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Ces petits Français pour qui la rentrée ne se fait pas à l'école
©Pixabay

Systèmes d'éducation parallèles

Ces petits Français pour qui la rentrée ne se fait pas à l'école

Les systèmes scolaires non conventionnés sont assez mal connus jusque dans l'Education Nationale. Pour certains, ce seraient le moyen de déscolariser les enfants et leur donner des leçons en dehors des programmes pédagogiques du ministère. Les écoles coraniques pourraient profiter de ce système selon le rapport Obin datant de 2004.

Pierre Duriot

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire. Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles. Pierre Duriot est Porte parole national du parti gaulliste : Rassemblement du Peuple Français.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Qu'en est-il, aujourd'hui, de la rentrée dans les systèmes scolaires non conventionnés? Quel état des lieux peut-on faire de la déscolarisation en France? Quels sont les principaux établissements non contractuels ?

 
Pierre DuriotOn ne peut pas trop avoir de chiffres précis sur les enfants qui fréquentent les différents établissements non conventionnés, mais on sait que ce sont des effectifs extrêmement minoritaires car nous avons tout de même un taux de scolarisation qui répertorie les enfants qui fréquentent une école collective publique ou privée. Jusqu'en 2000, entre quatre et huit ans, la quasi totalité des enfants de France allaient à l'école. Depuis, les défections n'ont fait qu'augmenter, à partir notamment de la neuvième année et quelques pour cents des élèves n'apparaissent plus dans le taux de scolarisation, selon un chiffre en hausse mais qui reste à la marge. On parle volontiers de déscolarisation pour différents motifs, comme le handicap, le harcèlement scolaire, les effets de la misère sociale, de la marginalisation, l'échec scolaire massif ou les raisons religieuses. Rappelons aussi que plus de cent mille jeunes sortent du système scolaire chaque année sans diplôme, dont la plupart viennent grossir les rangs des chômeurs.
 
En 2004, le rapport Obin, du nom d'un inspecteur mandaté pour se pencher sur la présence et l'avancée des signes religieux distinctifs à l'école, évoque la déscolarisation en quelques lignes et sans donner de chiffres. On y trouve les motifs religieux, au premier chef, avec des « communautés » recensées ça et là, catholiques, protestantes et musulmanes, avec une prédominance de ces dernières. Mais ces écoles, à défaut de remplacer l'école ordinaire viennent aussi s'y ajouter et l'enfant les fréquente en dehors des horaires de classe. Auquel cas, on ne peut plus parler de déscolarisation. On peut aussi avoir des adeptes de méthodes pédagogiques alternatives non contractuelles ou des phénomènes sectaires dans lesquels les enfants sont soustraits à l'école et à la société dans son ensemble.
 

Quelles sont les motivations poussant les parents à sortir leurs enfants du cycle conventionnel de l'Education Nationale, et à les envoyer dans des écoles alternatives ?

La loi n'oblige pas à mettre son enfant dans une école publique ou privée sous contrat, mais à pourvoir à des contenus attendus en fonction de l'âge de l'enfant. Ces contenus sont censés être contrôlés par les inspecteurs du public, qui contrôlent également les écoles privées, mais ce n'est pas toujours simple, notamment chez des gens qui ont choisi d'enseigner eux-mêmes à leurs enfants ou dans des quartiers communautaires.
Au chapitre des motifs, on a le très médiatique voyage autour du monde dans lequel les enfants suivent leurs parents sur un bateau ou dans un camping car, pour un périple planétaire au cours duquel les parents pourvoient à l'instruction, c'est le côté clair de la déscolarisation. Mais des parents d'enfants handicapés ou harcelés peuvent renoncer à scolariser, auquel cas, c'est une déscolarisation subie.
 
 
La pratique religieuse radicale pousse aussi à vouloir soustraire ses enfants à un monde impur et à les assujettir à un enseignement à caractère religieux. Ces écoles ont déjà fait l'objet de reportages controversés tournés principalement dans des banlieues arabo-musulmanes. Le médiatique cas de l'école coranique du quartier du Mirail à Toulouse s'est soldé par une fermeture, mais d'autres cas sont connus, ou plutôt trop peu connus. Des maires, comme François Pupponi, ont signalé des cas d'écoles clandestines radicales sur leur commune, mais ce n'est pas toujours suivi d'effet. Sur les trois dernières années, l'Education Nationale, si elle ne donne pas de chiffres totaux, estime que le nombre de déscolarisations a augmenté de 36 %, tout en se refusant à sérier celles qui le seraient pour des raisons religieuses. Il est effectivement toujours difficile de totaliser ces structures extrêmement discrètes, de savoir quels sont les enfants qui n'apparaissent pas dans les listes des écoles ordinaires et surtout d'aller sur place pour contrôler et entamer des actions coercitives.
 

Si il est difficile d'avoir des chiffres sur la déscolarisation en France, quelles sont les estimations que nous pouvons tout de même faire ?

Outre quelques cas chrétiens, sectaires ou individuels, une cinquantaine d'établissements musulmans à caractère religieux accueilleraient environ 5000 élèves et des projets voient le jour, souvent à la périphérie des grandes villes, selon un mouvement en expansion, avec des structures sous contrat ou pas et des maires en première ligne face aux demandes officielles. Ils se plaignent souvent de n'avoir aucun moyen de contrôle sur ce qui se passe à l'intérieur des établissements scolaires un fois ceux-ci ouverts.
L'Éducation nationale de Najat Vallaud-Belkacem a même étudié la question d'une évolution du droit, en se penchant prioritairement sur les écoles hors contrat et une série d'inspections «surprise» avait été lancée dans des établissements soupçonnés de radicalisation.Dans ce maquis, L'UOIF contrôlerait les écoles sous contrat avec l'État, mais également une quarantaine d'écoles hors contrat, le plus souvent dans le primaire. L'Association des maires de France s'est penchée sur la déscolarisation d'enfants musulmans, en a fait un sujet préoccupant, tant les motifs sont clairement d'ordre religieux, avec même une ombre salafiste et un adossement régulier à une mosquée proche. A n'en point douter, il s'agit d'un dossier sensible qui doit figurer sur le bureau du nouveau ministre.

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