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Alerte à la leptospirose : la maladie des rats atteint des niveaux inégalés depuis près d'un siècle en France
©Frank Rumpenhorst / dpa / AFP

leptospirose

Alerte à la leptospirose : la maladie des rats atteint des niveaux inégalés depuis près d'un siècle en France

Plus de 600 cas de la "maladie des rats" ont été déclarés en France métropolitaine et une moyenne de 700 cas dans les départements et collectivités d'Outre-mer en 2014-2015. Plus du double de cas par rapport à 2011. Chaque année dans le monde, 60 000 personnes succombent à cette maladie.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Avec plus de 600 cas signalés en France métropolitaine et 700  en moyenne dans les départements et collectivités d'Outre-mer, la "maladie des rats" ou leptospirose  fait de nouveau parler d'elle avec le plus haut nombre de cas enregistrés depuis les années 1920. Pour autant, cette hausse des signalements traduit-elle vraiment une résurgence de la maladie ?

Stéphane Gayet : Les rats sont des vecteurs de nombreuses maladies infectieuses,menaçantes pour l’homme. Parmi les plus graves, il faut mentionner la leptospirose, le sodoku, la peste et la chorio-méningite lymphocytaire virale (CMLV). Alors que le sodoku (bactérie transmise par morsure de rat) et la peste (bactérie transmise par piqûre de l’homme par la puce du rat) nécessitent un contact rapproché entre le rat et l’homme, la leptospirose (bactérie appelée leptospire) est bien souvent contractée par une personne n’ayant pas remarqué de rat là où il s’est contaminé. C’est lié au fait que cette maladie se transmet par contact avec de l’eau souillée par de l’urine de rat. La contamination s’effectue également par l’urine avec la CMLV (virus), mais l’animal en cause est le plus souvent la souris et non le rat. C’est parce que la leptospirose est la plus fréquente des maladies transmises par le rat qu’elle est souvent appelée « maladie des rats ».

Il est utile de préciser qu’avec un nombre estimé de dix milliards, les rats constituent un tiers de la population de mammifères du Monde. Or, ils ont une étonnante faculté de coloniser les lieux proches des habitations et de se multiplier rapidement. Les rats sont omnivores, c’est dire qu’ils sont capables de manger pratiquement de tout et les détritus de notre alimentation leur conviennent parfaitement. Ce sont des animaux doués d’un pouvoir d’adaptation peu commun. On peut rappeler qu’ils sont largement utilisés au laboratoire, et y compris pour des études psychiatriques et sociologiques.

La France est l’un des pays industrialisés qui a l’incidence la plus élevée de leptospirose (incidence annuelle comprise entre 0,5 et 1 cas pour 100 000 habitants). Selon les données issues du Centre national de référence des leptospires et de son réseau de laboratoires, on observe une augmentation du nombre de cas, avec une incidence record jamais enregistrée depuis 1920 pour les années 2014 et 2015, de 1 cas pour 100 000 habitants (incidence 2 fois plus élevée qu’en 2011). Plus de 85% des cas documentés n’avaient pas voyagé le mois précédent l’apparition des symptômes. La très grande majorité des cas était de sexe masculin.

Les facteurs de risque étaient la fréquentation d’un environnement rural ou la pratique de loisirs en plein air, notamment d’activités aquatiques (baignade, kayak, rafting, canyoning). Une étude rétrospective en Normandie a également montré une prédominance des cas parmi les personnes exerçant une activité professionnelle au moment de la survenue de la maladie (52 %). Depuis quelques années, plusieurs cas de leptospirose ont été décrits chez des personnes possédant des rats de compagnie. Pour les autres cas, un voyage en région endémique (Asie du Sud-Est, Antilles ou Océan indien) était précisé. Le maximum de cas est habituellement retrouvé entre les mois d’août et septembre. Pour la période 2011-2015, les régions Aquitaine, Franche-Comté et Basse-Normandie étaient les plus touchées. Dans les départements d’outre-mer, l’incidence de la leptospirose est de 10 à 50 fois plus élevée qu’en France métropolitaine, avec une majorité de cas pendant la saison des pluies.

En somme, si la mise en place d’une surveillance spécifique à la leptospirose, ainsi que l’inscription de tests biologiques performants de cette maladie à la nomenclature des actes de biologie médicale ont stimulé sa surveillance épidémiologique, la leptospirose semble tout de même réellement en augmentation significative. Étant donné qu’elle peut être grave et que la lutte contre les rats est difficile, ce phénomène est assez inquiétant et doit être pris au sérieux.

Le nombre de cas a doublé depuis 2011. Quels facteurs pourraient permettre d'expliquer cette hausse ?

La leptospirose est une zoonose (maladie infectieuse de l’animal susceptible de se développer chez l’homme) certes cosmopolite, mais le climat chaud et humide de la zone intertropicale lui est tout particulièrement favorable.Décrite depuis longtemps dans les départements et collectivités d’outre-mer, la leptospirose y est donc sans surprise un réel problème de santé publique. La fréquence de cette maladie y est de fait non négligeable et des épidémies peuvent de surcroît survenir à la suite d’accidents climatiques, tels que des cyclones. Dans ces régions, l’exposition professionnelle, en particulier via les pratiques agricoles, reste un facteur de risque majeur pour la population, tandis que le développement des activités de loisirs en pleine nature fournit désormais une part significative des cas humains.

Par ailleurs, les données recueillies dans l’Océan indien confirment également que, bien loin de se cantonner aux rongeurs vivant à proximité des habitations, le réservoir animal de la leptospirose s’étend probablement aux animaux domestiques et d’élevage. Enfin, malgré la vaccination des personnes professionnellement exposées – il faut préciser que c’est une spécificité française -, les vétérinaires, plongeurs en eau douce,égoutiers et éboueurs continuent à fournir bon nombre de cas.

L’augmentation de l’incidence de la leptospirose est donc bien réelle. Il est logique d’y voir l’effet du changement climatique et celui du développement des activités de loisir. Il est naturel de penser que le réchauffement terrestre global et la multiplication des évènements climatiques extrêmes qui l’accompagnent, ainsi que l’urbanisation intense et mal contrôlée - deux phénomènes qui concernent plus particulièrement les départements et collectivités d’outre-mer français - peuvent favoriser l’augmentation de l’incidence d’une maladie infectieuse bactérienne très liée à l’eau, à la chaleur et aux rongeurs, comme la leptospirose.

Quels sont les symptômes de la leptospirose et comment s'en prémunir ?

Chez l’homme, la bactérie pénètre principalement par la peau lésée (plaie, même minime) ou une muqueuse (buccale, nasale, pharyngée ou encore laryngée par inhalation accidentelle).Les leptospires rejetées dans l’eau avec l’urine des rats peuvent y survivre fort longtemps. L’incubation (période de temps entre la contamination et le début de la maladie) dure de quatre à quatorze jours. Les signes de la maladie sont variables, depuis une fièvre d’allure grippale, jusqu’à une forme grave potentiellement mortelle avec une atteinte du foie, des reins et la survenue d’hémorragies.

Dans la forme modérée, la maladie commence par une fièvre élevée avec des frissons, un mal de tête, des douleurs musculaires (myalgies) et articulaires (arthralgies) diffuses. Celle forme peut évoluer vers une atteinte des reins, du foie – donnant un ictère ou jaunisse -, des méninges (méningite) ou encore des poumons. Dans environ 20% des cas, ce tableau infectieux se complique d’hémorragies. Mais aucun signe n’est vraiment spécifique de la leptospirose. Toutefois, l’association d’un ictère conjonctival (visible sur les blancs d’œil) et de myalgies est particulièrement évocatrice de cette maladie.

Dans les formes graves, dites ictéro-hémorragiques,il existe une insuffisance rénale aiguë, une atteinte neurologique (convulsions et même coma) et des hémorragies plus ou moins sévères (en particulier pulmonaires et digestives).

La convalescence est longue, mais elle ne laisse généralement pas de séquelles. Cependant, des complications oculaires tardives touchant la cornée ou l’iris peuvent encore survenir.

En matière de prévention, les mesures de lutte collective reposant sur la dératisation, le contrôle des effluents des élevages industriels (étant donné que les animaux d’élevage constituent un autre réservoir de leptospires), ainsi que le drainage des zones inondées, seraient efficaces, mais bien difficiles à mettre en œuvre. Un vaccin humain est commercialisé en France, mais uniquement à destination des professions très exposées (vétérinaires, plongeurs en eau douce, égoutiers, éboueurs). Un autre vaccin, à destination cette fois des chiens, est quant à lui très largement utilisé dans l’hexagone.

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