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Adoption (et mariage homo) : l’énorme tabou des troubles de l’attachement qui rend déjà difficile la construction de familles traditionnelles
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Le problème de X

Adoption (et mariage homo) : l’énorme tabou des troubles de l’attachement qui rend déjà difficile la construction de familles traditionnelles

L'adoption pour les homosexuels, réclamée de vive voix par les partisans du mariage pour tous, oublierait-elle le point de vue des adoptés au profit de celui des adoptants...

Atlantico : L’adoption d’un enfant par un couple, loin d’être un simple processus administratif, se révèle être un défi psychologique de taille à la fois pour les parents ainsi que pour les enfants qu’ils adoptent. Quelles sont les principaux blocages liés à cette situation ?

Christian Flavigny : Le premier d’entre eux tient au fait que les parents qui souhaitent adopter sont, dans la plupart des cas, confrontés à l’incapacité d’avoir un enfant de manière biologique, ce qui crée chez eux un vide affectif leur laissant croire qu’ils ne sont pas des parents comme les autres. Cela débouche aussi sur une certaine crise de confiance qui peut poser problème une fois qu’ils réussissent à obtenir la garde d’un enfant, puisqu’ils vont souvent remettre en cause leurs méthodes d’éducation (« Suis-je un bon père ou une bonne mère ? » sachant que je n’y étais pas destiné biologiquement).

Du côté des enfants adoptés cette crise de confiance se retrouve puisque ces derniers ont été abandonnés, bon gré mal gré, par leurs parents d’origine. Cela développe chez eux l’impression qu’ils n’étaient pas souhaités par leur famille biologique et crée de fait une méfiance à l’égard du monde adulte. On trouve ainsi des questionnements du type « Suis-je le bon enfant pour mes parents d’adoption » ou « Ne serais-je pas plus heureux dans une famille qui me ressemblerait plus ? ». Cette problématique bien réelle basée sur la permanente possibilité d’une autre famille idéale ne peut exister par définition dans les familles biologiques où la filiation est directe et non remise en cause.

La confiance est donc le premier obstacle concret à l’adoption (au-delà des difficultés techniques des procédures NDLR), et cela joue des deux côtés. Il s’agit d’une greffe longue et difficile, la création d’un lien affectif solide étant de fait plus ardue lorsqu’il y a appréhension dès le départ.

Cyril Langelot :  S’agissant des enfants il faut distinguer selon l’âge de l’adopté, l’arrivée dans un nouvel environnement  pouvant  être ressentie différemment selon que l’enfant est nourrisson ou plus âgé.

Je ne parlerai pas de « blocage », mais plutôt de « réaction », réaction qui peut être plus ou moins importante et qui peut s’exprimer par des troubles du comportement de l’enfant. Cette réaction peut exister pour des enfants qui ont vécu une période en famille d’accueil, et qui, du jour au lendemain, doivent la quitter. Or un affect s’est naturellement créer entre l’enfant et la famille d’accueil. Des repères se sont construits. L’incompréhension mais surtout le fait de devoir créer de nouveaux repères génèrent alors des troubles du comportement tels que des difficultés de langage, une nervosité excessive de l’enfant, un refus de contact accompagné d’une dureté avec les autres.

C’est dans ce cas que le blocage peut exister entre l’enfant et les adoptants. Ces derniers s’attendent à donner beaucoup comme à recevoir autant. Surtout que les adoptants ont l’idée d’une situation idyllique, ou l’amour parent(s)/enfant est le maitre mot. Comme il n’en est rien, la situation peut dégénérer.il arrive même parfois que les adoptants refusent finalement l’enfant.la greffe n’a pas pris.

Etre adopté, cela ce sait. Et l’enfant adopté  est ici « diffèrent » des autres. Si il ne le ressent pas lui-même, d’autres se chargeront de lui faire comprendre. Au risque de choquer, il est fréquent que les adoptés soient encore aujourd’hui  les « moutons noirs » dans une collectivité. Le larcin, cela ne peut être que le fait de l’orphelin.(qui n’en ai plus un.)et puis ceux et celles qui viennent de la ddass (qui n’est plus la ddass) sont forcément des enfants à problèmes.

Tout lui rappelle qu’il est adopté. La filiation est fictive. Les risques génétiques inconnus. Grand -père et grand-mère ne sont pas vraiment grand père et grand-mère. Les cousins n’en sont pas vraiment.  D’aucun avanceront que des secrets de familles il en existe beaucoup. Sauf que là, ce n’est pas un secret. C’est un fait reconnu.et il faut apprendre à vivre avec. Ce qui peut s’avérer extrêmement difficile.

Et puis il faut comprendre et accepter pourquoi on a perdu ses « vrais parents ».pourquoi cette injustice que papa et maman soient morts ? Pourquoi m’ont il abandonné ?où sont ils?j’ai une sœur ? Un frère ? Beaucoup de question sans réponse. Surtout si l’on est né sous X .Rien pour se raccrocher.

Les difficultés de l’adoption pour l’adopté ne se terminent donc pas avec l’adoption. C’est même plutôt à ce moment qu’elles commencent. Appréhender une autre identité, vivre une fiction, est loin d’être facile pour des enfants de moins d’une dizaine d’années.

Comment répondre de la manière la plus efficace au besoin de filiation de l’enfant ?

Christian Flavigny : Une réponse naturelle et directe est souvent préférable, le but étant d’expliquer à l’enfant adopté qu’il n’a pas cruellement été abandonné par sa mère et son père biologiques mais qu’au contraire ils lui ont donné sa chance en lui permettant de grandir dans un cadre plus sécurisé et souvent moins précaire que dans son pays et/ou sa famille d’origine. C’est ici le rôle des parents de formuler clairement devant l’enfant leur souhait de recomposer une famille à part entière. A partir de là peut s’engager un processus de restauration de l’estime de soi qui peut permettre, à terme, de venir à bout de ce profond déficit affectif causé par le déracinement initial.

Cela ne fonctionne pas toujours hélas et les conflits familiaux liés à cette problématique de la filiation peuvent parfois devenir interminables, avec en toile de fond cette même idée que finalement, parents d’un côté et enfants de l’autre, n’étaient pas faits pour vivre ensemble et que cela aurait pu mieux se passer ailleurs. Si ce sentiment se développe de manière trop prégnante le lien familial, déjà fragile par définition, peut se briser de manière irréversible. Il y a de plus un processus de réappropriation de la filiation par l’imaginaire chez l’enfant adopté, ce dernier dessinant dans son esprit une famille parfaite qui aurait idéalement correspondue à ces attentes, ou se disant que ses parents d’origine se seraient mieux occupés de lui. Le risque est ici logiquement que l’enfant en question s’éloigne de ses réels parents d’adoption et qu’il alimente, malgré lui du reste, les conflits internes.

Cyril Langelot : Il est évident qu’il existe une dualité d’intérêts dans l’adoption : d’un côté les intérêts des adoptants.de l’autre ceux des adoptés.

L’adoption « désintéressée » est rare. J’entends par là des personnes qui adoptent des enfants « pour » les enfants, pour leur apporter une aide affective et matérielle. Elle pourrait d’ailleurs se retourner contre leurs auteurs, puisque la motivation humanitaire, qui ne répond pas à un « désir » d’enfant,  laisserait à penser à l’adopté qu’il se doit d’être reconnaissant.

L’adoption par un homme et une femme, qui vont, de manière fictive pour l’adopté, représenter  le père et la mère, est à mon sens la meilleure manière de répondre aux besoins de l’enfant mais aussi la plus juste.

N’oublions pas que si l’enfant n’avait pas perdu son père et sa mère, il ne serait ni orphelin, abandonné ou retiré. Et donc que la question de « qui peut adopter » ne se poserait pas. Par cette lapalissade je veux affirmer qu’il convient de chercher la « normalité »pour l’enfant. Cette normalité, c’est de retrouver, certes de manière fictive, la situation originelle de l’enfant, peut lui permettre de passer outre son cas d’exception.  Parce que le fait d’être adopté est une exception, quand la règle est d’avoir un père et une mère, (même si un accident peut vous priver de l’un ou de l’autre. mais là encore il s’agit d’un fait exceptionnel.)

Alors bien sur selon les cas, selon les individus  les réactions sont bien évidement  différentes mais il reste un fait : Tout enfant adopté vit un deuil au fond de lui. Il vit le deuil d'une femme et d’un homme, d'une famille, d'une histoire d’une normalité. Il est confronté à de profondes frustrations quant à la question du destin, du hasard,  des motifs de son abandon... Il subit de  graves remises en cause.  Dans cette période où l'enfant doit construire un schéma de relations à autrui, où l'enfant doit apprendre à s'identifier aux yeux des autres, dont ses nouveaux parents, il doit outrepasser les frustrations qui peuvent exister dans sa vision de son abandon. Et  pour cela, il a besoin d'un père et d'une mère. L'enfant se doit  exister aux yeux des deux parents, de sexe différent pour apprendre à exister aux yeux de tous les hommes et de toutes les femmes. Car faire le deuil d’un père  et d’une mère père nécessite les deux modèles.

Mais surtout l’enfant peut  grâce à l’adoption par un père et une mère retrouver une tranquillité .Car ce n’est pas reposant de se savoir orphelin, abandonné ou retiré de sa vraie famille. Ce n’est pas reposant de se savoir diffèrent par la force des choses.

En retrouvant un père et une mère, Il peut franchir cette étape qui le distingue. Et profiter sereinement d’une situation familiale identique à celle qu’il a perdue. Qu’il ne connaitra jamais. Quand bien même il fantasme totalement cette situation familiale originelle.

Dans ce cadre ne peut-on pas considérer que l'adoption par deux parents de même sexe peut s'avérer encore plus problématique ?

Christian Flavigny : Cela soulève effectivement des problèmes puisque l’on sait que les adoptions dans les familles monoparentales, où c’est le père qui est absent le plus souvent, sont celles où la constitution d’un lien affectif stable est la plus fragile. Le parent seul fait souvent de son mieux et sa manière d’éduquer n’est pas à remettre en cause, l’absence d’un processus de médiation de l’autorité via un deuxième parent étant ici le principal problème. Pour ce qui est des familles homosexuelles, on trouve aujourd’hui de nombreux cas ou les enfants ont une mère, plus rarement un père (les adoptions d’un enfant par deux hommes relevant de l’épi-phénomène), auxquelles s’ajoutent un conjoint ce qui ne pose pas de problèmes outrancier puisque la différenciation est claire et cela ne crée pas de confusion au niveau de l’enfant. Il faut maintenant se poser la question d’une loi instaurant la possibilité de créer le statut d’une famille reposant sur deux parents homosexuels (Parent A et parent B NDLR….) puisque cela viendrait complètement chambouler le concept même de filiation et d’identification sexuée. Il s’agit là selon moi d’une mesure qui peut satisfaire les parents mais qui va à l’encontre des intérêts de l’enfant dans la construction de son identité.

Cyril Langelot : Une personne qui a été adoptée sait qu'elle n'est pas « comme tout le monde ». Et les homosexuels qui ont connu la douloureuse expérience de vivre leur différence avec peine, sous le regard injurieux et méprisant des homophobes, savent au premier chef la réalité de vivre en étant différent.

L’adoption par des personnes du même sexe va s’avérer en  effet encore plus problématique pour l’enfant.

Tout d’abord parce qu’elle prive irrémédiablement l’enfant d’un père et d’une mère. L’apport fondamental et enfin reconnu  de l’identité féminine,  différente de l’identité masculine, est réduit à néant. Si un homme apporte autant, si ce n’est plus qu’une femme, pour un enfant, la femme est alors réduite à n’être qu’un ventre, qu’un outil de gestation. Adieu la particularité féminine, son importance, sa différence  pour l’enfant. Idem pour l’homme, qui se voit aisément remplacé par une femme. Sauf que pour l’enfant, l’évidence est moins pertinente. Surtout lorsque l’on est amené à souffrir de l’absence d’un père et d’une mère. D’un homme et d’une femme. Pas la voisine ou son oncle.

Ensuite parce que l’enfant qui a perdu son père et sa mère une première fois par les caprices du destin sera à nouveau privé d’un père ou d’une mère cette fois ci par un choix idéologique d’une société. L’adopté devient ici l’instrument  d’une idéologie qui veut détourner l’ordre naturel pour façonner un « homme nouveau », un nouveau modèle familial. Il faut se souvenir que d’autres sociétés voulaient elles aussi détourner l’ordre naturel en disposant des enfants, notamment orphelin, selon les dogmes de leur idéologie. (L’état, la  race)

Pour un enfant d’à peine une dizaine d’année, déjà chahuté par des questions existentielles démultipliées, c’est beaucoup de devoir  assumer non seulement la particularité des « parents » du même sexe, au moment où ce dernier ne demandera qu’à ne pas être distingué des autres, mais aussi d’être un symbole visible d’une idéologie.

Enfin, notre société en abandonnant le principe que  l'institution de l'adoption permette  à ce que ce l’orphelin, abandonné ou retiré retrouve un père et une mère, institue le principe que dans la mesure où cet enfant n'a plus de père ni de mère,  il devient disponible pour tout adulte qui en fait la demande, qui réclame le droit d'obtenir un enfant. C’est une source majeure du conflit qui oppose l’enfant adopté à ses parents adoptifs : vous m’avez adopté pour satisfaire vos besoins. Pas les miens.


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