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La maire de Paris et candidate à la présidentielle du Parti socialiste, Anne Hidalgo, lors d'une rencontre avec du personnel médical à l'hôpital de Rouen, le 12 septembre 2021.
La maire de Paris et candidate à la présidentielle du Parti socialiste, Anne Hidalgo, lors d'une rencontre avec du personnel médical à l'hôpital de Rouen, le 12 septembre 2021.
©THOMAS SAMSON / AFP

Allo madone bobo

Anne Hidalgo ou le symptôme éclatant du mal politique français

La candidate que s’est choisie le PS ce jeudi est l’illustration parfaite de ces responsables politiques dont la stature ne tient qu’à l’abstention massive provoquée par l’incapacité de la gauche -comme de la droite- à tenir des discours crédibles sur les questions économiques et sociales.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Anne Hidalgo a été choisie par le Parti Socialiste pour être sa candidate à l’élection présidentielle face à Stéphane Le Foll sans qu'un réel débat ait eu lieu. Bien qu’elle essaie de s’en départir, elle souffre notamment parmi ses détracteurs de l’image de « bobo » parisienne. Cette candidature est-elle en adéquation avec ce qu’incarne idéologiquement le PS ?

Christophe Bouillaud : Oui, malheureusement pour le PS, en ce sens qu’elle incarne très bien  l’incapacité du PS à choisir vraiment que faire du bilan des années Hollande, à réfléchir aux raisons qui ont fait qu’un parti qui, en 2012, dispose du fait de ses victoires électorales de tout le pouvoir (Présidence, Assemblée nationale, majorité des régions, etc.) , se retrouve, à grands coups de déroutes électorales entre 2012 et 2016, en 2017 avec un Président si discrédité et si manipulé par son futur successeur qu’il n’a même pas le courage de se présenter à l’élection présidentielle. Comme le PS dans sa majorité, à la fois, elle ne le renie pas complètement, elle ne l’endosse pas non plus complètement. Dans sa lettre de candidature à la candidature adressée aux militants du PS, Stéphane Le Foll regrette cette position, et considère qu’il faudrait défendre l’œuvre du PS au pouvoir en 2012-2017. Inversement, du strict point de vue de la performance électorale, il aurait peut-être fallu au PS exercer un devoir d’inventaire bien plus radical sur les années Hollande que celui qui a été fait, qui certes existe bel et bien, au moins sur le papier, mais qui n’est pas très apparent pour le grand public, ceci pour apparaitre comme un parti ayant fait son examen de conscience et son mea culpa et qui  repartirait sur des bases plus saines.   Anne Hidalgo en tout cas essaye de se détacher de cette séquence, en espérant sans doute dans le fond que la nouveauté représentée par sa personne et le fait de ne pas avoir été ministre pendant la Présidence Hollande  l’exonéreront d’avoir à se positionner trop clairement. Elle est d’ailleurs une candidate un peu étrange pour le PS, puisqu’elle ne fait pas trop usage des rituels partisans pour se mettre en scène, preuve s’il en est qu’elle est bien consciente de l’incapacité du PS à assumer ou à critiquer son passé sous Hollande. Ce dernier dans le fond, c’est le Guy Mollet du PS, le politicien à la médiocrité telle dans ses grands choix politiques qu’il entraine par le fond son camp pour quelques décennies. Entre 1956 et 1981, la « remontada » fut en effet bien longue.

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Par ailleurs, le fait d’être maire de Paris la situe par définition en opposition avec le reste de la France. Ce n’est certes pas un handicap insurmontable. Jacques Chirac avait eu le génie politique et l’habilité juridique d’être à la fois maire de Paris et implanté en Corrèze, cette situation lui permettait d’apparaitre à la fois comme parisien et comme provincial. Anne Hidalgo ne peut pas d’évidence jouer de cette ressource. La conquête par la gauche et les écologistes des mairies des grandes agglomérations correspond de plus à une évolution sociologique des électeurs en ces lieux de centralité, qui est caricaturée sous le terme de « bobo », et qui n’est effectivement pas très présente dans le reste du territoire. Il y a du coup un risque d’enfermement dans une base électorale, urbaine et très diplômée. Mais ce risque pourrait être contrecarré par le développement d’un discours en direction des classes populaires et moyennes vivant en dehors de ces réalités, ce que justement Stéphane Le Foll, un élu implanté de longue date en province, se proposait de faire.

Sa candidature est légitimée, notamment, par sa réélection à la mairie de Paris. Est-ce suffisant pour l’imposer comme une candidate de poids pour le scrutin national ? Souffre-t-on d’un déficit plus large de candidats évidents et de leaders naturels ?

Cela serait suffisant si, par ailleurs, elle était elle-même responsable du fait d’être à la tête de Paris. C’est avant tout Bertrand Delanoë qui a conquis Paris et c’est lui qui a lancé les grandes transformations en cours. Elle n’est qu’une héritière, certes légitimée par le suffrage universel. De plus, le fait d’être maire de Paris représente une situation risquée. En effet, comme toute la presse nationale, écrite et audiovisuelle, est concentrée en région parisienne, chaque journaliste de la presse nationale peut juger sur pièce de la qualité réelle de la gestion de Paris. Il est du coup plus difficile de bâtir un récit enchanté des réussites de la maire de Paris. Un candidat gérant une collectivité locale moins en vue de la presse nationale peut plus facilement faire oublier cet aspect ou le présenter sous un jour favorable. Par exemple, qui s’interroge vraiment dans la presse nationale sur la qualité de la gestion régionale de Xavier Bertrand ? On se contente de constater qu’il a été bien réélu, idem pour Valérie Pécresse, pourtant déjà plus visible dans son action par les journalistes nationaux. Laurent Wauquiez serait candidat à la candidature à droite, presque personne n’irait l’embêter sur sa gestion de la région AURA.

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Quant à décréter que l’on manquerait de candidats évidents, je ne suis pas en mesure d’en juger. L’évidence dépend d’abord de la vie interne de chaque camp. Par contre, la symétrie entre le PS et les Républicains est à ce stade frappante. Dans les deux cas, il y a eu le refus de se choisir après 2017 un chef qui aurait vocation à être le candidat du parti à la prochaine présidentielle. On a voulu attendre et voir, on a choisi comme dirigeant quelqu’un qui n’avait d’évidence pas cette vocation, et l’on se retrouve au final à devoir choisir in extremis un champion pour aller à la présidentielle et probablement la perdre. C’est une situation dysfonctionnelle : une stature d’opposant au centre du jeu se construit dans la durée, et le fait d’être très officiellement le leader du parti peut aider.

Anne Hidalgo semble pour le moment faire plus campagne sur des enjeux sociétaux qu'économiques. Même à droite, l’économie semble être moins au cœur des propositions. Est-ce une tendance de fond que l’on observe de campagne en campagne ? A quel point l’économie est-elle devenue un sujet secondaire pour les politiques ? A quoi est-ce dû ?

De fait, c’est un constat assez courant en Europe de voir le combat politique basculer de thématiques économiques et sociales vers des enjeux plus « sociétaux » ou identitaires. Cela correspond toutefois dans le cas français au fait que les partis porteurs de ces enjeux économiques et sociaux sont moins capables de proposer des choses nouvelles, de faire le débat. La droite néo-libérale ronronne dans son désormais éternel thatchérisme. Appeler aux « réformes nécessaires » fait du coup un peu redite, et, comme l’a dit récemment Bruno Le Maire devant l’Assemblée nationale dans une réponse à un élu LR, la majorité actuelle a tout fait en la matière, sauf, selon le même Bruno Le Maire, la nième réforme des retraites. C’est loin d’être faux. Et de son côté, la gauche est, pour l’instant, incapable d’articuler une proposition économique ou sociale dont les médias seraient obligés de parler. De plus, comme l’a montré l’exemple du doublement du salaire des profs proposé par Anne Hidalgo, les propositions en la matière se heurtent immédiatement à une pluie de critiques de la part des médias, car ces derniers sont, dans leur majorité, très conservateurs en matière économique et sociale. Il faut donc avoir des propositions plus durcies pour passer la rampe, alors que, du côté « sociétal » ou identitaire, n’importe quelle proposition mal ficelée, mais séduisante, qu’elle soit « progressiste » ou « réactionnaire », fera bien l’affaire.  Zemmour avec sa francisation forcée des prénoms est un modèle en la matière. Tout le monde en a parlé, mais peu de gens dans les médias ont eu la culture juridique et historique suffisante pour vraiment rendre caduque l’idée.

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