne pas entrer dans la stratégie du Président de la République. Il est vital pour eux de ne pas jouer le jeu des séquences et de se battre aussi en dehors du Palais Bourbon, d’imposer des thèmes politiques et des mobilisations sur des sujets réellement clivants : sécurité, immigration, identité… Jouer la complémentarité parti /groupe parlementaire. Au groupe la représentation institutionnelle au parti l’agit prop’, proposer un combat politique sous une autre forme en instaurant des rapports de force en dehors du législatif technico roboratif. En effet l’autre piège tendu par Emmanuel Macron est celui d’enfermer la politique à l’Assemblée, lui laissant ainsi les mains libres à l’extérieur. L’opposition de centre droit et les nationaux doivent trouver impérativement des contre-mesures. Le Président a besoin de fractionner NUPES (c’est presque le cas avec le PCF) de désamorcer la droite et le RN avec la menace de dissolution, pour les invisibiliser et organiser son face à face avec le Front rouge. Sans la mise en place de cette machine infernale, il sera le Président du rien, n’ayant réalisé aucune des réformes annoncées et finira par se chiraquiser. Il lui faut à brève échéance une majorité. Ce n’est plus de la politique, c’est une question de rendez-vous avec l’histoire ou pas. Pour une personne comme le Président, c’est un puissant moteur qui peut justifier les manipulations, les contorsions et autres arrangements avec sa conscience.

Qui seront les complices, qui seront les victimes du terrible chông tru quay élyséen ?

Arnaud Stephan 

*Ancien Président de la Chambre des communes au Royaume Uni.

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