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Alerte aux 2 100 milliards d'euros de l'endettement public français : mais, au fait, quelle serait la solution la plus efficace pour renverser cette tendance ?
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Attention danger

Alerte aux 2 100 milliards d'euros de l'endettement public français : mais, au fait, quelle serait la solution la plus efficace pour renverser cette tendance ?

Depuis 2008, le montant de l’endettement public français a progressé de 800 milliards d’euros, soit plus de 30 points par rapport au PIB. Afin de faire face à une telle problématique, la France se doit d’identifier ses causes réelles, et ce, pour frapper à l’origine du mal. Car si la réduction des dépenses apparaît comme la solution la plus évidente, celle-ci n’a pas apporté les résultats les plus probants.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Le 23 décembre dernier, l’INSEE publiait son rapport trimestriel sur le niveau de la dette française. Et malgré une baisse symbolique de 2 milliards d’euros, le constat ne peut malheureusement pas être qualifié de satisfaisant, puisque le montant de l’endettement public du pays atteint la somme de 2 103,2 milliards d’euros. Soit l’équivalent de 96,9% du PIB du pays. Depuis la survenance de la crise, c’est-à-dire depuis le premier trimestre 2008, ce total a progressé de plus de 800 milliards d’euros, soit plus de 30 points par rapport au PIB d’augmentation en seulement sept années. De façon assez évidente, le pays ne peut pas continuer sur cette tendance, et la lutte contre l’endettement public doit figurer au rang de priorité pour le gouvernement. Reste à savoir comment.

En premier lieu, il convient d’approfondir le constat sur ce qui a pu se produire depuis l’année 2008, ce qui nécessite également de revenir encore un peu en arrière. A la fin de l’année 1995, la dette française représentait 55% du PIB du pays. Puis, comme le montre le graphique ci-dessous, les niveaux de dette et de PIB ont connu une période de croissance relativement proche, soit un peu plus de 4% par année (le niveau de dette d’un pays s’exprime en comparaison du PIB à prix courant, c’est-à-dire non corrigé des chiffres de l’inflation) ce qui permettait d’afficher une stabilité du niveau d’endettement par rapport au PIB. Convenable. Puis, à partir de l’année 2002, ce niveau d’endettement a commencé à progresser à un rythme plus soutenu, faisant passer le ratio de 58% à 65% du PIB entre 2002 et 2007. Au même moment, la croissance du PIB est restée sur sa trajectoire, ce qui signifie que la hausse de l’endettement sur cette période est de la totale responsabilité du pouvoir alors en place. 

A l’inverse, et comme le révèle le même graphique, la situation s’est considérablement modifiée depuis le début de l’année 2008. Une très forte hausse de l’endettement a pu se produire et ceci, de façon simultanée à une forte chute de la croissance du PIB par rapport à la tendance antérieure. La corrélation entre les deux évènements est ici évidente, et finalement logique. En effet, lorsqu’un Etat voit sa croissance s’effondrer, ses revenus, c’est-à-dire les impôts, suivent la même trajectoire, ce qui produit une rupture d’équilibre entre dépenses et ressources, et entraine la formation de profonds déficits publics. Le lien existant entre croissance et endettement commence ici à apparaître. Afin d’en vérifier le fondement, il est alors possible de dresser une comparaison entre le rythme de croissance du pays et la croissance de son endettement sur une période longue, ce qui est l’objectif du graphique ci-dessous :

Croissance trimestrielle annualisée (prix courants) en % en abscisse et progression de l’endettement en ordonnée. France. 1996-2015.

Sur ces 20 dernières années, la corrélation apparaît clairement. Plus la croissance à prix courants va être faible (vers la gauche sur le graphique), plus la progression de l’endettement va être élevée (vers le haut). Inversement, plus la croissance est forte (à droite), plus la hausse de l’endettement est faible. Dans ce dernier cas, il est également important de retenir que si le taux de croissance économique est supérieur au taux de croissance de l’endettement, le niveau de dette sur PIB commencer à se résorber.

Désormais, la preuve est faite que croissance et endettement sont liés. Ils’agit maintenant d’identifier la meilleure stratégie pour régler le problème de la dette, afin que celle-ci ne cesse de progresser. Et en l’espèce, deux théories s’affrontent.

D’une part, une vision de bon père de famille, correspondant à une approche comptable de la situation, qui va chercher à réduire ses dépenses afin de pouvoir répondre à ses obligations. Il s’agit de la stratégie européenne, qui est à l’origine de la mise en place de politiques d’austérité, notamment en Irlande, en Grèce, en Espagne ou au Portugal. D’autre part, une vision inversée de cette même problématique consiste, non pas à réduire ses dépenses, mais à augmenter ses revenus, c’est-à-dire la croissance.Et c’est ici la stratégie développée par les Etats Unis depuis l’entrée en crise. La toile de fond de cette divergence d’approche est d’identifier la cause du problème. Est-ce l’endettement trop élevé qui provoque la trop faible croissance ou, à l’inverse, la chute de la croissance qui provoque la hausse de l’endettement ? Si la cause du problème est la dette, alors la stratégie européenne offrira les meilleurs résultats; à l’inverse, si la cause est la croissance, alors les Etats Unis auront eu raison.

Ainsi, et puisqu’il est désormais possible de comparer les résultats de chacune de ces stratégies après sept années de traitement, il reste à déterminer quelle méthode est la plus probante. Ceci afin de s’affranchir de tout biais moraliste et de pouvoir constater froidement, avec pragmatisme, quelle direction doit prendre la France afin de réaliser l’objectif souhaité.

En Europe, les quatre pays emblématiques de l’austérité sont la Grèce, le Portugal, l’Espagne, et l’Irlande. Chacun de ces pays s’est lancé dans une course à la réduction des dépenses publiques à partir de l’année 2010, ceci afin de parvenir à réduire leur niveau d’endettement. Les conséquences sociales de ces réformes sont déjà bien connues, mais il reste à savoir si, au moins, la variable " dette " a pu être traitée correctement.

Entre 2010 et 2014, l’endettement irlandais est passé de 87,4% du PIB à 109,7%, soit une hausse de plus de 22,3 points. Pour la Grèce, la dette est passée d’un niveau de 146% du PIB en 2010, à 177,1% en 2014, une hausse de 31,1 points. Pour le Portugal, la hausse atteint 36,2 points, passant de 94% en 2010 à 130,2% en 2014. Enfin, l’Espagne, qui est passée d’un niveau de 60,1% d’endettement public sur PIB en 2010 à 97,7% 2014, soit une hausse de 37,6 points. Ainsi, en agissant par le biais de la réduction de la dépense publique, ces pays ont obtenu un résultat inverse à celui qui était pourtant initialement recherché, c’est-à-dire une hausse moyenne de plus de 30 points de l’endettement public sur PIB. Le remède s’avère pire que le mal lui-même.

Puis, les Etats Unis. En agissant massivement par la voie de la relance monétaire afin de redresser son économie, le pays est parvenu à enclencher un cercle vertueux de la croissance. Entre le premier trimestre de l’année 2008 et le deuxième trimestre 2015, la croissance à prix courant américaine a progressé de 23,12%. Ce qui est à comparer avec le résultat de la zone euro, soit une progression de cette même croissance courante de 7,93% sur la même période, soit un rapport de 1 à 3 entre les deux continents. Grâce à cette technique, le taux de chômage américain est redescendu à un niveau proche du plein emploi, soit 5%. Quant à la dette, celle-ci a progressé de 7,8 points par rapport au PIB sur la période 2010-2014. C’est-à-dire 4 fois moins que pour les pays de l’austérité, et ce, sans avoir à supporter une double crise; sociale et politique.

La comparaison n’a plus aucun sens. Le doute a disparu. Pour lutter contre la dette, l’approche " réduction des dépenses " produit un résultat inverse à celui qui est recherché. Les coupes claires effectuées dans les dépenses de l’Etat ont un tel effet dépressif sur les économies que la perte de croissance qui y est consécutive vient annihiler tous les efforts réalisés. En guise de punition supplémentaire, la population doit subir une hausse dramatique du taux de chômage. Il n’est plus nécessaire de rappeler que l’Espagne et la Grèce sont encore confrontées à des taux de chômage supérieurs à 20%, tandis que la zone euro, prise dans son ensemble, affiche un taux supérieur à 10%.

L’arme anti-dette est la croissance, la croissance, et encore la croissance. Et le volet " réduction des dépenses " ne pourra être efficace qu’à partir du moment où cette croissance est restaurée. Ce qui est d’ailleurs l’enseignement principal des exemples suédois et canadien au cours des années 1990. En mixant une puissante politique de relance monétaire à la maîtrise des dépenses publiques, ces deux pays étaient en effet parvenus  à faire chuter leur niveau d’endettement de plus de 30 points de PIB en l’espace de quelques années.

Malgré de tels chiffres, des organisations comme le MEDEF manifestent toujours leur souhait de voir le gouvernement français réduire les dépenses publiques de façon drastique. Mais pour quels résultats ? Car la question à laquelle il va falloir répondre est de savoir si une entreprise préfère être confrontée au climat économique américain actuel, entre croissance et plein emploi, ou à celui des pays du sud de l’Europe. 

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