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Retour sur les bonnes surprises 
du festival d'Avignon
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Retour sur les bonnes surprises du festival d'Avignon

Antoine Buéno n'a pas assisté aux 1200 spectacles programmés cette année dans le cadre du festival. Mais à quelques jours de la clôture, il en a sélectionné quelques-uns, "forcément partialement", pour retracer l'atmosphère de cette 65ème édition.

Antoine Bueno

Antoine Bueno

Antoine Bueno est écrivain et chargé de mission au Sénat. Il se produit aussi dans son seul en scène, "Antoine Bueno, l'Espoir".

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Théâtre d’auteur :

> Premier amour, Samuel Beckett (théâtre Au bout là-bas, OFF)

Beckett est cette année l’un des auteurs les plus joués du festival. Premier amour y est d’ailleurs représenté sur deux scènes différentes. La nôtre se joue dans le ravissant théâtre Au bout là-bas, à la programmation aussi éclectique que qualitative.

Premier amour, c’est un peu L’Etranger à la sauce Beckett. Le monologue étrange d’un être en marge de la société. Un texte poétique et incongru servi par une scénographie minimaliste (quelques ampoules flottant dans l’espace) et, surtout, une interprétation remarquable. Aucun sur-jeu chez Jérôme Garnier. Ce jeune acteur parvient à maintenir (globalement) son public en éveil, avec un texte exigeant, sans jamais recourir à l’exagération théâtrale. Un tour de force tranquille.

> Courts-circuits, François Verret, (Cour du lycée Saint-Joseph, IN)

L'une des très bonnes surprises du IN. Un OVNI. D'ailleurs difficilement descriptible. Décor de hangard côté jardin, patinoire côté cour. Piano et percussions au milieu. Au-dessus, deux écrans géants. Le tout pour un spectacle total entre concert de musique presque concréte, chant/slam multilingue, performances vidéastes et danses saccadées incantatoires. Plongée dans un univers postapocalyptique, un cauchemar houellebecquien échevelé, désarticulé, dément. Du Jean-Paul Goude en bad trip.

On murmurait à la sortie que François Verret, l'auteur, était avec Courts-circuits très en-deça de ses créations habituelles ou que c'était là du sous Warlikovsky (qui l'année dernière avait mis en scène Krum d'Hanok Levin, sur la même scène et dans le même esprit). Nous laisserons aux experts ces considérations vertigineuses pour louer une oeuvre forte, hérissée de pointes revendicatives qui qui sait aussi se teinter de dérision. Bref, une oeuvre, une vraie.

Avignon rose :

> Vices et vertus, Alexandre Berdat (théâtre du Bourg Neuf, OFF)

La diversité d'Avignon, c'est aussi quelques pièces pour "adultes". Parmi elles, Vice et vertus sort du lot. Une galerie de personnages, une série de sénettes, autant d'évocations surréelles et désenchantées, pour le plus grand plaisir des voyeurs noctambules. Entre une psy qui transfère sur l'un de ses patients avant de se faire presque violer par un boxeur retardé, un hardeur qui se prend pour un acteur du Français (incarné par Sébastien Barrio, ex-hardeur et non moins bon comédien!) et une actrice qui se lance dans le SM faute d'arriver à dire correctement le texte d'une pub pour un tampon hygiénique (excellemment interprétée par l'émoustillante Leïla Denio, portrait robot des bizarreries et du mal-être sexuels de notre temps. Drôle, onirique (cauchemardesque?), cruel. A tout seigneur: mention spéciale à Alexandre Berdat, à la fois auteur du texte, metteur en scène et acteur d'un naturel jouissif. A voir donc.

Danse :

Cette année, la danse est à l’honneur au festival d’Avignon. Le chorégraphe Boris Charmatz, auteur de Levée des conflits, n’est autre que l’artiste associé du festival 2011. Et le parallèle entre son spectacle et le beaucoup plus confidentiel Keep in-out de Gaetano Battezzato est saisissant. Tout les oppose.

> Levée des conflits, Boris Charmatz (stade de Bagatelle, IN)

Spectacle de plein air, un espace scénique délimité sur la pelouse par le public assis autour, un tableau unique, 24 danseurs qui modèlent l’espace herbeux, le structurant, le déstructurant, le saturant, le libérant tour à tour. Ça saute, ça coure, ça rampe, ça roule, ça gesticule. Répétition obsessionnelle des mêmes gestes en boucle, télescopage et accrétion des corps, cacophonie harmonieuse sur fond de chaos sonore… Au bout d’1h40, on ne peut s’empêcher de se demander si Charmatz a réussi une extraordinaire chorégraphie atomico/cosmique ou s’est tout simplement foutu de notre gueule.

> Keep in-out, Gaetano Battezzato (théâtre Les Hivernales-CDC, OFF)

A l’opposé, Keep in-out présente un espace fermé clair-obscur où évoluent en huis clos deux corps/objets, l’un mâle, l’autre femelle, dont la captivante potentialité plastique se révèle au fil d’une succession de tableaux aussi étranges qu’inquiétants. Une succession certes, mais fluide, à la manière des katas de karaté ou des enchaînements tai-chi, l’univers martial dans lequel Keep in-out s’inscrit très explicitement. Plongés dans une pénombre trouée et froide, les deux corps anonymes, sans visage, se déshumanisent et se désincarnent, ils fusionnent si bien avec la matière, prétexte de leur danse, qu’ils en viennent à se fondre en elle. Plus qu’un spectacle, une expérience.

Music-hall :

Elle était une fois…, Anne Baquet (théâtre du Balcon, OFF)

Une très belle découverte de ce festival. Anne Baquet chante… et elle joue et elle dansotte ! Et avec tout ça Anne Baquet enchante. Elle était une fois, l’histoire d’une petite fille délaissée par ses parents qui veut devenir artiste et finit par reprendre le magasin de farces et attrapes de son papa. Un texte poétique et contemporain servi par une belle voix lyrique. Et c’est tout un univers, un peu boulgakovien, dans lequel le public est irrésistiblement emporté. C’est drôle, c’est enlevé, c’est attachant, c’est tendre, c’est créatif. Une très belle performance de chanteuse et d’actrice. Avec une mention pour Damien Nédonchelle, son complice pianistique et bien plus encore. Attention, vous risquez de ne pas être déçu.

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