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La culture, cette grande oubliée
de l'accord PS/EELV
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(dé)confiture politique

La culture, cette grande oubliée de l'accord PS/EELV

L'accord entre Europe-Ecologie-Les Verts et le Parti socialiste a fait couler beaucoup d'encre. Mais peu de commentaires sur les propositions culturelles du texte qui oscillent entre le creux, le flou et le néant.

Olivier Amiel

Olivier Amiel

Olivier Amiel est docteur en droit de la faculté d’Aix-en-Provence, a enseigné à l’université internationale francophone Senghor d’Alexandrie et a exercé en tant qu’avocat au barreau des Pyrénées-Orientales. Il a été maire adjoint de Perpignan chargé du logement, du renouvellement urbain et de la politique de la ville de 2014 à 2019.

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Les principales critiques envers l’accord conclu entre le Parti socialiste et Europe Ecologie Les Verts ont déjà bien été commentées. Certains reprochent l’obscurantisme de la position sur l’énergie nucléaire qui fait un procès apocalyptique à la science, irresponsable d’un point de vue économique et industriel. D'autres évoquent l’utopie du partage européen du siège de membre permanent de la France au Conseil de sécurité des Nations Unies alors que les institutions européennes ont bien souvent du mal à trouver une position commune en matière de politique étrangère. Il serait malhonnête d’affirmer que la voix de notre pays n’a pas une singularité qui porte au-delà de ses frontières (francophonie, politique arabe et africaine…).

Il semble nécessaire que le Parti socialiste sorte de ce qu’Yves Cochet a comparé à un "syndrome de Stockholm" dans lequel il s’est égaré. Il en va de même pour la politique culturelle, l’accord entre le Parti socialiste et Europe Ecologie Les Verts étant peu loquace et pertinent sur le sujet. Seul un petit paragraphe traite la question sous l’angle ingénu de faire de la culture "le moteur d’un nouveau projet de société", sans expliquer comment. Le texte ne comporte qu’une série affligeante de lapalissades inconséquentes. La pire reste surement : "Le service public de la culture aura notamment pour mission de valoriser la diversité culturelle".

Des propositions dépourvues de concret

  • Le "plan pour l’éducation artistique et culturelle" est évidemment la priorité absolue pour la prochaine politique culturelle de notre pays afin de lutter contre le relativisme culturel qui cloisonne les publics et contre les conséquences désastreuses d’une certaine "reproduction sociale".  Même l’UMP le répète, depuis la lettre de mission à la ministre de la Culture en 2007 jusqu’au programme présenté il y a quelques semaines, aveu d’échec pour le quinquennat de Nicolas Sarkozy.  Entre ceux qui ne proposent rien et ceux qui n’ont rien fait, il est important de pouvoir proposer des solutions simples à cette question. Une meilleure et effective relation entre l’administration culturelle et l’éducation nationale ou le développement de mesures qui ne soient pas faussement démocratiques : la gratuité a par exemple le défaut de profiter aux classes sociales aisées si elle n’est pas accompagnée d’une politique ambitieuse d’initiation dans les écoles publiques.

 

  • Afin de soutenir les acteurs culturels français, l’accord prévoit que "le régime Unedic des intermittents du spectacle et de l’audiovisuel sera réformé". Oui, mais dans quel sens ? Une "réforme" peut aller d’une modification des bases et critères d’indemnisation à une suppression du régime ! La voie de la possible "réforme" est large et mérite un peu plus de précision, ne serait-ce que pour les bénéficiaires qui souffrent d’une précarité et d’une remise en cause de leur statut depuis presque dix ans. Supprimer le régime serait néfaste au secteur artistique et culturel florissant en France. Le laisser en l’état serait irresponsable compte tenu des abus, notamment dans sa branche "télévisuel et audiovisuel", qui pénalisent la viabilité de l’ensemble de la structure. Un audit objectif doit être mené avec urgence pour sauver le statut de l’intermittence du spectacle.

 

  • Enfin, les écologistes et socialistes annoncent l’abrogation d’Hadopi "au profit d’une approche qui assurera le financement des œuvres". C’est très flou compte tenu des choix possibles pour permettre une juste rémunération des artistes sans porter atteinte aux libertés individuelles des internautes. L’accord, et c’est bien malheureux, n’exprime aucun avis sur l’alternative que pourrait représenter la licence libre.

 

Charles-Augustin Sainte-Beuve écrivait déjà : "en ce qui touche les intérêts de l’esprit, les ruines, une fois faites, par le temps qui court, ont grande chance de rester des ruines, et, quand la société a tant à lutter pour subvenir au strict nécessaire, il peut arriver que le jour de la réparation se fasse longtemps attendre pour le superflu".  Nous pouvons ainsi admettre que le "superflu" de la culture ne soit pas une priorité alors que nous traversons une crise sociale et financière majeure. Cependant, les socialistes auraient tort de suivre leurs partenaires écologistes dans une négligence coupable de l’importance de la politique culturelle alors que le secteur subit une globalisation impérialiste destructrice d’un point de vue industriel, artistique et de transmission civilisatrice.

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