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Avec un taux de 6,9% enregistré en mars, l’Allemagne connaît un chômage proche de son niveau le plus bas.
Avec un taux de 6,9% enregistré en mars, l’Allemagne connaît un chômage proche de son niveau le plus bas.
©Reuters

C'est la crise

A l’Est, rien de nouveau : récession ou pas, Angela Merkel gardienne obsessionnelle du temple de l’austérité

L'Allemagne pourrait s'accommoder de taux d'intérêt plus élevés, a déclaré jeudi la chancelière allemande Angela Merkel, alors même que les spéculations s'intensifient sur une possible baisse des taux la semaine prochaine par la Banque centrale européenne (BCE).

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Les dernières déclarations d’Angela Merkel et de son ministre de l’économie Wolfgang Schauble laissent peu de place à la discussion."Personne ne peut croire qu’il y a une alternative à la réduction des déficits". L’austérité semble être la voie obligatoire pour une Europe en récession. Sur la base d’une doctrine contestée les responsables allemands sont persuadés de l’efficacité de leur approche, toute obstruction étant qualifiée d’irresponsable, non sérieuse, ou démagogique. Et pourtant, le discours du gouvernement Allemand est la source d’une incompréhension croissante aussi bien au sein de la zone Euro qu’au dehors. Le dernier G20 a été l’occasion de sermonner l’Europe sur l’inefficacité des réformes menées, sur la menace économique qu’elle fait peser sur le monde.

La structure démographique allemande permet de comprendre cette situation. Sa population, vieillissante, attend de ses gouvernants une attention particulière à la maitrise des prix. L’électeur moyen, soit une femme de 56 ans, veille plus au taux d’inflation qu’au niveau d’activité de la zone Euro.  Cette réalité est le principal frein à toute relance monétaire pourtant indispensable à une sortie de crise européenne.

L’outil au service de ce choix, le choix de la récession, est la politique monétaire de la banque centrale européenne. Afin de lutter contre un taux de croissance qui induirait un taux d’inflation supérieur à 2.00%, la demande se doit d’être maitrisée. La conséquence est un taux de chômage de 12%. Il est parfaitement correct de soutenir que la protection de l’épargnant allemand est garantie par le chômeur espagnol, italien ou français. La perte de revenus agissant comme un frein sur les prix.

Le mandat de la BCE permet cette situation. Pourtant, et en usant de politique fiction, l’application seule du mandat monétaire américain dans la zone euro aurait pour conséquence immédiate de relancer la croissance, c’est-à-dire de permettre la baisse du chômage. Cette relance aurait elle-même pour effet d’impacter les prix en Allemagne, aux Pays bas, en Autriche et au Luxembourg. Hausse des prix qui entrainerait à son tour une perte de compétitivité de ces pays au profit de leurs voisins européens. Il ne s’agit pourtant pas de pénaliser les "pays du nord", mais bien d’arrêter un système qui fonctionne aujourd’hui à leur exclusif bénéfice de rétablir un équilibre.

L’économie Allemande ne propose pas de salaire minimum. Des cas de salaire à 55 centimes de l’heure sont signalés et 8 millions de "travailleurs" perçoivent des salaires inférieurs au SMIC Français. Le "modèle" Allemand est simplement non exportable sous peine de tensions sociales irréversibles et n’a été possible localement que par l’effet de la réunification.

Il est bien évident que des reformes de compétitive sont utiles afin de faire baisser le chômage structurel français. Mais il convient de noter que ces mêmes reformes ont été menées en Allemagne alors que la croissance nominale européenne progressait à un rythme de 4.00% par an. Aujourd’hui cette croissance est atone et ne laisse aucun espoir de réussite à toute en entreprise de la sorte. Les expériences espagnoles et italiennes en sont les exemples les plus significatifs.

Afin de parvenir à la faisabilité d’un tel programme, le gouvernement Allemand se doit d’observer la réalité de son expérience, et de conclure de la nécessité de modifier le mandat de la BCE. En intégrant un objectif de croissance nominale de 4.00%, (rythme observé entre la création de l’euro et l’entrée en crise) en lieu et place de l’actuel mandat de stabilité des prix, de telles réformes sont possibles. Il s’agit-là du seul compromis qui permettra une sortie de crise et la poursuite de l’intérêt général européen.

La France est responsable de ne pas peser suffisamment dans le débat, de ne pas soutenir cette évidence avec plus de force. Elle aurait pourtant le soutien d’une majorité des pays de la zone euro tout comme celui des Etats Unis, du Royaume Uni, du Japon et du FMI. Le Statu quo n’est plus une solution.

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