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Une membre du personnel soignant s'apprête à vacciner une personne contre la Covd-19.
Une membre du personnel soignant s'apprête à vacciner une personne contre la Covd-19.
©ALAIN JOCARD / AFP

Covid-19

Allègement des contraintes sanitaires : comment apprendre à vivre normalement pendant les accalmies de la pandémie (sans s’exposer à de violents retours de bâtons)

A l'issue d'un nouveau conseil de défense sanitaire, le gouvernement n'a pas décidé d'assouplir les règles du passe sanitaire mais a mis fin au port du masque à l'école dans certaines conditions. Est-il possible d'adapter nos comportements et de retrouver une vie normale sans s’exposer à un rebond de l'épidémie ?

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : Ce mercredi a eu lieu un conseil de défense sanitaire. Pendant plusieurs jours, l’hypothèse d’un allègement du passe sanitaire et d’une territorialisation de ce dernier ont été évoqués. Hormis la fin du port du masque à l’école, il n’en a rien été, le gouvernement a-t-il fait une erreur en refusant d'opter pour une ligne plus agile et flexible  ?

Antoine Flahault : Les scientifiques sont là pour conseiller, recommander, et les politiques pour arbitrer et décider. Sur le plan sanitaire, il semblait possible dans la situation sanitaire favorable actuelle en France de procéder à des allègements selon l’avis d’un certain nombre de scientifiques, pas tous d’accord entre eux cependant. La décrue épidémique observée concomitamment au Danemark a conduit ce pays de 5,5 millions de l’UE à lever dès le 10 septembre dernier le Coronapass (équivalent du passe sanitaire français) et l’obligation du port du masque y compris à l’école. On n’observe pas de rebond épidémique au Danemark à ce jour, et le 4 octobre prochain, le gouvernement français aura un recul supplémentaire sur l’expérience danoise au moment où il procèdera aux premiers allègements de sa politique sanitaire vis-à-vis de la pandémie. Les épidémiologistes ne peuvent pas reprocher au gouvernement français d’être trop prudent dans la gestion de la pandémie. Nous pouvons redouter cependant que la pandémie ne s’installe dans un interminable flux et reflux de vagues successives et que cela finisse par entraîner une lassitude de la population. Elle se voit astreinte à observer des gestes barrières ou des mesures fortes comme l’usage étendu du passe sanitaire. Eh bien, elle doit en comprendre l’utilité et la justification scientifique. Si le virus ne circule pratiquement plus sur certains territoires, la question de la justification du respect des gestes barrières ou de l’usage du passe se pose. Et se pose aussi la question du pourquoi l’obligation du port du masque est-elle levée seulement dans les écoles primaires et pas aussi dans les collèges, lycées et universités, dans les entreprises, les cinémas et les théâtres ? Si la transmission du virus n’est plus à craindre dans les écoles primaires, seul réservoir non protégé par le vaccin de la population, a fortiori elle ne devrait plus être à craindre dans les autres secteurs de la société.

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S’il faut se résoudre à vivre avec le Covid, et envisager qu’il reste dans nos vies pendant encore plusieurs mois, voire années, faut-il apprendre à vivre normalement pendant les accalmies, avec cette nouvelle donnée ?

Il va falloir en effet apprendre à vivre contre le Covid qui vient et qui va, qui déferle selon des vagues d’intensité totalement imprévisible. Je n’aime pas trop l’expression « vivre avec » car on a retenu des précédentes vagues de cette pandémie combien ce virus était retord, combien il faisait des dégâts, tant sur le plan sanitaire, que social, éducatif, ou économique. On doit donc tout faire pour en minimiser les effets et pour « vivre sans ». On a vu aussi, qu’en raison de sa très grande transmissibilité, il était difficile de l’éliminer complètement, même malgré les vaccins dont on dispose. Des vagues surviennent dans des pays comme Israël ou Singapour vaccinés respectivement à 70 et 80% de leur population. Face à ce risque de rebond qui n’en finit pas, va-t-on continuer à vivre indéfiniment avec un masque ? Pendant combien de temps va-t-on être contraints de présenter un passe sanitaire pour boire un café ou aller au cinéma ? Peut-être, le serons-nous pour plusieurs années et parce que cette possibilité ne semble pas exclue, il nous faut nous organiser pour que cette vie bridée et sous tension le soit quand même le moins possible, c’est-à-dire uniquement lorsque c’est nécessaire pour lutter efficacement contre la pandémie. Or lorsque le virus ne circule pratiquement plus sur le territoire, lorsque les hôpitaux se vident progressivement de leurs patients atteints du Covid, lorsque l’on atteint une situation de profonde décrue épidémique, les gestes barrières et le passe sanitaires ne semblent plus indispensable. Il faut probablement les conserver uniquement pour les trajets de longue distance et pour les entrées et les sorties du territoire.

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Comment peut-on adapter nos comportements et retrouver une vie normale sans s’exposer à des retours de bâton sur le plan de l’épidémie ?

On a, me semble-t-il, une vision judéo-chrétienne assez marquée de la gestion de cette pandémie lorsque l’on pense que la reprise d’une vie normale en cas d’accalmie nous sera reprochée voire sanctionnée par des retours de bâton de l’épidémie. La santé publique est fortement marquée par ce courant historique qui a aussi ses bons côtés, par exemple lorsqu’elle se fait proche des personnes pauvres et vulnérables de notre société. Mais ce courant doctrinaire comporte aussi l’autre face de la médaille, celle qui laisse penser, en caricaturant un peu, qu’il faudrait d’abord avoir à souffrir pour enfin gagner son paradis, que l’on ne devrait pas profiter avec hédonisme de l’accalmie qui se présente car sinon on aura à en payer ultérieurement un prix élevé. Car rien ne laisse présager que l’allègement des mesures lors d’une accalmie de l’épidémie exposerait à des retours de bâtons plus violents que leur maintien. Nous savons que des retours de bâtons, de nouvelles vagues en l’occurrence, peuvent se produire. Mais ils surviendront, indépendamment de l’allègement ou du maintien des mesures décidées entre deux vagues. Ce qui conditionne la force et la violence d’une vague est l’agilité, la rapidité avec laquelle la population est appelée à réagir dès les premiers signaux d’alerte d’un rebond. Si l’on réagit tardivement, voire au dernier moment, c’est-à-dire lorsque les hôpitaux et les réanimations sont au bord de la saturation, alors le choc de la vague est d’autant plus violent. En revanche, si l’on réagit précocement, dès les premiers signes d’une reprise de la circulation virale, la performance de la riposte sera au rendez-vous, tant sur le plan sanitaire que social et économique.

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