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La Chine pourra-t-elle être la seule superpuissance à se passer d’immigration ?
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La Chine pourra-t-elle être la seule superpuissance à se passer d’immigration ?

Si des millions de Chinois émigrent pour former la plus grande diaspora mondiale, la Chine n'est elle pas réputée pour être une terre d'immigration. Une situation qui s'explique par des raisons démographiques, sociales et économiques.

Pierre  Picquart

Pierre Picquart

Pierre Picquart est docteur en Géopolitique de l’Université de Paris-VIII, spécialiste en Géographie humaine, expert international, et spécialiste de la Chine.

Il a rédigé notamment La Chine dans vingt ans et le reste du monde. Demain, tous chinois ? en 2011.

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La Chine est tout sauf une terre d’immigration. Bien au contraire ! Car depuis plus de vingt siècles les candidats chinois à l’émigration furent très nombreux et pour beaucoup, ils le restent encore. En effet, par delà les statistiques, la réalité des mouvances migratoires de l’Empire du Milieu est issue d’un long processus qui commence avant le premier millénaire de notre ère.

Au regard de cette nouvelle puissance qu’est la Chine, ce processus est totalement différent si on la compare aux autres grandes nations occidentales. Cette évolution est remarquablement située à l’opposé de l’histoire et de l’actualité des flux migratoires, comme aux États-Unis ou en Europe.

Malgré l’attraction légitime qu’exerce cette grande nation au regard de son mode de vie, de ses mœurs, de sa culture cinq fois millénaire, de sa croissance économique exceptionnelle, de ses bénéfices…, nous sommes loin d’une « nouvelle Chine » qui accueillerait sur son immense territoire national des centaines de milliers de nouveaux migrants. De plus, les chiffres nous le démontrent depuis des siècles : les flux migratoires sont inversés.

Plus grande et plus riche diaspora mondiale

En effet, au cours de ces vingt siècles, le peuple chinois a surtout connu de nombreuses vagues d’émigration, tout d’abord en Asie du Sud-Est, puis dans le monde entier. Présents dans plus de 130 pays, dispersés sur les 5 continents, des dizaines de millions de Chinois forment aujourd’hui la plus grande et la plus riche diaspora mondiale. Ce phénomène se comprend au regard de facteurs géographiques, historiques, économiques, sociaux, culturels et politiques.

La Chine a une vision multipolaire. Elle est, au cours de son histoire, soit fermée sur elle-même, soit ouverte au monde. Et les Chinois, malgré eux, se sont ouverts au monde. Cette « autre Chine » - les Chinois d’Outre-Mer - doit être additionnée à la mère patrie, à la Chine continentale et aux nombreuses autres régions et « sphères de culture ou d’influence chinoises »... Notamment en Asie du Sud-Est. Ainsi nous n’avons pas une Chine continentale, la République Populaire de Chine (R.P.C.), mais une « grande Chine » qui est présente sur toute la planète.

Protectionnisme ou immigration choisie ?

Ainsi, à contrario des États-Unis, de l’Europe ou de la France qui ouvrirent leurs portes aux émigrés de presque tous les pays du monde et qui fondèrent une partie de leur idéal ou de leur développement en accueillant en quantité des populations étrangères très variées et aussi rentables, la Chine se distingue par un protectionnisme et le choix d’une « immigration choisie ».

Certes ces propos doivent être nuancés au regard de la curiosité bienveillante, de l’accueil très chaleureux de la Chine et du peuple chinois envers les étrangers, qu’ils soient touristes, étudiants, hommes d’affaires… Mais face à l’attirance nouvelle qu’exerce la Chine et vis-à vis par exemple des jeunes étudiants ou des chefs d’entreprises en quête du nouvel eldorado chinois, la Chine va devoir faire face à un nouveau défi : mieux légiférer et gérer l'arrivée croissante d'étrangers souhaitant s’installer pour recueillir les bénéfices de l’essor de l'économie chinoise.

Plus que pour des raisons politiques, ce protectionniste chinois est de prime abord lié à l’attirance qu’il suscite au regard de ses succès économiques. Puis d’autres facteurs rentrent en ligne de compte : démographie, société et économie. Avec ses 1,4 milliards d’habitants, des jeunes, étudiants, ingénieurs, techniciens, employés, ouvriers et cadres de mieux en mieux formés, la Chine bénéficie d’une main-d’œuvre variée et très abondante sur tout son territoire. Pourquoi irait-elle en chercher ailleurs ? Les compétences ou potentiels requis sont présents sur son territoire. De plus, en Chine, le chômage est également une préoccupation du gouvernement.

Raisons démographiques, sociales et économiques

Il n’en est pas de même pour les migrations internes : des centaines de millions de Chinois migrent vers les régions plus riches ou côtières. Ces métropoles ou ces provinces sont déjà surpeuplées. Il serait difficile d’accepter une immigration massive vers ces principales destinations qui sont justement prisées pour des raisons sociales, économiques et financières. Et de plus, certains membres de la diaspora chinoise n’hésitent plus à retourner vivre en Chine.

Ces dernières années, au regard des données des services du ministère de la Sécurité publique, l'agence officielle chinoise nous communique quelques chiffres. En 2007, 2,85 millions de personnes, plus de 10% des 26 millions d'étrangers entrés en Chine, sont venus dans l’Empire du Milieu pour y trouver un emploi. Si certains en doutaient, avec ses 0,04 % de population immigrée, la Chine est très loin derrière les États-Unis ou la France avec ses 11 %. Même en majorant ces taux, il est aisé de remarquer que la Chine n’est pas un pays de forte immigration.

En 2008, à Pékin, les chiffres étaient de 110 000 étrangers. En 2009, Shanghai comptabilisait une population étrangère de 152 000 personnes, soit une augmentation de 14% par rapport à la même période en 2008. Enfin, au premier semestre 2008, Canton (qui recueille également une grande communauté africaine) comptait 58 000 étrangers.

La plupart des étrangers migrants sont globalement répartis dans les plus grandes villes, métropoles et sur la longue bande côtière chinoise. Peu encore sont partis à la conquête de l’Ouest chinois, là où pourtant, ils seraient très bien accueillis et bienvenus. Car la Chine, super puissance montante est encore un pays en développement, d’où son remarquable potentiel.

Ce n’est pas demain que nous verrons des milliers d'immigrés débarquant dans des aéroports chinois comme ce fut le cas aux États-Unis ou en Europe. Certes, la Chine restera ouverte mais elle ne sera sans doute jamais « une grande terre d’immigration ». Pour toutes sortes de raisons, y compris la barrière de la langue. Il est même prévisible que l’Empire du milieu contrôlera mieux ces entrées. La Chine a opté pour une forme d’immigration  choisie. Mais aujourd’hui, comme nous en Europe, cette nouvelle grande puissance planétaire a-t-elle un autre choix ?

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