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Antibiotiques : comment le gavage incontrôlé des poulets, veaux et autres poissons d’élevage par l’industrie agroalimentaire conduit à augmenter dramatiquement la résistance humaine à ce type de médication
©Reuters

Chez les vétos, c’est systématique

Antibiotiques : comment le gavage incontrôlé des poulets, veaux et autres poissons d’élevage par l’industrie agroalimentaire conduit à augmenter dramatiquement la résistance humaine à ce type de médication

Des tonnes et des tonnes d’antibiotiques sont donnés chaque année aux poulets, aux veaux, aux lapins, aux porcelets et aux poissons d’élevage, dans la non-transparence la plus totale. Eclairage sur un sujet tabou, aux conséquences dramatiques sur la santé des Français.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Un peu plus précisément, quelle est l'ampleur de ce phénomène en France et en Europe ? Comment qualifier ce dosage ? S'agit-il de chiffres justifiés au regard des enjeux, ou peut-on parler d'inadéquation manifeste ?

Stéphane Gayet : Etant donné la puissance des lobbys agroalimentaires, on n'a pas de chiffres précis sur le nombre d'antibiotiques administrés aux animaux d'élevage chaque année, mais cela se compte en tonnes.

En revanche, on sait que la résistance aux antibiotiques chez les poulets, les lapins, les veaux, les porcelets et les poissons d'élevage a progressé de 28% en France de 1997 à 2007, alors que la résistance aux antibiotiques chez les humains a baissé sur la même période de 16%.

On peut effectivement parler d'une inadéquation totalement manifeste, car les antibiotiques, directement intégrés aux granulés donnés aux animaux, sont prescrits uniquement à titre préventif, dans le but d'éviter les épidémies bactériennes qui peuvent décimer les cheptels, où la promiscuité entre les bêtes est souvent poussée à son maximum, sans qu'aucune évaluation des risques effectifs d'épidémie ne soit faite.

Il est même avéré que depuis les années 1950, certains agriculteurs prescrivent des antibiotiques aux veaux et aux porcelets dans le seul but de les faire grossir, car certaines catégories de médicaments font générer de la graisse à l'organisme.

Ces pratiques agro-alimentaires ont-elles des conséquences sur la santé des consommateurs ?

Cela a pour conséquence principale d'augmenter drastiquement la résistance aux antibiotiques chez les humains qui consomment régulièrement ces produits alimentaires, car, contrairement aux bactéries, les antibiotiques ne disparaissent pas avec la chaleur de la cuisson, même à très haute température.

Existent-ils des contrôles au niveau de l'industrie agro-alimentaire sur les antibiotiques administrés aux animaux, en termes de quantité comme en termes de qualité ?

Il n'y a aucune interdiction légale, ni aucun contrôle.

Pour le moment, il existe de simples recommandations, qui ont été émises récemment par le ministère de l'Agriculture, dans le but de mettre "le holà" sur le lobbying des laboratoires pharmaceutiques auprès des agriculteurs.

Devrait-on selon vous mieux réglementer les pratiques médicales du secteur de l'agroalimentaire ?

Bien sûr, c'est un enjeu capital.

On ne cesse de culpabiliser les médecins, qui ne cessent de réduire leur prescription d'antibiotiques au point que certaines maladies qu'on ne voyait plus reviennent en force, comme les angines par exemple, alors que du côté de la médecine vétérinaire, rien n'est fait.

Cela annule purement et simplement tout le travail fait par les médecins pour limiter le développement de la résistance des Français aux antibiotiques.

Propos recueillis par Mathilde Debry

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