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Accros aux doudous : comment les parents doivent-ils gérer la dépendance d’un enfant à son objet fétiche ?
©Reuters

Ouiiiiiiin !!!

Accros aux doudous : comment les parents doivent-ils gérer la dépendance d’un enfant à son objet fétiche ?

Perte de doudou et éloignement sont des facteurs de stress importants pour un bébé ou un jeune enfant. C'est le problème qu'a décidé de résoudre "Smarty Crew", société qui fabrique l'objet connecté Oliba, à accrocher à l'objet fétiche pour le retrouver plus rapidement. Les parents ne doivent pour autant pas céder à la facilité et fermer les yeux sur les crises générées par la perte d'un doudou, car elles peuvent traduire un mal-être de l'enfant.

Atlantico : Un doudou peut-il avoir des effets néfastes sur un enfant, comme par exemple une trop grande dépendance à l’objet ?

Laurence Nugues : Si les réactions de l’enfant face à la perte d’un doudou sont excessives, il faut effectivement s’en préoccuper en analysant sa vie en général, comme son âge, ses habitudes, le contexte familial etc.

Ces comportements peuvent par exemple être générés par des facteurs de stress, comme une séparation des parents ou un déménagement.

Ces crises autour du doudou peuvent aussi être provoquées par une carence affective de la part des parents, qui, souvent pressés le matin notamment, ne prennent pas le temps de partager un moment d’amour avec leur enfant. Or les enfants ont besoin soit d’un temps de jeu, d’un petit déjeuner commun ou d’un câlin intense avec leur référent affectif le matin, ce qui va les rassurer, remplir leur "réservoir affectif" et leur permettre de partir pour leur journée. Si un doudou rassure l’enfant, il ne remplacera jamais un parent.

Que faire en cas de perte irrémédiable d’un doudou, sur une aire d’autoroute par exemple ?

C’est une perte qui est difficilement gérable, car en plus de l’attachement à l’objet en lui-même, l’odeur du doudou est capitale pour les enfants, ce qui explique que c’est si difficile pour les parents de les laver ou d’en trouver un autre en cas de disparition, car même un nouveau doudou identique à l’autre n’aura pas la même odeur, et donc ne rassurera pas l’enfant. Il faut dans ce cas si crise il y a faire preuve d’un maximum d’empathie avec l’enfant, lui dire combien on comprend sa tristesse et que l’on va lui en trouver un autre. Tout énervement du parent contre l’enfant en crise aura un effet contre-productif, car il ne fera que rajouter un stress supplémentaire à l’enfant.

Y a-t-il une tranche d’âge durant laquelle le parent doit retirer le doudou à l’enfant ?

Je pense qu’il ne faut pas retirer un doudou à son enfant. D’abord parce que cela ne fera que lui faire vivre une expérience très traumatisante sans aucun effet bénéfique. Ensuite, déterminer l’âge idéal pour retirer un doudou à son enfant n’a pas vraiment de sens, dans la mesure où l’abandon progressif du doudou marque une sortie de l’enfance, ce qui est un processus et une temporalité propre à chaque enfant.

En général, l’enfant se détache progressivement tout seul de son doudou, même si cela varie beaucoup selon les âges et le contexte de la vie de chacun. A la crèche, le doudou est quasiment obligatoire, en petite section de maternelle aussi, en moyenne section il est là, mais il est rangé dans une caisse, en grande section, il est là mais il est dans le couloir, et puis petit à petit l’enfant va le laisser sous le lit ou dans un tiroir à la maison, et s’il ne disparaît pas il restera à la maison mais comme un simple souvenir d’enfance. Un enfant sort de l’enfance quand il a acquis assez de pouvoir personnel et de force intérieure pour se dire qu’il peut partir sans doudou, puis petit à petit sans parents. Les parents et le doudou sont là pour aider les enfants à capitaliser cette confiance en eux. C’est par ailleurs une bonne chose de laisser à l’enfant l’initiative de l’abandon du doudou, parce que ses parents lui laissent ainsi faire des choix, l’aident à réfléchir, ce qui permet à leur progéniture de développer leur cerveau néofrontal et néocortex.

Si vraiment la dépendance est trop forte et dure assez longtemps pour inquiéter les parents, plutôt que de retirer le doudou de manière arbitraire, il vaut mieux consulter soit le médecin de famille, soit un pédiatre, soit une psychologue de l’enfance ou encore un coach parental pour essayer d’analyser ce qui cause cette dépendance et s’attaquer aux racines du problème.

Les enfants choisissent-ils naturellement un doudou ou est-ce leurs parents qui prennent l’initiative de leur en donner un ?

Aujourd’hui, les professionnels de la petite enfance pensent en général que les enfants ont besoin d’avoir un doudou, et donc que les parents doivent leur en donner un s’ils ne le choisissent pas tout seul. C’est quasiment la première question qui est posée lorsque les parents laissent leur enfant à la crèche ou chez la nounou : "Où est le doudou ?". Il est vrai que certains enfants ont toujours aimé et choisi d’eux-mêmes un nounours, un tee-shirt ou le foulard de leur maman qui porte son odeur par exemple. Cela peut être n’importe quel objet.

Pour les bébés, il les aide à s’endormir. Pour les plus grands, les doudous sont demandés aux parents car ils permettent aux enfants de surmonter la séparation avec leur figure d’attachement. Les enfants sont en règle générale rassurés par les objets qu’ils connaissent bien. Un peu comme nous lorsque nous voyageons à l’étranger assez longtemps et que l’on tombe sur un restaurant français ; on aura en général très envie d’y aller, car ce dont ont a l’habitude rassure et procure de la satisfaction.

Donc l’usage du doudou est à la fois l’initiative du parent, parce que, poussé par les professionnels de la petite enfance ou les usages de leurs amis et de la famille, c’est lui qui va mettre le doudou dans le lit de l’enfant, et en même temps, cela peut aussi être l’initiative de certains enfants, qui d’eux-mêmes choisissent très tôt un doudou.

Mais il est important de souligner que tous les enfants n’ont pas forcément besoin de doudou, et qu'il ne sert à rien de leur imposer. Ils vont plutôt sucer leur pouce par exemple, tournicoter leurs cheveux, ou ne rien faire du tout. Il n’y a pas de règle là-dessus. 

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