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Blues à droite : peut-on voter pour quelqu'un qu'on n’admire ou ne respecte plus ?
©AFP

Fillon, le balafré

Blues à droite : peut-on voter pour quelqu'un qu'on n’admire ou ne respecte plus ?

Selon la dernière enquête du Cevipof parue ce samedi, la cote d'amour de François Fillon n'est que de 16%, tandis que celle de Marine Le Pen est de 25% et celle d'Emmanuel Macron de 26%.

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections. Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques. Il est notamment l'auteur de Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? (éditions de La Documentation Française, 2014) et Histoire d’une révolution électorale (2015-2018) avec Anne Muxel (Classiques Garnier, 2019).

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Atlantico : En considérant les précédentes élections présidentielles et les données qualitatives correspondantes, peut-on noter des exemples de candidats pour lesquels les Français ont voté en dépit du fait qu'ils ne les admiraient ou ne les respectaient plus ?

Bruno CautrèsLe seul exemple récent est celui de Jacques Chirac réélu en 2002 alors même que son image n’était pas bonne sur plusieurs dimensions. Dans l’enquête que nous avions réalisée en 2002 au Cevipof, on demandait aux personnes interrogées de comparer Lionel Jospin, Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen sur trois critères : l’honnêteté, la tenue des promesses et la stature de président de la République. On constatait que si Jacques Chirac n’était pas perçu positivement sur les deux premiers critères, notamment l’honnêteté, il avait un score très élevé de stature présidentielle.  De même, François Mitterrand avait-il pu être réélu en 1988 alors que son image avait souffert de son premier mandat. Mais en 1988, il était en situation de cohabitation et avait pu capitaliser sur sa stature de président sortant et de rassembleur face à un Jacques Chirac Premier ministre de cette cohabitation et payant le prix de son action gouvernementale. Dernier exemple : en 2012, Nicolas Sarkozy s’il ne parvient pas à être réélu, fait tout de même un score très honorable au second tour alors même que son image s’est beaucoup dégradée, y compris dans l’électorat de la droite. 

Comment pourrait-on expliquer ce phénomène ? 

L’orientation du vote renvoie à une pluralité de facteurs et de logiques. Trois types de facteurs peuvent venir contrebalancer l’influence d’une mauvaise image ou d’un désamour des électeurs pour un candidat : les "variables lourdes" de la sociologie électorale, par exemple la catégorie sociale ou la religion, ou encore l’idéologie, peuvent s’exprimer dans la loyauté à un candidat qui est celui de son camp même si l’on n’a pas une bonne image de lui ; les attitudes politiques générales peuvent aussi l’expliquer : par exemple, on va voter pour un candidat car il représente ou porte des valeurs auxquelles on est attaché (l’égalité et la justice sociale, l’ordre et la tradition, le sentiment national) ; enfin, les enjeux du moment de la campagne électorale : on peut voter pour un candidat dont on n’a pas une bonne image mais parce qu’il défend un thème ou une question politique auquel on est sensible (le droit de vote des étrangers, le temps de travail, la réduction des impôts par exemple). Néanmoins, nous constatons que l’image du candidat compte de plus en plus et prend même souvent le pas sur ces autres facteurs explicatifs du vote. 

Dans quelle mesure cela peut-il laisser augurer à François Fillon une chance de remporter la présidentielle (ou à défaut d'être qualifié pour le second tour) ? 

La situation de François Fillon en termes d’image et de cote d’amour avec les électeurs est critique. Dans l’une des vagues récentes du grand panel électoral réalisé par le Cevipof, sur près de 20 000 électeurs, on voit que si 28% indiquent que François Fillon a l’étoffe du président de la République, 41% le trouvent inquiétant, 13% le trouvent sympathique et 8% le trouvent honnête. Si 22% trouvent qu’il veut vraiment changer les choses en France, 24% le disent de Benoit Hamon, 25% à propos d’Emmanuel Macron et 38% à propos  de Marine Le Pen. Dans la vague la plus récente de notre enquête, publiée ce jour dans Le Monde daté de ce samedi, sa cote d’amour est de 16%, comparée à 25% pour Marine Le Pen et 26% pour Emmanuel Macron. La seule note optimiste pour François Fillon est que, parmi les électeurs de la droite et du centre, sa cote d’amour remonte à 49%. A titre de comparaison, Emmanuel Macron ne remonte qu’à 28% parmi les électeurs de gauche (en termes de cote d’amour) et recule à 23% parmi les électeurs de droite et du centre-droit. Par contre, sa cote d’amour est à 43% parmi les électeurs du Modem et 88% parmi ceux qui s’identifient à En Marche ! De même, la cote d’amour de Marine Le Pen est à près de 90% parmi les sympathisants du FN.

On voit donc que pour François Fillon, la mission de se qualifier pour le second tour, sans être totalement impossible (car l’électorat de droite continue en partie de le soutenir), n’est pas simple. Son image a été percutée à un niveau assez grave par les affaires qui l’ont touché ; si le cœur de son électorat de droite passe outre en raison des autres logiques du vote dont nous avons parlé ci-dessus, il n’en va pas de même d’autres composantes de la famille politique qu’il doit attirer vers lui pour parvenir au second tour. S’il parvenait à y accéder, il n’est pas évident d’anticiper ce qui se passerait : les électeurs de gauche et du centre iraient-ils voter en masse pour un candidat leur présentant un programme économique très à droite et un bilan d’image aussi négatif ? 

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