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Carmen ressuscitée pour ne pas voir mourir une femme ou le délire du politiquement correct
©Luigi Caputo

Au fou !

Carmen ressuscitée pour ne pas voir mourir une femme ou le délire du politiquement correct

A l'opéra de Florence, le metteur en scène de Carmen, Leo Muscato, a réécrit le finale de l'oeuvre "parce qu’on ne peut pas applaudir le meurtre d’une femme".

Philippe Bilger

Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il a été amené à requérir dans des grandes affaires qui ont défrayé la chronique judiciaire et politique (Le Pen, Duverger-Pétain, René Bousquet, Bob Denard, le gang des Barbares, Hélène Castel, etc.), mais aussi dans les grands scandales financiers des années 1990 (affaire Carrefour du développement, Pasqua). Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

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Je crains qu'on ne se souvienne du directeur de l'Opéra de Florence et du metteur en scène de Carmen, Leo Muscato, que pour leur talent de visionnaires fous !

Leo Muscato n'a rien trouvé de mieux, sur le conseil du directeur, que de changer la fin de Carmen parce qu'il n'était pas normal ni décent, dans le climat d'aujourd'hui, de faire applaudir la mort d'une femme victime de la violence virile.

Quand on m'a annoncé cette information, je n'ai pas voulu la croire même si je suis prêt à tout subir de la part d'une modernité dévoyée et d'un art prétendument subversif mais de là à modifier la conclusion d'un opéra célèbre et mythique par un décret d'autorité et le ravage du politiquement correct, il y avait une marge ! (La Parisienne)

Le pire est que nous sommes tellement habitués à l'absurde depuis quelques années, avec de petits maîtres se prenant pour de grands génies, que nous écoutons avec une forme d'indulgence résignée les explications d'un metteur en scène qui sera approuvé, j'en suis sûr, par une minorité prête sans doute à aller encore plus loin...

On constate à quel point le juste soutien apporté à la cause féminine s'est dégradé en un paroxysme, une idéologie et une intolérance féministes qui feraient rire s'ils n'annonçaient pas des lendemains qui ne chanteront pas !

Ces deux personnages non seulement perpétuent jusqu'à l'insupportable la mainmise totalitaire de pseudo-créateurs sur d'authentiques créations (on en perçoit depuis plusieurs années les effets désastreux) mais ils vont être célébrés comme de formidables précurseurs.

En effet au nom de quoi y aurait-il une telle discrimination artistique au bénéfice de Carmen seulement ? Il y a tant de rôles de femmes dans des chefs-d'oeuvre de toute nature qui ne leur donnent pas forcément le beau rôle, qui les font mentir, souffrir, mourir, il est intolérable de les laisser en l'état. L'art était splendide mais conservateur...
Phèdre, Le Cid, Shakespeare, tant de romans, tant de films, tant d'opéras aussi admirés qu'ils soient pâtissent de cette disgrâce fondamentale de n'avoir pas compris tout de suite, quand ils s'élaboraient magiquement, cette évidence : la féminité aurait dû être une obsession artistique et la vérité humaine une préoccupation de second plan.

Je salue donc ces inventeurs. Il est rare qu'on puisse en art être le témoin d'une telle révolution !

Article publié initialement sur le blog de Philippe Bilger

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