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L’épidémie n’est pas terminée et le pays n’est pas sorti de ses contradictions ou de ses utopies.
L’épidémie n’est pas terminée et le pays n’est pas sorti de ses contradictions ou de ses utopies.
©Thibault Camus / POOL / AFP

Atlantico Business

Après une année de « quoi qu’il en coûte », les dix utopies qu’il va falloir tuer...

Pour la France, la pandémie a véritablement démarré le premier jour du confinement, il y a tout juste un an... Le bilan est terrible. Mais les leçons n'ont pas été tirées, l’épidémie n'est pas terminée et le pays n'est pas sorti de ses contradictions ou de ses utopies.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Le « quoi qu’il en coute » du président de la République restera dans l’Histoire. Il y a un an tout juste, Emmanuel Macron plongeait la France dans la sidération en décrétant le confinement général de toute la population. Les Français allaient s’enfermer chez eux pour presque deux mois. Avec le recul, il n’y avait sans doute pas d’autres solutions pour freiner la circulation du virus et éviter l’encombrement des hôpitaux submergés par les entrées en réanimation.

Parallèlement, les services de Bercy ont annoncé que l’Etat allait protéger tous les actifs de production, matériels, financiers et humains... Tous, « quoi qu’il en coute ... ».
Le bilan d’un an de crise est terriblemais mesurable. La Covid 19 aura fait près de 100 000 morts, 300 par jour en moyenne, alors ce chiffre est discuté, certes. Parce que 70% des décès ont touché les plus de 80 ans, comme si la mort des personnes âgées était moins douloureuse que celle des plus jeunes. Sur le plan économique, l’activité économique a chuté de 9% sur l’année 2020, et en ce mois de mars, nous sommes encore à un niveau d’activité inférieur de 4 % à ce qu’il était avant la crise. Une grande partie des secteurs ont retrouvé un niveau normal mais certains sont restés dans le coma : le tourisme, l’évènementiel, le transport, l’hôtellerie, le culturel... Après un an de crise, l’économie de beaucoup de secteurs restent sous perfusion, mais tous les acteurs du système s’inquiètent de la sortie de coma. Avec un risque de faillites et de chômage.

Sur le plan social notamment, la situation a été jusqu’alors contrôlée grâce au chômage partiel. Sur 2020, la crise aurait détruit 300 000 emplois dans le secteur privé. Mais les activités en tension, et notamment le digital, ont créé un nombre équivalent de nouveaux emplois.

Si on compare l’état de la France à l’état des principaux pays européens, nous sommes au même niveau sanitaire des autres pays membres de l’Union européenne. Au niveau économique, la situation est meilleure que dans l’Europe du Sud, mais moins bonne qu’en Allemagne ou en Europe du Nord. Ces différences sont imputables aux situations antérieures. Il y avait des entreprises et des pays à risques avant la crise du coronavirus qui a encore aggravé les déséquilibres.

Le problème, c’est que la façon dont ce cataclysme a été géré prouve que les leçons n’ont pas été tirées. Au bout d’un an, la classe politique continue de collectionner des clichés explicatifs et les fausses excuses qui sont autant de petites et grosses lâchetés pour dissimuler les incompétences.

Sur le plan sanitaire, il faudra évidemment remettre à plat l’ensemble du système de santé. La France pensait avoir le meilleur système du monde, avec les médecins les plus efficaces et la prise en charge la plus efficace. On va se réveiller avec un diagnostic catastrophique.

Le système de santé va se réveiller à la fin de la pandémie avec la preuve que sa lourdeur administrative l’aura empêché de réagir et de prendre les bonnes décisions très vite ( sur les masques, les tests, les vaccins, les traitements, le confinement - où, quand, comment pour qui ?). L’ensemble de la chaine de valeur de santé a été un tissu de contradictions et d’incapacités techniques, tout cela dans un festival d’ego chez les médecins spécialistes qui ont réussi à créer un climat anxiogène dans la classe des décideurs politiques, lesquels ont fait de ce commerce de la peur un outil de gestion quotidienne.

Sur le terrain économique, l’Etat et Bercy ont évidemment pris les bonnes décisions pour éviter que le système de production ne s’effondre, mais sur le terrain, il faudra reconnaître que ce sont les entreprises privées, leur capacité d’adaptation, leurs débrouillardises, leurs organisations, leurs innovations qui ont permis de passer, outre la lenteur administrative et éviter souvent contre l’Etat, une faillite générale. Ce sont les entreprises privées qui ont trouvé les masques, les tests, les moyens de désenclaver les hôpitaux publics et ce sont les entreprises qui ont permis les vaccins aussi vite. Passons sur le télétravail et ses pratiques, beaucoup plus dans le privé que dans le secteur public, et qui a facilité des confinements limités dans le temps et dans l’espace.

Maintenant, il va aussi falloir abandonner quelques prévisions hasardeuses et irréelles, il va falloir prendre en compte les changements possibles et responsables et abandonner les plus utopiques et elles sont nombreuses. 

  1. La sortie de crise ne sera véritablement possible que lorsque la majorité de la population sera vaccinée. Il n’y a pas d’autres moyens. En attendant l’immunité, il faudra accepter l‘usage d’un passeport sanitaire ou d’un certificat sanitaire qui prouvera son immunité pour pouvoir vivre à peu près normalement. Et si certains le refusent ( comme beaucoup de soignants actuellement, ce qui est aberrant), les passeports verts seront imposés par les pays voisins, les compagnies aériennes, les restaurants, les salles de spectacle, les entreprises.
  1. Une fois la confiance revenue, cette sortie de crise sera beaucoup moins douloureuse que ce que prévoient beaucoup d’experts, parce que le système de production est resté en bon état. Une fois débranchée, l’activité peut rebondir très fort grâce à la conjoncture internationale, grâce à la soif de consommation des ménages, grâce aux besoins d’investissements des entreprises et grâce à la masse d’épargne liquide et disponible détenue par les consommateurs qui n’ont justement pas consommé. Contrairement à une idée reçue, les entreprises ont fait preuve d’une extraordinaire résilience, c’est à dire d’une capacité à rebondir et à s’adapter. Le problème se situera au niveau des entreprises protégées et malades de longue date.
  1. La transformation digitale du système économique a été accélérée par la force des choses. Le e-commerce, la digitalisation des process de production ont fait dans le secteur privé des progrès considérables et très rapidement.
  1. Le télétravail ne va pas se généraliser mais il va reculer parce que les forces de travail ont besoin de se frotter les unes aux autres. Cela dit, le télétravail a révélé la nécessité d’une modification de l’organisation du travail, notamment dans le secteur des services. Cette organisation offrira donc plus de flexibilité et de partage entre la vie professionnelle et personnelle. Ce qui va changer l’organisation et l’usage des bureaux ainsi que les logements.
  1. La mondialisation ne reculera pas, au contraire. L’épidémie était mondialisée, elle a obligé les systèmes de santé à se coordonner au niveau de la recherche et des vaccins. On ne reviendra pas sur ces évolutions, au contraire.
  1. La réindustrialisation d’un pays comme la France sera lente et limitée. Les chaines de valeur sont tellement éclatées maintenant que les produits finaux se composent d’éléments qui viennent du monde entier selon les spécialisations. Personne n’aura intérêt à revenir en arrière mais tout le monde aura intérêt à diversifier ses approvisionnements pour éviter les ruptures.
  1. La transition énergétique et environnementale ne sera pas miraculeuse, elle dépendra plus des entreprises que de l’injonction des Etats. Les entreprises doivent répondre à la demande de leurs clients, de leurs actionnaires et de leurs salariés.
  1. Le grand changement portera sur l’organisation des administrations, leur rôle, leur périmètre, leur forme de travail, leur organisation. L’obligation de résultats qui s’impose dans toutes les entreprises du privé devra s’imposer au niveau de l’Etat et des administrations. La pandémie a révélé que les Etats, avec leur obligation de moyens et sous la contrainte du principe de précaution, étaient dans l’incapacité de prendre les décisions à risque.
  1. La démocratie aussi doit changer son mode de fonctionnement. La Covid a confirmé l’urgence d’organiser une chasse aux fake news et la limitation des comités de citoyens pour éviter une propagation des théories démagogiques du complot. Consulter les citoyens pour savoir si un vaccin est efficace ou pas, réunir un comité de citoyens pour décider des mesures climat est tout simplement absurde, ridicule et dangereux pour l’ensemble des populations. Le comité de citoyens ne donnera jamais la garantie technique sur un projet et ne remplacera et n’exonèrera pas le responsable politique de prendre ses risques. La démocratie n’a pas pour vocation de donner le pouvoir aux lobbies et aux minorités. En revanche, la démocratie a intérêt à laisser vivre les contrepouvoirs pour trouver des compromis acceptables et responsables.
  1. L’endettement public de la France, qui représente 120% du PIB est finançable. D’abord, il a été nécessaire pour financer le soutien et la relance du système de production. Maintenant, il va falloir en stabiliser le niveau et utiliser la croissance pour amortir cet endettement. Dans un contexte de taux d’intérêt zéro, il eut été criminel de ne pas en profiter.

Ensuite à partir du moment où la charge financière ne coute pas d’intérêt, tout point de croissance rabote la dette au même rythme à une condition de stabiliser le stock, c’est à dire de bien gérer les dépenses publiques.

Enfin, l’endettement public ne sera supportable que s’il ne sert qu’à financer des investissements. L’investissement crée de la valeur, une dépense courante en détruit.

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