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Bruxelles autorise le retour des farines animales au motif d’une meilleure traçabilité... (Prière de ne pas penser à celle de la viande congelée)
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Bruxelles s'en mêle

Bruxelles autorise le retour des farines animales au motif d’une meilleure traçabilité... (Prière de ne pas penser à celle de la viande congelée)

En plein scandale de la viande chevaline, Bruxelles vient d'annoncer que les farines animales seront de nouveau autorisées en France pour les poissons à partir du 1er juin 2013.

Olivier Andrault

Olivier Andrault

Olivier Andrault est ingénieur en agro-alimentaire. Il est chargé de mission "agriculture et alimentaire" pour l'association de consommateurs UFC-Que choisir. 

Il effectue aussi des missions pour Programme national nutrition santé, pour le Ministère de l'Agriculture et de la pêche, où il travaille pour l'amélioration nutritionnelle des aliments. Il fait aussi parti du groupe d'orientation de l'observatoire de la qualité de l'alimentation.

 

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Atlantico : Comment les farines animales ont-elles effectuées leur retour en toute discrétion du grand public (et même de la ministre Delphine Batho apparemment) ? Y a-t-il eu un travail redoutable des lobbys agroalimentaires dans les couloirs de Bruxelles ?

Olivier Andrault : Il y a toujours eu une forte demande des lobbys agricoles et notamment de l'aviculture, pour un retour des farines animales. L'idée pour les producteurs était d'avoir à nouveau accès à des protéines d'origine animal, dans un contexte de hausse du prix de celles d'origine végétale. Cela permettrait d'avoir accès à des fournitures bon marché, ce qui pouvait ensuite accroître les revenus dans ce secteur d'activité, où ils sont effectivement faibles. Cette volonté est d'ailleurs discutable car des modèles économiques pour mesurer ce gain, de même que l'observation du secteur de la nourriture pour animaux où les farines animales sont autorisées, ne mettent pas en évidence d'avantage avéré. 

Il est d'ailleurs étonnant que ce soit finalement la pisciculture qui bénéficie en premier du retour des farines animales, alors que ce secteur représentait un lobby beaucoup plus petit sur la question. Est-ce à dire que la pisciculture sert de préalable au reste ? Je n'ai pas d'éléments là-dessus, je pense que c'est encore trop tôt pour le dire.

Les farines animales qui seront autorisées pour l'alimentation des poissons d'élevage à partir du mois de juin sont-elles de même nature que celles qui avaient été interdites en 1997, en plein scandale de la "vache folle" ?

Non, ce ne sont pas du tout les mêmes produits qui seront utilisés. D'après les informations que j'ai, plusieurs mesures de précaution seront adoptées pour préparer ces nouveaux produits : aucune farine ne sera d'origine bovine, seuls des animaux omnivores seront utilisés, il ne sera pas fait usage ni de moelle épinière, ni d'encéphalite pour élaborer les farines. De plus, les températures de préparation seront plus élevées, et il ne sera pas possible de donner à un animal des farines issues du même animal que lui. 

Ceci dit, et on le voit bien avec l'affaire de la viande de cheval, il existe toujours un risque potentiel de traçabilité de ces futures farines animales, même avec toutes ces précautions.

Les farines animales reviennent malgré la désapprobation générale, cela ne sonne-t-il pas comme un camouflet de Bruxelles envers l'opinion française ? 

Il est certain que ce retour des farines animales en France pose un problème démocratique délicat. Depuis leur interdiction en 1997, toutes les observations montraient que les Français avaient une opinion très négative de leur utilisation. Ce retour des farines animales imposée par Bruxelles impose une conclusion simple : la position française sur la question n'a pas été respectée.

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