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Ces milices baltes qui se préparent à une éventuelle invasion russe
©REUTERS/Ints Kalnins

Davids et Goliath

Ces milices baltes qui se préparent à une éventuelle invasion russe

Pour contrer le développement des milices paramilitaires russes, les pays Baltes voient de plus en plus se développer en leurs seins des milices concurrentes, fortes de plusieurs milliers de membres.

Cyrille Bret

Cyrille Bret

Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné notamment à l'ENS, à l'université de New York, à l'université de Moscou et à Polytechnique, il enseigne actuellement à Sciences-Po. Il est le créateur avec Florent Parmentier du blog Eurasia Prospective. Il est également membre de l'Institut Notre Europe Jacques Delors.

Pour le suivre sur Twitter : @cy_bret

 

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Atlantico : Selon un reportage photographique de The Atlantic, les pays baltes seraient confrontés au développement de milices paramilitaires anti-russes, dont la garde nationale lettone et ses 8000 membres. Comment sont apparues ces milices, quels sont leurs effectifs et le danger qu'elles représentent  ? Quels sont les facteurs qui ont contribué à leur développement au cours de ces dernières années ? 

Cyrille Bret : En matière de relations entre Russie et Etats baltes, il convient de se garder de tout sensationnalisme et de toute naïveté. Le sentiment national en Estonie, en Lituanie et en Estonie est d’autant plus fort que l’indépendance de ces Etats a été recouvrée très récemment, à la chute de l’URSS. Ces Etats ont en effet été occupés puis annexés par l’URSS en 1940 suite au Pacte entre Staline et Hitler dit « Molotov-Ribetropp ». Cultures nationales et langues locales ont reculé, notamment en raison de l’installation de citoyens soviétiques venus de Russie.  Les inquiétudes ont été redoublées au moment de l’annexion de la Crimée et de la guerre du Donbass. Les milices décrites par le reportage sont l’exacerbation de la crainte des Baltes devant la résurgence de la puissance russe. Opérations dans le cyberespace, incursions dans l’espace aérien, forte présente des chaînes de radio et de télévisions russes d etc. Tous ces motifs ont exacerbés les clivages nationaux dans les Etats baltes. La montée en puissance de ces milices n’est qu’un des symptômes de l’inquiétude générale dans les Etats Baltes. Sur un plan plus rationnel, elle a mené les Etats baltes à adhérer à l’OTAN et à l’UE en 2004, et, récemment, à accueillir des troupes de l’OTAN, dont celles de la France. 

Lettonie, Estonie, Lituanie, comment sont traités les questions relatives aux minorités russes au sein des pays baltes ? Quel est le niveau de tension actuelle entre ces populations ? 

Aujourd’hui, les minorités russes ayant les nationalités baltes sont importantes dans ces Etats membres de l’Union européenne : environ 30% de la population en Lettonie, environ 25% en Estonie et 7% en Lituanie, avec des secteurs où les russes ethniques et culturels sont majoritaires, comme à Narva en Estonie. Les tensions sont importantes car deux visions s’affrontent : d’un côté, certains nationalistes considèrent les minorités russes comme des intrus ou même comme constituant une 5ème colonne utilisée par la Russie pour préparer une annexion des Etats baltes, à l’instar de la Crimée ou de la guerre hybride dans le Donbass. De l’autre côté, certains médias russes présentent la condition des minorités russes dans l’espace baltique comme préoccupantes : ils seraient victimes de discriminations systématiques et d’une suspicion généralisée. les tensions montent car ces deux visions sont irréconciliables et se justifient l’une l’autre : les Russes renforcent leur soutien aux minorités russes et les Baltes les considèrent avec suspicion.

Sur le plan symbolique, les tensions se sont concentrées, en 2006, sur le « soldat de bronze » de Tallin : il s’agissait d’un monument au coeur de la capitale estonienne, commémorant les morts soviétiques de la Deuxième Guerre Mondiale. Il était perçu par beaucoup de Baltes comme un symbole de l’occupation soviétique et de l’impérialisme russe. Son démantèlement a provoqué une crise diplomatique avec la Russie mais également une crise interne avec les minorités russes.

Quelles sont les autres situations analogues aux frontières de la Russie ? Quels sont les niveaux de tensions entre les populations ? 

La question des minorités russes est vitales pour la popularité du président Poutine. Le Kazakhstan, l’Ukraine mais aussi la Moldavie ont des minorités russes. Et leur sort préoccupe leurs familles en Russie. EN particulier, la protection des familles russo-ukrainienne, des russophones et de la culture russe a occupé une place importante dans l’attitude de la Russie à l’égard de l’Ukraine. Les interventions militaires et diplomatiques russes dans le pays sont régulièrement justifiées par la nécessité de protéger ces populations du gouvernement de Kiev. La communauté russe du Kazakhstan est, elle en réduction. Mais en Moldavie, la minorité russe est au coeur du conflit gelé de Transnistrie : en 1991, à la dissolution de l’URSS, la minorité russe a déclaré l’indépendance de la partie orientale du pays et a reçu la protection des soldats russes stationnés sur place.

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