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Bosnie-Herzégovine / France : l'ennui ne porte pas conseil
Bosnie-Herzégovine / France : l'ennui ne porte pas conseil
©FRANCK FIFE / AFP

Football

Bosnie-Herzégovine / France : l'ennui ne porte pas conseil

Grâce à un très bon Hugo Lloris et à un but d'Antoine Griezmann, les Bleus se sont imposés en Bosnie au terme d'une rencontre qui fut tout sauf une partie de plaisir. En se contentant une nouvelle fois du minimum, ils pointent en tête du groupe D.

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez

Olivier Rodriguez est entraîneur de tennis et préparateur physique. Il a coaché des sportifs de haut niveau en tennis. 
 
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Heure d'été oblige, c'est sous un magnifique clair de jour que la Bosnie-Herzégovine accueillait l'équipe de France hier soir à Sarajevo.
 
Après avoir reposé les cadres contre l'équipe supposée la plus faible du groupe dimanche dernier, Didier Deschamps avait cette fois aligné ses tauliers pour affronter un adversaire jugé d'un niveau supérieur. Le plan de départ était simple : il fallait s'imposer pour compenser le faux pas initial contre l'Ukraine tout en tenant compte de statuts et d'états de formes aussi divers que variés. Au cœur d'éliminatoires dont on sait qu'ils seront un point de départ pour certains et un point d'arrivée pour d'autres, notre sélectionneur et ses joueurs ne pouvaient s'appuyer que sur cette certitude : en matière de football et a fortiori en équipe nationale, seul le provisoire perdure.
 
À bien y réfléchir, ce que je viens d'écrire est faux... Il y a bien une autre chose qui perdure avec l'équipe de France, c'est l'ennui.
 
Car si ce résultat prouve que les Bleus affichent régulièrement un réalisme "à l'Italienne" dont nous étions envieux il y a quelques années, il faut aussi reconnaître qu'ils nous ont encore offert un match que les plus enjoués ont regardé les coudes sur les genoux et les visages à marée basse. Que cela leur plaise ou non, ceux qui voudraient profiter du spectacle offert par une équipe nationale séduisante devront se rendre à l'évidence : il faudra se contenter de celle-là ! Une équipe efficace, aussi froide que pragmatique, qui sait savourer le minimum (deux tirs cadrés hier soir) et pour laquelle seul le résultat compte. Nos joueurs ? Des gestionnaires, des comptables experts que l'on aime critiquer mais dont le bilan est quasiment inattaquable. On pourra toujours stigmatiser leur manque d'initiatives, le rythme trop lent de la plupart de leurs passes, le déchet technique important des milieux de terrain ou leur manque d'envie de créer du jeu, ils se retrancheront toujours derrière l'implacabilité de leurs résultats et leur pragmatisme. Et comment ce huitième succès consécutif à l'extérieur pourrait-il leur donner tort ? 
 
Ce succès, l'équipe de France le doit à un but marqué de la tête par Griezmann (60è) sur un service de Rabiot et à deux interventions splendides d'Hugo Lloris. Au passage, sa parade sur une frappe de Todorovic et son arrêt réflexe exceptionnel sur une tête à bout portant de Ahmedhovic (26è) sont à montrer dans toutes les écoles. Du haut de sa 123ème sélection, il démontre que les meilleurs gardiens possèdent toutes les qualités que l'on attribue habituellement aux meilleurs danseurs de slow : dans les deux cas, ce qu'on fait avec les mains compte autant que ce qu'on fait avec les pieds. Chapeau ! Pour le reste, il faudra retenir la disponibilité, l'influence d'un Lemar convaincant ainsi que l'activité et la précision de Griezmann (quatrième buteur de l'histoire des Bleus devant Trezeguet depuis hier soir avec 45 buts). Que ce soit du pied comme lors du match contre l'Ukraine ou de la tête comme hier soir, il faut bien avouer que notre Grizou fait montre régulièrement d'une adresse rare (cela me fait penser que j'avais vu il y a quelques années un xylophoniste aveugle qui faisait lui aussi des choses bluffantes, mais là n'est pas la question...). À retenir également, l'oubli heureux d'un pénalty en faveur des Bosniens sur une faute pourtant évidente de Rabiot sur Krunic (71è). Merci Mr Orsato. Comme commenter les prestations très moyennes des autres membres de l'équipe n'apporterait rien au débat, nous en resterons là.
 
Ils sont comme ça nos Bleus, un petit but et puis s'en vont. Malgré leur manque de créativité et leurs récurrentes difficultés face aux équipes qui proposent des blocs bas, ils repartent avec les trois points de la victoire pendant que l'Ukraine concédait un nul à domicile contre le Kazakhstan. Ce matin, forts de deux victoires et d'un nul, ils sont confortablement installés en tête de leur groupe avec quatre points d'avance sur l'Ukraine. De quoi préparer tranquillement l'Euro 2020 qui se jouera en 2021... Que demande le peuple ?
 
Ben... Justement... Didier Deschamps a beau faire partie de ces entraîneurs qui adorent qu'un plan se déroule sans accroc, la façon dont a joué son équipe, sans charme ni séduction, fera une nouvelle fois débat. 
 
Car si les jours et les matchs succèdent, l'ennui, lui, reste... Et ce Bosnie/France est un nouveau match à ranger dans le tiroir des rencontres sans relief et sans odeur...  Celles qui ont le même goût que la moins chère des eaux plates. Le constat est là : ces temps-ci, tous les matchs de notre équipe nationale sont aussi plaisants à suivre que le procès de Nuremberg. Les joueurs ne sont peut-être pas les seuls fautifs après tout... à bien y réfléchir, le regardeur faisant aussi le tableau, nous devons même y être pour quelque chose... Sommes-nous encore capables de nous enthousiasmer ? Sommes-nous encore capables de regarder la réalité en farce ? Il faut bien l'avouer, après des mois de confinement, de stades vides, de masques remplis de miasmes mais jamais lavés, nous sommes visiblement au bout de nos émotions. Comme la langueur s'étale désormais dans les grandes largeurs, tout nous use, surtout ne rien faire ou ne rien vivre. À l'évidence, nous stagnons dans un ennui plus monotone que jamais et Schopenhauer, qui a passé une grande partie de sa vie à expliquer à la terre entière que "L'existence oscille, comme une pendule, de droite à gauche, entre la souffrance et l'ennui", n'a probablement jamais eu autant raison. À tel point que c'est à se demander si l'ennui n'est pas pire que le malheur... Dans cette triste période, nous n'avons même pas un bon match des Bleus à nous mettre sous la dent... Des fois que ça nous aiderait à nous évader... Mais non... PAS UN ! Au fond, les bonnes rencontres sportives, c'est un peu comme les jolies femmes... on ne les attend plus, d'accord ! Mais elles ne viennent pas quand même... Remarquez, l'affaire semble insoluble... Si on était tout le temps heureux, on finirait aussi par se lasser...

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