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Attali, Finkielkraut et les antiracistes : qui sont les vrais réactionnaires ?
©Capture d'écran / You tube

Couvrez ce réac que je ne saurais voir

Attali, Finkielkraut et les antiracistes : qui sont les vrais réactionnaires ?

Contrairement à ce qu’on lit : Alain Finkielkraut est un intellectuel « de gauche » qui défend, tout comme Jacques Attali, notre idéal humaniste et uni-versaliste français, les vrais réactionnaires sont plutôt du côté des « anti-racistes ».

Nathalie Krikorian-Duronsoy

Nathalie Krikorian-Duronsoy

Nathalie Krikorian-Duronsoy est philosophe, analyste du discours politique et des idéologies.
 
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A l’inverse d’Alain Finkielkraut qui l’affirmait chez Guillaume Durand, je ne suis pas désespérée.[1] Mais on comprend qu’il puisse l’être : tel est le prix à payer, depuis la nuit des temps, par ceux qui sortent du consensus culturel de leur époque.

L’idéologie dominante, dont l’obsession journalistique et intellectuelle est le glissement à droite de la société française, produit une opposition factice entre deux lectures du monde. Celle représentée par Alain Finkielkraut, qui refuse de faire table rase des origines dix-huitièmiste, autant que du passé culturel, de la France d’avant 1968 et celle d’Attali, tournée vers l’avenir, d’un optimisme triomphant, qui s’appuie sur les progrès de la science et valorise la mondialisation de l’économie, qu’il voit comme l’avant garde du projet kantien de Paix Perpétuelle, étendant la démocratie française à l’échelle planétaire.

Ils sont légions, à vouloir faire passer ce qui oppose ces deux grands intellectuels français sous la grille d’un conflit droite/gauche. J’y vois, au contraire, un combat interne à ce qu’on appelait « la gauche » avant les années 1980. Ce dinosaure qui, par suite d’une inversion de ses valeurs, est en voie de disparition.

Du reste, les ennemis intellectuels d’Alain Finkielkraut, « gaucho-bobos », au Monde-Challenges-Libé-Obs et j’en passe,  journalistes tendance néo-caviar, voient en lui « l'incarnation suprême du néo-réactionnaire français », « l’intellectuel le plus à droite de France», mais ne soutiennent pas pour autant l’universalisme planétaire de Jacques Attali, qui les dérange, puisqu’il fait l’éloge d’une économie dont la finance est mondiale et fut appelée à la détestation, par leur candidat à la Présidence, François Hollande, qui, pour partie, se fit élire sur le thème populiste de la haine des riches.

Pour comprendre le conflit qui ronge désormais ceux qui se prétendent « de gauche », mais ne le sont plus, et ceux qui se font traiter de fachos ou que l’on méprise, mais sont pourtant les uniques défenseurs d’une pensée « de gauche », il faut déconstruire ce qui fait consensus, depuis 1983, chez les universitaires, les chercheurs, le monde intellectuel et médiatique, non seulement en France, mais dans toute l’Europe et une grande partie du monde : « l’idéologie anti-raciste ».

Elles est née du dernier conflit mondial, dominé par l’extermination de millions d’Hommes, au nom du nazisme, qu’Hitler développa dans Mein Kampf et dont, au passage, il faut se réjouir de la prochaine réédition critique, en Français, soixante dix ans après la première guerre mondiale, et vint six ans après l’effondrement du mur de Berlin. La compréhension du passé est essentielle, pour éclairer l’avenir. Et l’on ne saurait trop recommander, Mein Kampf à la main, la visite du musée berlinois, « Topographie de la Terreur » pour comprendre ce que fut le nazisme, en vrai. [2]

La doctrine nazie pensait le monde à travers les races. De sorte qu’aujourd’hui, la terreur suscitée par le nazisme, a fait du mot « race », dont l’emploi, dans la langue française servait à décrire une réalité biologique,[3] un mot interdit, un mot tabou. Face à cet océan de bêtise, avec des centaines d’autres philosophes et universitaires, je refuse de me prosterner devant la nouvelle religion, cette « idéologie anti-raciste », dont le Président François Hollande, par démagogie, s’est autoproclamé adepte en promettant, durant sa campagne, en 2012, que « lui, Président » le mot race serait supprimé de la Constitution. Le culte antiraciste, est devenu religion d’Etat. Et, comme toute religion, il retire à l’Homme son pouvoir d’autonomie : sa capacité à réfléchir, se poser des questions et penser par lui-même.

C’est sans doute, aussi, par lassitude d’entendre et de lire les mêmes âneries, rabâchées par des cerveaux formatés dans les grandes écoles ou les universités, auxquels on a seriné, depuis trente ans, via le savant relativisme anthropologique des structuralistes, une grille de lecture différentialiste et anti-humaniste, les moulant dans une logique anti-raciste qui s’est muée en l’absurde critique de l’ « islamophobie », que plus de 30% des Français votent aujourd’hui, pour les candidats du Front National.

Le mouvement social et culturel anti-raciste, comme son premier analyste, l’éminent sociologue Paul Yonnet, l’a montré, est une stratégie, conçue par François Mitterrand et les intellectuels en charge de la pensée de gauche, à l’époque, dont l’objectif électoraliste était de faire monter le Front National afin de battre la droite, et conserver le pouvoir après l’échec du programme commun, en 1983. [4]

Si l’idée de départ : la libération du peuple opprimé par une droite, que plus de la moitié des Français jugeait responsable du chômage, était grandiose en 1981, l’atterrissage le fut moins, qui débouche au XXIème siècle, sur une forme de confusionnisme mental confinant à la schizophrénie politique.

On l’a vu avec l’affaire Morano, transformée en moulin que des centaines de Sancho Pensa tentaient de détruire. En dehors des arrangements politiciens qui s’en suivirent, dans l’hystérisation générale des esprits, provoquée par la dame, il faut décrypter la preuve d’une victoire culturelle totale de l’idéologie anti-raciste sur les mentalités françaises. Alors même que plus aucun parti politique, aucun intellectuel ne défendent le moindre soupçon d’une idée raciste, la force des idées et des mots persiste, au-delà du réel.

Monsieur Attali, comme monsieur Finkielkraut, sont, chacun à leur manière, les fervents défenseurs d’une pensée humaniste et universaliste dont la France fut l’accoucheuse, en 1789. Rien ne les différencie, au fond, si ce n’est l’art de dépasser les frontières nationales, synonymes d’une culture égalitaire, que chacun voudrait hisser à son plus haut niveau, pour le plus grand bonheur du monde entier.

C’est donc ailleurs, messieurs les censeurs qu’il faut chercher le racisme ou la terreur.

Il suffit, malheureusement, d’ouvrir les yeux, pour regarder des images et lire des témoignages, les oreilles pour entendre les cris de ceux qu’on égorge ou qu’on pend et surtout son esprit, pour tenter de penser le présent.


[1] « L’invité politique de  Guillaume Durand »,  Alain Finkielkraut : « Je dirais que je ne suis pas grincheux, je suis désespéré », LCI, 15 octobre 2015

[2] 800 mètres carrés d’ exposition pour faire comprendre la terreur nazie qui s’est répandre dans toute l’Europe via les annexions. Des textes et des photos expliquent en cinq chapitres «comment en 120 jours les nazis ont mis fin à la démocratie au profit d’un régime dictatorial», qui étaient les SS et les membres de la Gestapo : «des avocats, des médecins, des personnes cultivées ». Mais surtout la vie quotidienne au temps du nazisme et donc les exécutions et persécutions de ceux qui résistaient.

[3] Le terme race a plusieurs sens dans la langue française, c’est aussi un synonyme de peuple, ou de culture. Ernest Renan, dont le texte Qu’est-ce qu’une nation? est devenu, depuis peu, la référence d’une définition antiraciste, voire, par contre-sens, anti-nationaliste, de la nation, l’emploie couramment dans son oeuvre.

[4] Voyage au centre du malaise français , Gallimard, 1993

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