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Chantal Compaoré : une reine d'Afrique dans l’arène politique.
Chantal Compaoré : une reine d'Afrique dans l’arène politique.
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Bonnes feuilles

Chantal Compaoré : une reine d'Afrique dans l’arène politique

Nourrie de témoignages exclusifs et d’anecdotes éloquentes, cette galerie de portraits dessine aussi, en creux, la métamorphose de l'image de la femme sur un continent qui comptera au mitan du siècle près de deux milliards d'âmes. Extrait de "Reines d'Afrique - le roman vrai des premières dames", de Vincent Hugeux, publié chez Perrin (2/2).

Vincent Hugeux

Vincent Hugeux

Grand reporter au sein du service Monde de l'Express, Vincent Hugeux est l'un des meillleurs connaisseurs de l'Afrique d'aujourd'hui. Un continent dont il dépeint d'une plume percutante, volontiers caustique, les élans et les tourments, tant au fil de ses reportages que dans ses essais comme "Les Sorciers Blancs", Fayard 2007 ou "L'Afrique en face", Armand Collin 2010.

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Bonne fée comme il se doit du fameux Fespaco – Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou –, l’ex-demoiselle Terrasson secoue encore parfois le carcan protocolaire. En mai 2006, lors d’un concert donné au stade du 4-Août par son compatriote ivoirien Alpha Blondy – griot rasta pourtant peu tendre envers son époux –, ses gardes du corps interloqués la virent ainsi s’échapper de la tribune officielle pour descendre dans la fosse, le temps d’un « coupé-décalé » tendance reggae. Chantal ne dédaigne pas arpenter d’autres estrades. Même si les chancelleries ne lui prêtent qu’une emprise politique limitée, il lui arrive de plonger dans la mêlée électorale, de semer dans son sillage sacs de vivres et de céréales, voire de houspiller cadres et militants du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Tel fut le cas à la veille des « élections couplées » – législatives et municipales – du 2 décembre 2012. Deux semaines avant l’échéance, à la faveur d’une visite au siège de campagne du même CDP, elle asséna aux camarades un cours de stratégie, les sommant de redoubler d’ardeur et d’occuper l’espace et le terrain, entre affichage massif et « boucan studieux ». Au détour de meetings provinciaux, on l’entendit aussi enjoindre aux électeurs de « consolider les acquis engrangés en renouvelant leur confiance au CDP ». C’est que « Madame Lapin » sait à l’occasion se montrer rugueuse. Quitte à sermonner, comme elle le fit en janvier 2012 à Bobo-Dioulasso, les « récalcitrantes » coupables de bouder le nouveau marché de fruits et légumes et de « gâter » son nom en invoquant indûment son soutien…

Nul doute qu’elle infligerait volontiers un traitement comparable aux stratèges de la fronde déclenchée en janvier 2014 dans les hautes sphères du parti présidentiel. Emmenés par Salif Diallo, hier éminence grise de Blaise, Roch Marc Christian Kaboré, ex-président de l’Assemblée nationale, et Simon Compaoré, ancien maire de Ouaga, les « félons » réprouvent le projet de réforme, par voie parlementaire ou référendaire, de l’article 37 de la Consti­tu­tion. Réforme qui permettrait au sortant, fragilisé par l’implacable loi de l’usure du pouvoir, de briguer en novembre 2015 un troisième mandat.

Magnifiées par les médias d’Etat, les excursions de Chantal et de sa suite ne fascinent guère la presse indépendante. Pour preuve, le récit, paru en mars 2003 dans L’Evénement, de cette escapade à Fada (nord-est), à l’occasion de la Journée internationale de la Femme. Il y est question du hiatus palpable entre les Ouagalaises pomponnées acheminées à bord de 4 × 4 climatisées et les paysannes du cru, déboussolées par les discours en français. De cette journée, conclut l’auteur, « il ne reste que de vagues souvenirs de faste, de carburant brûlé et de belles paroles un peu vides ».

Œuvre d’un ambassadeur, la formule mériterait de figurer dans une anthologie de la litote : « On ne peut pas dire que la Première Dame du Faso évolue hors du champ des affaires. » On ne le dira donc pas, ni ne l’écrira. Car tous les témoignages concordent : Chantal appartient à la tribu des businesswomen discrètes, attentives à se tenir dans l’ombre. « Je la vois comme une femme intelligente, habile, tête pensante du pré carré patrimonial de la famille, complète un autre diplomate, très au fait du système Compaoré. Certains contrats aboutissent grâce à elle. Quant à ses connexions ivoiriennes, elles peuvent aussi s’avérer précieuses sur ce terrain-là. » Secteurs de prédilection présumés : l’or, l’immobilier, l’import-export, voire la manutention portuaire via l’un des opérateurs du port guinéen de Conakry. Lors de la campagne présidentielle de 2005, le modeste parti communiste burkinabé accusa même Madame d’avoir raflé le marché des gadgets électoraux…

Extrait de "Reines d'Afrique - le roman vrai des premières dames", de Vincent Hugeux, publié chez Perrin, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 

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