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Les animaux sont parfois bien plus cruels qu'on ne le croit : la mante religieuse mange son partenaire.
Les animaux sont parfois bien plus cruels qu'on ne le croit : la mante religieuse mange son partenaire.
©Reuters

Cymothoa exigua, mante et coucou !

Ce que les parasites nous apprennent sur les horreurs de la nature et la supériorité de l'humain

La mante religieuse dévore son compagnon, des parasites décident de prendre place dans la bouche de certains poissons, jusqu'à en remplacer la langue... Les animaux sont parfois bien plus cruels qu'on ne le croit.

Olivier Dautel

Olivier Dautel

Olivier Dautel est professeur agrégé de Sciences de la Vie et de la Terre en classe préparatoire BCPST-VETERINAIRE. Formateur l’Agrégation Interne de SVT.

Il est également auteur, avec Jean Yves Nogret, de « La biologie pour les Nuls » aux éditions First

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Atlantico : L'imaginaire collectif a tendance à faire de la nature un havre de paix, serein, tranquille et adorable. Qu'en est-il vraiment ? La faune est-elle véritablement aussi tendre qu'elle peut sembler l'être dans cette perception globale que nous en avons ?

Olivier Dautel : La faune n'est, bien évidemment, pas ce qu'on veut bien croire qu'elle est. Ca n'est pas le monde des schtroumpfs, et nous avons tendance à limiter la vision que nous en avons à nos simples animaux de compagnie. L'ensemble des animaux (et pour faire plus global, des êtres vivants) fonctionnent sur un triptyque. En premier lieu, se développer, ce qui passe par se nourrir, pour ensuite se reproduire et enfin avoir une descendance qui assurera la pérennité de l'espèce. Ce qui est sous-jacent, c'est que pour se nourrir et perpétuer l'espèce, tous les coups sont permis. En l'absence totale de morale (il n'y a pas de notion de bien ou de mal dans le monde animal), on assiste parfois à des actes qui peuvent choquer.

Une fois suffisamment développé pour avoir pu arriver jusqu'à la reproduction, la nature connait deux grandes stratégies (lesquelles concernent également l'Homme). Soit, l'animal va faire énormément de descendants en anticipant beaucoup de pertes, mais in fine la descendance sera tout de même assurée (c'est la stratégie qu'on appelle "stratégie r"), soit au contraire l'animal se limitera au un minimum de descendants, mais avec une prise en charge maximale qui implique une dépense d'énergie conséquente. Evidemment, ces stratégies dépendent des espèces et non de volontés personnelles qu'on pourrait prêter aux animaux. Ainsi, une majorité des poissons vont libérer leurs gamètes dans l'eau et adviennent que pourra et inversement dans le cadre de la viviparité, on constate que l'animal reste dans le ventre de sa mère jusqu'à un certain stade de maturité. Certaines tarentules gardent les œufs sur le dos, afin de les protéger au mieux. Les manchots empereurs, qui ne sont capables de pondre qu'un œuf, protègeront la descendance à tour de rôle, tantôt mâle, tantôt femelle.

L'un des exemples les plus connus qui tranche avec cette représentation de la nature, c'est la mante religieuse, qui dévore son compagnon. Ces comportements existent-ils vraiment ? Sont-ils récurrents, ou s'agit-il d'événements isolés ?

Ces comportements existent. Il s'agit effectivement d'événements plutôt occasionnels, mais il arrive effectivement que la mante religieuse décapite le mâle, mais il s'agit de choses relativement (et j'insiste sur le relativement, ça n'est pas non plus complètement impensable) rares. Mais l'acte de cannibalisme n'est pas nécessaire à la fécondation, et ne représente pas un apport de protéines indispensable. Dans la majorité des cas, le mâle parvient à s'échapper.

Les araignées ont aussi les mêmes comportements : comme les mantes religieuses il s'agit d'espèces à tendance particulièrement solitaire, aussi la rencontre des deux partenaires est compliquée. Pour éviter que la femelle ne prenne le mâle pour une proie, certains font une danse nuptiale (qui consiste à marcher sur certains fils de la toile uniquement) mais c'est le cas le plus rare. Le plus souvent, le mâle se contente d'apporter une mouche à la femelle. Les romantiques y verront un cadeau, les pragmatiques une distraction. En effet, le mâle profite du fait que la femelle soit occupée à dévorer la mouche pour faire son ouvrage et s'en aller avant d'avoir été dévoré lui-même. Certaines araignées se retrouvent même à devoir abandonner une de leurs pinces, le palpe, qui correspond à l'organe copulateur, pour ne pas se faire manger. Le palpe repousse, aussi le calcul est rapide. Il existe environ 60 000 espèces d'araignées dans le monde, et a chacune ses spécificités.

On peut citer également certains reptiles, qui disposent de deux pénis, et dont les femelles disposent de deux vagins. Les pénis du mal se terminent par des crochets qui lui permettent de rester fixé, quand bien même la femelle n'est pas d'accord. Ce qui s'apparente donc à un "viol".

Au-delà de l'acte de reproduction, on assiste également à des scènes qui, si elles ne sont pas barbares (les animaux n'ayant pas un pareil référentiel), peuvent choquer : les criquets d'Afrique, par exemple. Des herbivores à tendance opportuniste ! Si tant est qu'il n'y ai pas assez à manger, les plus gros n'hésitent pas à croquer les plus petits (ce qui se vérifie également dans un élevage). Egalement, le coucou, loin d'être carnivore, n'hésite pas à prendre la place d'oisillons dans un nid. Il les fait tomber pour être le seul à en profiter. Il s'agit d'une forme de parasitisme de couvée.

Les animaux sont-ils les seuls à agir de façon aussi barbare ? Si nous avons tendance à idéaliser le règne animal, ce n'est pas la même bienveillance qui est de mise, quand on parle de parasite. Méritent-ils tout ce dégoût que nous le portons ?

Le dégoût n'est pas injustifié, en tout cas.  Qui dit parasite dit également maladie. Sans compter la façon dont le parasite réalise son cycle. C’est-à-dire pénètre, ou sort, de l'Homme ou n'importe quel autre animal. Souvent, ils entrent par les voies naturelles (bouche ou anus, soit à l'heure du repas ou de la baignade), mais il peut également passer par un vecteur, un hôte intermédiaire, à l'image d'un voleur qui entre par effraction. Dans certains cas parmi les plus rares, le parasite perce directement l'épiderme. Alien n'a rien inventé, en vérité : si on s'attarde sur la guêpe Ichneumon, on réalise que le principe n'est pas nouveau. La femelle pond dans une proie, vivante, et les larves se développent. Elles rongent la proie de l'intérieur tout en faisant bien attention à préserver les organes vitaux. La légende veut que Darwin, fils de pasteur, ait cessé de croire en Dieu en découvrant ce principe de reproduction. D'autres parasites modifient purement et simplement l'organisme de leur hôte. C'est le cas du Cymothoa exigua, qui se fixe sur la langue du Vivaneau Rose, en pompe le sang jusqu'à ce qu'elle soit atrophiée. Il finit par la remplacer, et se nourrir du mucus sécrété par le poisson. On l'appelle également "Poux mangeur de langue". C'est assez classique, que le parasite occupe une place dans le corps de l'animal. En se développant, il modifie morphologiquement son corps, et parfois même son comportement.

Certains parasites ont pour hôte intermédiaire un escargot. Il se situe dans les antennes, qui deviennent énormes. Plutôt que de se cacher comme de coutume, l'escargot va se hisser au sommet du brin d'herbe, dans une attitude suicidaire, et se faire une proie facile pour l'oiseau qui est finalement l'hôte définitif du parasite. La fourmi connait le même genre de parasites.

Finalement, l'Homme est-il, de par son aspect moins "naturel", moins exposé à cette forme de cruauté "naturelle" ? A cette loi de la nature ?

C'est un point de vue qui pourrait être défendable, effectivement. Progressivement, l'évolution nous a mené vers la stratégie r, que nous abordions tout à l'heure et qui consiste à faire moins de petits mais à mieux les protéger. A priori, il n'y a donc plus de raison pour avoir de pareils comportements. (Quand bien même, quand il s'agit de nos chères têtes blondes, nous avons parfois des comportements assez irréfléchis).

L'Homme, néanmoins, essaye aujourd'hui de donner aux animaux des sentiments qu'ils n'ont pas. On ne peut pas vraiment se laisser aller à ce genre de comparatif, puisque ça reviendrait à expliquer les comportements d'animaux avec notre propre regard. Ca n'est pas valable. Chez les animaux, il n'y a pas de méchants, pas de gentils. Pas de bien, pas de mal. On revient au triptyque de tout à l'heure : il s'agit simplement de reproduire l'espèce. Il s'agit de vivre.

Pour autant, n'y a-t-il aucune forme de solidarité au sein de la faune et de la flore terrestre ? Les êtres sont-ils si "inhumains" que ça ?

La solidarité entre animaux existe. Notamment au sein de troupeaux, comme chez les zèbres ou chez les buffles. Lors d'une chasse, en pleine course-poursuite, le troupeau se réorganise de façon à ce que les plus rapides entourent et protègent les plus lents et les plus faibles. Les jeunes et les vieux s'aident. Les mâles et les femelles, c'est plus variable. Cela dépend des espèces. Il est aussi impensable de ne pas parler de l'effet de groupe, qui sert à protéger les faibles et les plus jeunes. Il existe également des animaux sociaux, comme les fourmis ou les termites, qui s'organisent en véritables sociétés (qui ne sont pas réfléchies, néanmoins). Enfin, on peut aussi noter la prise en charge de petits, notamment chez les oiseaux, par une mère de substitution, quand meurt la première.

Propos recueillis par Vincent Nahan

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