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Le marché du pétrole semble se préparer à de nouvelles turbulences face aux nouvelles sanctions sur les marchés contre la Russie.
Le marché du pétrole semble se préparer à de nouvelles turbulences face aux nouvelles sanctions sur les marchés contre la Russie.
©Thomas COEX / AFP

Nouvelles sanctions

Alerte à la pompe ? Le marché du pétrole se prépare à de nouvelles turbulences alors que l’UE s’apprête à renoncer au diesel russe

A partir du 5 février, il sera officiellement interdit aux pays de l'Union européenne d'importer de Russie des produits raffinés du pétrole.

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec

Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. 

Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets touchant à l’économie et à la géopolitique de l’énergie et en particulier Exploitation et Gestion du Raffinage (français et anglais), Recherche et Production du Pétrole et du Gaz (français et anglais en 2011), l’Energie à Quel Prix ? (2006) et Géopolitique de l’Energie (français 2009, anglais 2011).

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Atlantico : L’Union européenne s’apprête à renoncer au diesel russe. Quelle est notre consommation de diesel ? Avec quelle part de dépendance à la Russie ?

Jean-Pierre Favennec : L’Union Européenne a mis en place un embargo sur les importations de pétrole brut russe à la fin de 2022. Seules les importations par oléoduc, qui peuvent difficilement être remplacées, sont encore autorisées. La Russie a réorganisé ses flux d’exportations de pétrole brut en les redirigeant vers des pays comme la Chine, l’Inde (qui importe désormais 1,5 millions de barils par jour contre 0,1 avant l’invasion de l’Ukraine) et d’autres pays comme l’Egypte.

Mais la Russie est également un très important exportateur de produits pétroliers et l’Europe était l’un de ses principaux clients. Pour une production totale de pétrole brut de 11 millions de barils par jour (soit plus de 10 % de la production totale mondiale), la Russie consomme environ 3 Mbj mais exportait près de 5 Mbj de pétrole brut et 3 Mbj de produits pétroliers (essence, gazole) avant l’invasion de l’Ukraine. 50 % des exportations étaient destinées à l’Europe

L’embargo européen sur le pétrole brut russe a eu un faible impact sur les prix du brut car les circuits d’approvisionnement du pétrole brut sont relativement faciles à réorganiser. L’embargo sur les importations de produits aura des conséquences plus sévères

Quelles vont être les conséquences de cette rupture des liens avec la Russie sur le diesel ?

La consommation de gazole en Europe représente près de la moitié de la consommation totale de produits pétroliers. Mais les raffineries européennes ne peuvent produire qu’une part limitée de cette demande. Les exportations russes de produits, et en particulier de gazole, vers l’Europe sont donc cruciales. Si globalement les prix des carburants (essence et gazole) ont augmenté fortement depuis un an, ce n’est pas tant du fait du prix du brut qui est resté à peu près constant que d’une très forte augmentation des taux de fret et des marges de raffinage (écart entre la valeur moyenne des produits et le prix du brut). La tension ayant été plus forte sur le gazole, beaucoup plus demandé que l’essence, le prix du gazole en France est désormais supérieur au prix de l’essence.

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Et si le pic de la consommation de pétrole était enfin là (et vraiment, cette fois-ci) ?

Plus largement, le marché du pétrole semble se préparer à de nouvelles turbulences, à quoi sont-elles dues ?

Le prix du pétrole qui avait atteint des sommets (130 dollars par baril - $/b) peu après l’invasion de l’Ukraine avait lentement glissé vers des niveaux beaucoup plus modérés (80 $/b) vers la fin de l’été. La décision de l’OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) de réduire de 2 millions de barils par jour sa production (soit 6 % de sa production) en octobre avait surpris et avait été considérée comme une arme de guerre contre l’occident car on s’attendait à une forte hausse des prix. Il n’en a rien été. Les craintes de récession mondiale et les inquiétudes sur la croissance chinoise du fait de l’épidémie de COVID ont conduit à une anticipation de faible demande de pétrole et donc à des prix modérés.

La situation a récemment changé. Bien que les perspectives de croissance économique restent moroses, les experts s’attendent à une augmentation notable de la demande de pétrole et à une certaine fermeté des prix.

De quelle ampleur sont les perturbations auxquelles il faut s’attendre ? Qu’est-ce qui pourrait faire que les choses se passent mieux ou moins bien que prévu ?

Le facteur le plus important est sans doute le relatif faible niveau des investissements en exploration production du pétrole et du gaz, qui reste inférieur de 50 % à celui qu’il était il y a 10 ans. Faibles investissements et fermeté de la demande pourraient conduire à une augmentation des prix. La situation sera dans les mains des pays OPEP qui disposent de l’essentiel des réserves de pétrole et donc de la possibilité, s’ils le souhaitent, d’augmenter leur production. Il est probable qu’une stabilisation des prix autour de 100 dollars par baril pourrait satisfaire les pays producteurs en générant des recettes suffisantes pour équilibrer leur budget sans accélérer le développement des énergies concurrentes.

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