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Le président Emmanuel Macron prononce un discours lors de la conférence technologique annuelle "Inno Generation" organisée par Bpifrance à Paris, le 7 octobre 2021.
Le président Emmanuel Macron prononce un discours lors de la conférence technologique annuelle "Inno Generation" organisée par Bpifrance à Paris, le 7 octobre 2021.
©BENOIT TESSIER / POOL / AFP

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Après le Covid, le soutien, la relance, Macron lance un plan d’investissement de 30 milliards pour 2030. Du coup, la dette va encore gonfler, mais qui va payer ?

La question de la dette publique va finir par s’imposer dans le débat de la présidentielle parce que les additions s’alourdissent avec trois questions. Combien, comment et qui va payer ? Des questions sans réponse.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Emmanuel Macron va encore aujourd’hui ajouter 30 milliards d’euros au montant global de la dette publique contractée par la France, pour financer les plans d’investissement et surtout, mettre le paquet sur les projets innovants que sont : les semi-conducteurs, l’hydrogène, les batteries électriques, la conquête de l’espace et le nucléaire. Autant de projets nécessaires à la modernisation du pays et de ses structures industrielles, mais aussi indispensables si le pays veut conserver son indépendance.

Ces projets sont évidemment légitimes et sans doute incontournables, compte tenu des ambitions de ce pays. Il s’agit de donner des moyens stratégiques pour permettre le développement économique.

Au cœur des Trente glorieuses, le Général de Gaulle avait défini des axes de développement avec des infrastructures (aéroports notamment), des moyens de transports (le train et l’avion) et des sources d’énergie (avec les plans d’équipement nucléaire). Aujourd‘hui en pleine mutation digitale et écologique, l’impératif est évidemment de s’équiper en conséquence.

La vraie question est de savoir si la France a les moyens de se payer autant d’investissements, surtout après les milliards dépensés dans la lutte contre le Covid, le soutien à l‘économie et la relance.

Beaucoup de responsables politiques se sont donc emparés de ce dossier de l’endettement public pour prendre place dans le débat de la présidentielle, à l’image d’Alain Juppé autrefois, d’Édouard Balladur ou même de François Fillon qui se disait Premier ministre d’un Etat en faillite. 

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Aujourd’hui, tous ceux qui naviguent dans une opposition ouverte à Emmanuel Macron en font état et notamment les cadres républicains. Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse ne se privent pas de reprocher à la gouvernance actuelle de signer des chèques à chaque fois que quelque chose de va pas dans la société.

Mais celui qui parle le plus fort sur cette question, c’est paradoxalement Édouard Philippe. L’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron proclame sa loyauté pleine et entière au président de la République qu’il soutient, mais a cru bon de proclamer son inquiétude de voir la dette publique grossir comme jamais. « Je sonne l’alerte, dit-il et comptez sur moi pour revenir dessus dans les prochains mois ».  Sous-entendu, il tiendra, pendant la campagne, la voix de la raison et donc celle de la rigueur budgétaire. 

Pour la gauche, une position de rigueur est plus difficile à tenir. Que ce soit chez Jean-Luc Mélenchon ou Yannick Jadot ; leurs projets et leurs programmes sont très couteux. Les financements sont donc encore très flous, sauf à faire payer les riches, ce qui est évidemment toujours risqué, compte tenu du taux de prélèvements obligatoires.

La première question est de déterminer quel est le vrai montant de la dette publique. Les chiffres sont assez simples à établir. Ils sont connus. Quand on ajoute aux emprunts d’Etat qui servent à financer les déficits budgétaires aux dettes sociales et aux emprunts des collectivités locales, on arrive actuellement à un endettement global de 115 % du PIB. La France a franchi la barre symbolique des 100 % au mois de décembre de l’année dernière à cause des dépenses exceptionnelles liées au Covid, aux dépenses de soutien et de relance. A la fin de l’année 2021, on devrait atteindre les 120 % du PIB.

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C’est évidemment bien supérieur à ce qui avait été recommandé par Bruxelles, qui avait dans le cadre de Maastricht, fixé un seuil maximum de 80 % à ne pas dépasser.

Mais, en fait, personne n’est capable de dire quel est le bon seuil. D’ailleurs, ce critère est assez ambigu puisqu’il compare un stock de dettes à un flux annuel de richesses créées. Le Pib n’est rien d’autre que ce que l’ensemble du pays produit comme richesses. Il est évident que si le montant de la dette dépasse le montant de ce qu’on produit, il faut commencer à s’inquiéter et regarder les chiffres de près. Parce que la vulnérabilité du système va dépendre de plusieurs facteurs.

1erfacteur, la sécurité financière dépend de la capacité de l’emprunteur à trouver des financements. Et aujourd'hui, la France n’a aucun problème pour trouver des financements et vendre sa dette. La France est même, dans le monde, un des pays les mieux notés. C’est une des raisons pour lesquelles la France trouve à se financer à très long terme à taux zéro ou négatif.

2e facteur, le prix de cette dette. Il est évident que ce serait une erreur que de refuser des emprunts à ces taux aussi faibles. Pourquoi s’en priver ? La vraie question est de savoir si les taux très bas et même négatifs resteront à ce niveau longtemps. Il est évident que si les taux d’intérêt remontaient très brutalement, la France se retrouverait en difficulté pour se refinancer. La question ne se poserait cependant que pour les nouveaux emprunts. La quasi totalité de la dette française a été refinancée pour plus de dix ans à taux bas. Les services de la dette ont donc le temps de se préparer. Mais il faudra s’y préparer.

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3e facteur : la capacité de remboursement du stock de dette sera d’autant plus facile que l’économie va générer de la croissance. Si la croissance du PIB est de 2 ou 3 % par an alors que le stock de la dette ne coute rien, puisque les taux sont à zéro, cela veut dire que mécaniquement, on réduira le stock de dette du montant de la croissance. C’est sans doute difficile à comprendre mais c’est la réalité.

Cela dit, cette réalité repose sur deux conditions qui sont, elles, très politiques.

Première condition. Il faut que le stock de dettes soit stable. Donc que le déficit budgétaire ne s’accroisse pas, donc que les dépenses de fonctionnement ou les dépenses sociales ne s’accroissent pas. Et, en France, dans le contexte actuel, c’est extrêmement difficile à obtenir.

Deuxième condition. La dette ne sera pas dangereuse si elle sert à financer des investissements parce qu’à ce moment-là, elle génère de la croissance et donc des revenus qui permettent d’éteindre les hypothèques. La dette investie n’est pas un problème. Tous les économistes sont d’accord avec cet axiome.

Ce sont donc bien les dépenses de fonctionnement (salaires, rémunérations de fonctionnaires) et les dépenses sociales qui doivent être financées en dehors de la dette, par les impôts et les cotisations

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