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Quand on parle de femmes enceintes et de conséquences sur les bébés, on applique surtout des principes de précaution.
Quand on parle de femmes enceintes et de conséquences sur les bébés, on applique surtout des principes de précaution.
©Reuters

Fais pas ci, fais pas ça !

Caféine, tabac, alcool etc. Et qui se préoccupe de savoir si la sur-culpabilisation des femmes enceintes est mauvaise pour la santé des bébés ?

Alcool, tabac, poisson cru... Et maintenant café ! Pour la première fois, une étude sur des souris a montré qu'une exposition à la caféine pendant la gestation pouvait avoir des effets néfastes sur le développement du cerveau de l'enfant. Mais que sait-on réellement de la nocivité des comportements des femmes enceintes sur la santé des enfants ?

Patrick Tounian

Patrick Tounian

Patrick Tounian est professeur de pédiatrie, chef du service de nutrition et gastroentérologie pédiatrique de l'hôpital Armand-Trousseau à Paris.
Docteur en sciences, il dirige les formations " Obésité de l'enfant et de l'adolescent " et " Nutrition de l'enfant et de l'adolescent " à la faculté de médecine Pierre-et-Marie-Curie de Paris.
Il est secrétaire général de la Société française de pédiatrie et auteur de nombreux livres et publications scientifiques sur la nutrition et l'obésité de l'enfant et de l'adolescent.

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Atlantico : Une équipe de chercheurs de l’Inserm a révélé que la caféine consommée par les femmes enceintes affectait le cerveau en développement de leur progéniture. Les risques que l’on attribue à l’alcool, la cigarette et maintenant la caféine se vérifient-ils sur le fœtus et la santé future de l’enfant ?

Patrick Tounian : Quand on parle de femmes enceintes et de conséquences sur les bébés, on applique surtout des principes de précaution. Les femmes enceintes sont souvent inquiètes lorsqu’elles prennent des médicaments ou de l’alcool. L’idéal est de ne pas boire d’alcool du tout mais occasionnellement, il ne cause pas de séquelles chez l’enfant. Il faut appliquer le principe de précaution c’est-à-dire retirer tous ces produits qui peuvent être dangereux mais  sans en faire une obsession pour autant.

Les risques se confirment-ils chez toutes les femmes enceintes ?

Il y a souvent des seuils. Le risque le plus connu en France est l’alcool. Le risque s’applique sur les mamans qui sont des alcooliques chroniques et non les mamans qui ont bu quelques verres de vin durant leur grossesse. Encore une fois, il vaut mieux tout de même appliquer le principe de précaution. Chez certaines mamans, il faudra beaucoup de verres de vin notamment chez les alcooliques chroniques alors que pour d’autres qui métabolisent moins bien l’alcool, il peut y avoir des lésions. On peut supposer qu’un tout petit peu d’alcool ou une petite dose de caféine peut provoquer des lésions qui ne se voient pas mais qui peuvent avoir des répercussions sur le niveau scolaire de l’enfant par exemple. Pour une occasion, boire un verre de vin n’a pas de risques.

Concernant les médicaments, on pèse le pour et le contre. Si le médicament est indispensable pour la maman, on peut lui donner mais s’il ne l’est pas, on le remplace.

Auparavant, les femmes enceintes modifiaient moins leurs comportements. Désormais, qu’est ce qui a changé ?

Le problème est la toxicité qu’on ne voit pas, c’est-à-dire les problèmes chez les enfants qu’on n’attribue pas à des produits toxiques pris pendant la grossesse. Il y a aussi le syndrome d’alcoolisation fœtale qui est le plus connu. Il était plus visible auparavant car il y avait moins de messages de prévention. Dans certaines campagnes où on compte de nombreux alcooliques, on observe ce syndrome d’alcoolisation fœtale. Un autre phénomène arrive souvent, ce sont les mamans qui ont beaucoup bu ou fumé avant même qu’elles s’aperçoivent de leur grossesse. Il existe la loi du "tout ou rien" : soit l’embryon a été touché soit il ne se passera rien. Il faut être rassurant avec les futures mamans.

Y a-t-il des différences de développement et de maturité entre les espèces ?

C’est le grand problème de la toxicologie. Un exemple est l’aspartame qui a été accusé d’avoir causé des lésions neurologiques sur le fœtus. Il y a une dose journalière à partir de laquelle on constate un surdosage. Ces études ne s’observent bien sûr que sur l’animal. Toutes les doses de toxicité se font sur l’animal. Par mesure de précaution, on divise ensuite par 100. Les études sur l’animal sont ensuite traduites sur l’homme en étant assez loin de la réelle dose toxique.

Quelles sont les différences observées entre les enfants de mères qui bravent ces interdits et celles qui sont plus prudentes ?

Peut-être que ces différences s’observent mais avec des éléments cliniques dont on ignore l’existence. Ce qu’on connait bien est l’alcoolisation fœtale mais dans la majorité des cas, ce sont des mères alcooliques. En dehors de l’alcool et du tabac qui sont réellement toxiques, en restant raisonnable et en gardant du bon sens, le risque est quasi inexistant sinon nul. Le principe de précaution suffit pour garder du bon sens et permettre aux mamans de boire leur café matinal sans trop s’angoisser.

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