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Cas “autochtone” de contraction du chikungunya : mais quelle menace réelle représente le moustique tigre en France ?
©Pixabay / Wikilmages

Moustique tigre

Cas “autochtone” de contraction du chikungunya : mais quelle menace réelle représente le moustique tigre en France ?

Au cours de cette année 2017, des cas (60) de dengue 'importés" ont été signalés en France métropolitaine tandis que le Var a recensé un cas de chikungunya autochtone, et serait la conséquence de la présence du moustique tigre.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Dès lors que la présence de ce moustique est avérée en France, quels sont les risques encourus ? Quelles sont les maladies pouvant être inoculés à l'homme par ce moustique ?

Stéphane Gayet : Aedes albopictus -plus connu sous l’appellation courante de moustique tigré ou tigre- a effectué, depuis le début du 21e siècle, l’une des expansions géographiques les plus rapides que l’on ne connaisse. Originaire de l’Asie du Sud-Est -dans des régions au climat tropical-, il s’est répandu sur tous les continents, faisant preuve d’une adaptabilité remarquable. Depuis l’Italie, il a gagné le Sud de la France, où il s’est établi en 2004 ; il a été repéré à Paris, en Suisse et en Belgique. Selon les calculs des entomologistes, il devrait à ce rythme coloniser sans grande difficulté des territoires encore plus au Nord, jusqu’à l’Irlande.

Ce moustique très nuisible semble utiliser deux voies principales pour coloniser les continents. D’une part, ses œufs et larves sont souvent trouvés dans l’eau qui stagne dans les pneus usagés, lesquels font l’objet d’un important trafic international et sont transportés par bateau. D’autre part, le dracaena ou bambou de la chance -lucky bamboo- est très en vogue actuellement, en tant que plante d’intérieur ; or, il nécessite une ambiance humide. Il est produit dans de grandes pépinières en Chine et expédié en bateau sous forme de tronçons plongés dans l’eau et pouvant contenir des œufs et des larves de moustique tigre.

En France, le moustique tigré ou tigre a déjà colonisé la Corse, une très grande partie de la région Nouvelle Aquitaine, la quasi-totalité de la région Occitanie et de la région Provence-Alpes-Côte d'azur, ainsi qu’une grande partie de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Déjà présent dans les deux départements de l’ante-région Alsace, il arrive en région Pays de la Loire ainsi qu’en Île de France. Cela représente en tout pas moins de 33 départements.

Aedes albopictus transmet – avec une efficacité qui varie selon les circonstances– plus d’une vingtaine de virus, agents pathogènes de maladies tropicales. Ces maladies, telles que la dengue et le chikungunya, sont ainsi apparues dans les pays tempérés comme la France et leurs virus s’y transmettent aujourd’hui. En pratique, la présence du moustique tigré ou tigre dans un territoire est synonyme de risque -très faible à faible, mais de risque tout de même- de transmission des virus de la dengue, du chikungunya et de l’infection à virus zika.

Le chikungunya -ce qui signifie « dos courbé »- provoque de la fièvre et des arthralgies (douleurs articulaires) sévères, ainsi que des douleurs musculaires (myalgies), des maux de tête (céphalées), une fatigue (asthénie) et une éruption cutanée (« boutons »).

La dengue est aussi appelée « grippe tropicale ». Dans sa forme habituelle, elle rend vraiment très malade, (forte fièvre souvent accompagnée de maux de tête, nausées, vomissements, douleurs articulaires et musculaires ainsi qu’une éruption cutanée ressemblant à celle de la rougeole), mais guérit sans séquelle. Cependant, chez certaines personnes, elle peut évoluer selon deux formes graves : la dengue hémorragique, puis la dengue avec syndrome de choc qui est mortelle.

L’infection à virus zika se manifeste par divers signes et symptômes, évoquant ceux de la dengue ou du chikungunya : fièvre, maux de tête, éruption, fatigue, douleurs musculaires et articulaires. Elle reste le plus souvent bénigne et peut durer jusqu’à une semaine. Mais chez le fœtus -virus transmis pendant la grossesse-, le virus peut donner une malformation sévère, la microcéphalie, responsable d'un retard mental important et irréversible. Il faut noter que le virus zika se transmet aussi par voie sexuelle (il est en particulier souvent présent dans le sperme des hommes infectés qui peuvent avoir une forme d’infection discrète). Par ailleurs, cette infection peut aussi provoquer une paralysie ascendante progressive et en général réversible (syndrome de Guillain et Barré), mais qui peut atteindre les muscles respiratoires et donc être à l’origine d’une asphyxie.

Heureusement, être piqué par un moustique tigré ou tigre ne signifie pas -surtout en France- être contaminé par l’un de ces trois virus.

Quels sont les symptômes à surveiller pour les personnes ayant pu être présentes dans des zones "habitées" par le moustique Tigre ? Dans quels cas est-il nécessaire de consulter ?

Le moustique tigré ou tigre a une période d’activité particulière : contrairement aux moustiques habituels, il a une activité -non pas vespérale et nocturne- mais diurne, avec cependant un pic d’activité au coucher du jour (recrudescence crépusculaire).

Les périodes d’incubation -espace de temps qui sépare l’inoculation du virus par le moustique tigré ou tigre et l’apparition des premiers signes et symptômes- sont les suivantes : pour l’infection à virus zika, trois à douze jours ; pour la dengue, deux à sept jours ; pour le chikungunya, deux à dix jours.

S’agissant de trois maladies virales, les antibiotiques sont bien sûr sans effet et inutiles. On ne dispose pas non plus de médicaments antiviraux efficaces. Les formes graves doivent conduire à une hospitalisation quand les fonctions vitales sont menacées (formes sévères de la dengue et de l’infection à virus zika, cette dernière en particulier quand une paralysie s’installe).

Étant donné que ces maladies sont à l’origine de signes et symptômes évoquant la grippe (fièvre, douleurs articulaire et musculaires, fatigue…) et qu’elles surviennent pendant les périodes plutôt chaudes de l’année -donc en dehors des périodes d’épidémie de grippe et d’infections respiratoires apparentées-, les tableaux de « grippe d’été » plus ou moins sévère qu’elles déterminent devraient conduire à consulter un médecin, qui pourra poser un diagnostic et décider de l’attitude à tenir.

Quels sont les moyens de prévention ? Une seule piqûre suffit-t-elle transmettre les maladies ?

Il n’existe à ce jour pas de vaccin contre la dengue, le chikungunya ni l’infection à virus zika.

Le moustique tigre est très facile à identifier grâce à ses rayures noires et blanches présentes sur le corps et sur les pattes qui lui donnent un aspect très contrasté. C’est un moustique de petite taille (plus petit qu’une pièce d’un centime d’euro) qui ne dépasse pas un centimètre d’envergure.

Une seule piqûre peut suffire à transmettre l’une des maladies virales en question, mais il faut rappeler que le risque reste heureusement très faible en France hexagonale.

Tous les moustiques -dont le moustique tigré ou tigre- ont besoin d’eau douce stagnante pour se reproduire. Or, ce moustique a la particularité d’avoir un faible rayon d’action : il faut lutter contre tous les réservoirs d’eau stagnante de notre environnement, y compris les petits auxquels on ne pense pas suffisamment : soucoupes sous les pots de fleur, réservoirs d’eau, pneus à l’extérieur, bassines, arrosoirs… C’est le moyen le plus efficace pour diminuer la densité de moustiques.

Ainsi, pour éliminer les larves de moustiques, il faut supprimer les endroits où l’eau peut stagner (petits détritus, encombrants, pneus usagés (les remplir par exemple de terre), déchets verts ; changer l’eau des plantes et fleurs une fois par semaine, ou si possible supprimer les soucoupes des pots de fleur, remplacer l’eau des vases par du sable humide ; vérifier le bon écoulement des eaux de pluie et eaux usées et nettoyer régulièrement les gouttières, les regards, les caniveaux et les équipements de drainages ; couvrir les réservoirs d’eau avec un voile de type moustiquaire ou à défaut un simple tissu (bidons d’eau, citernes, bassins…) ; couvrir les piscines hors d’usage et évacuer l’eau des bâches ou traiter l’eau (eau de Javel, galets de chlore…).

Il faut également, bien sûr, se protéger des piqûres de moustiques, en couvrant le plus possible son corps et plus particulièrement au crépuscule, ainsi qu’en utilisant des répulsifs en vente en pharmacie et pour lesquels le pharmacien est en mesure de donner de précieux conseils. L’usage des voiles de type moustiquaire permet de se protéger pendant le sommeil.

Lorsque l’on a repéré de façon certaine un moustique tigre ou tigré, et surtout si l’on se trouve en dehors des territoires connus comme colonisés par ce moustique, il est recommandé d’en informer les autorités sanitaires, c’est-à-dire l’Agence régionale de santé (ARS).

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