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8 mai 1945 : ces municipalités communistes qui choisissent de célébrer les morts algériens de Sétif en oubliant la victoire alliée

Outre la victoire alliée, événement historique majeur dans l'histoire de la France et de l'humanité, le 8 mai est aussi marqué par la répression des manifestants de Sétif, en Algérie, qui a fait des milliers de victimes. Plusieurs municipalités ont autorisé certains groupes à commémorer cet événement au détriment de la cohésion nationale qu'appelle normalement ce jour.

Dimitri  Casali

Dimitri Casali

Dimitri Casali, historien, spécialiste de l'enseignement de l'Histoire, est l'auteur de Désintégration française (JC Lattès, 2016), du Nouveau manuel d'histoire (La Martinière, 2016), de L'Empire colonial français (Gründ, 2015), d'Ombres et Lumières de l'Histoire de France (Flammarion, 2014), du manuel Lavisse-Casali Histoire de France, de la Gaule à nos jours (Armand Colin, 2013), et de L'Histoire de France interdite. Pourquoi ne sommes-nous plus fiers de notre histoire (Lattès, 2012). Son dernier livre, La longue montée de l'ignorance, est paru aux éditions First (mars 2017). Il collabore régulièrement avec la presse écrite, la radio, la télévision. Pour plus d'informations, consultez le blog de Dimitri Casali : http://dimitricasali.fr/

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Atlantico : En ce 8 mai, nombreuses seront les commémorations à travers le pays de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Or certaines villes, à l'instar par exemple de Choisy-le-Roi et Nanterre, ont décidé de commémorer un autre événement : la répression des manifestants de Sétif (Algérie) le 8 mai 1945, qui a fait plusieurs milliers de victimes.  Le devoir de commémoration peut-il s'envisager au pluriel ? Peut-on à la fois commémorer une victoire et un événement "honteux" de l'histoire nationale ?

Dimitri Casali : Il est évident que cela n'est pas possible car la commémoration doit servir avant tout à assurer la cohésion nationale. Il s'agit de reconnaître un évènement unique, de se mettre d'accord sur des évènements consensuels de notre histoire que chaque citoyen français doit pouvoir s'approprier. Le 8 mai, on est censé célébrer la fin de la Deuxième Guerre mondiale, et uniquement cet évènement. Ainsi, les maires de Nanterre et de Choisy qui ont donné leur autorisation à de telles commémorations sont irresponsables. Ils ne comprennent pas qu'ils adoptent là une lecture culpabilisante et criminalisante de l'histoire de France, semant ainsi la haine de la France, notamment dans la communauté musulmane qui est complètement intoxiquée par la repentance et le politiquement correct. On pourrait qualifier cette vision de l'Histoire d'hémiplégique où ne sont traités que les aspects négatifs, sans que ne soient jamais rappelés les aspects positifs. Dans le cas de la colonisation par exemple, on ne parle jamais de l'œuvre sanitaire et éducative accomplie en Algérie alors qu'il s'agit d'une œuvre considérable.

Et puis l'histoire de France ne se résume pas à la colonisation ! Ces massacres ont eu lieu, il faut en parler dans les manuels scolaires, ne peut pas les oublier, mais il ne faut pas en faire une commémoration, un devoir de mémoire ! Cela s'inscrit dans la rhétorique de François Hollande depuis 4 ans maintenant, dont le discours est marqué par une surenchère compassionnelle qui est particulièrement clivante, creusant le fossé entre les Français plutôt que de les réconcilier. Le 19 mars dernier d'ailleurs, François Hollande a célébré les accords d'Evian au grand dam de toutes les associations d'harkis et de rapatriés puisqu'on sait très bien qu'après le 19 mars 1962, et pendant plus d'un an, des massacres d'Européens ont été commis en Algérie. François Hollande est d'ailleurs le premier président de la République à célébrer les accords d'Evian; même Mitterrand n'avait pas osé. Le personnel politique actuel est absolument inculte ; il n'a aucune culture historique, ce que reflètent leurs discours. Il faut refuser cette conception manichéenne de l'Histoire : celle-ci est grise, et c'est toute sa complexité qui la rend passionnante. Dans le discours gouvernemental, aucun temps n'est pris pour expliquer aux personnes souhaitant commémorer la répression des manifestants de Sétif tous les enjeux et le contexte. 

Quel est l'intérêt de développer cette concurrence mémorielle ? A qui cela profite-t-il réellement ?

Comme je l'évoquais dans ma réponse précédente, de telles initiatives font le jeu des islamistes qui sèment la haine de la France. D'ailleurs, dans tous les manuels scolaires de 4ème et 3ème, on lit en creux cette haine de la France distillée. Selon les chiffres de l'Ined, 37% des jeunes d'origine magrébine ne se sentent pas citoyens français. Or le but de l'Ecole est de faire aimer notre pays à nos enfants, ce qui est mis à mal par de telles commémorations.

Ces commémorations servent également le FN. La seule chance pour que François Hollande remporte la présidentielle de 2017, c'est que Marine Le Pen soit présente face à lui au deuxième tour. Il s'agit donc de faire monter le FN et ce type d'initiatives fonctionne pour cela. Quand les communautés de harkis et de rapatriés d'Algérie, soit environ 4 millions de personnes, vont découvrir l'existence de ces commémorations, elles vont être scandalisées. Déjà qu'elles sont acquises au vote FN, cela ne va pas arranger la situation…Les derniers qui avaient encore un doute après la commémoration des accords d'Evian vont se précipiter dans les bras du FN.

 

Il ne faut pas non plus sous-estimer les motivations clientélistes et électoralistes derrière l'autorisation accordée par les autorités municipales à de telles commémorations. Elles font cela pour conforter leur pouvoir communal et se faire prochainement réélire. C'est le grand vice de la France aujourd'hui, et à tous les niveaux : même Alain Juppé en est réduit à ce jeu électoraliste. Pour plaire à une clientèle communautaire, les hommes politiques sont prêts à capituler sur les fondamentaux de la République, ce qui est scandaleux. 

Quels sont les risques de cette concurrence mémorielle ? 

 

Outre le jeu des islamistes et du FN comme je l'expliquais précédemment, le risque majeur est de creuser davantage le fossé entre les différentes composantes de la société française. L'autre risque est d'accentuer le ras-le-bol des Français face à cette repentance. On ne voit jamais cela aux Etats-Unis ou dans d'autres pays fiers de leur histoire comme la Chine. D'ailleurs, cette vision et conception de l'Histoire en France sapent le moral de la population. Nous sommes l'un des pays les plus pessimistes au monde ce qui s'explique en partie par cette mauvaise appréciation de notre Histoire. Les Français en ont marre qu'on leur présente leurs ancêtres comme d'abominables colonisateurs ou collaborateurs pendant la Deuxième Guerre mondiale, ou d'ignobles esclavagistes comme a voulu le rappeler la loi Taubira à cet égard. 

A quel point le refus de commémorer un événement, même peu glorieux, de l'histoire nationale peut-il être préjudiciable pour la nation ? 

J'insiste sur le fait que ces évènements ne sont pas tus. Dès 1969, un travail historique a été mené sur la guerre d'Algérie, abordant tous les aspects, dont la torture qui n'a jamais été cachée. Cette idée selon laquelle la France a omis les crimes commis pendant la guerre d'Algérie est diffusée dans l'opinion par certains historiens de l'Ecole marxiste. Il existe une véritable guerre des mémoires. Jacques Marseille et Daniel Lefeuvre sont les seuls historiens français à avoir défendu une vision objective de l'histoire coloniale française. Il n'y a plus personne aujourd'hui malheureusement pour expliquer la complexité de cette histoire. Ce sont désormais des personnalités comme Pascal Blanchard ou Benjamin Stora qui entretiennent ce rejet de la patrie.

La France n'a commis aucun génocide en Algérie, il faut le dire. A entendre nos hommes politiques aujourd'hui, on le croirait pourtant : il n'y a qu'à se rappeler la fois où François Hollande s'est fait prendre à partie sur le plateau de Canal + par de jeunes Algériens qui ont dit que la France avait commis un génocide en Algérie, ce à quoi le président n'a pas réagi ; son silence a valu acceptation. Or, comme je le rappelais au début, un travail considérable a été réalisé par des chercheurs pasteuriens, comme Alphonse Laveran, qui ont complètement éradiqué les maladies infectieuses en Algérie. Pourquoi à votre avis la population algérienne est-elle passée de 2 millions à 10 millions en 1962 ? Si la France avait commis un génocide, je doute que l'on ait eu 10 millions d'Algériens en 1962…

 

Comme le dit Pierre Nora, qui est peut-être un des derniers grands historiens, l'Histoire est une longue suite de crimes contre l'humanité. Toutes les grandes civilisations ont été hégémoniques, ont eu des empires coloniaux. La France a eu le sien, et il y a effectivement une part d'ombre, mais aussi une part de lumière. Or, nous ne voyons que cette ombre. 

Existe-t-il d'autres dates dans l'histoire de France qui se partagent à la fois un événement glorieux et un événement honteux ? 

 

C'est extrêmement rare. On pourrait penser – même si les deux évènements n'ont pas eu lieu la même année – au 18 juin : le 18 juin 1940 marque l'appel du général de Gaulle, tandis que le 18 juin 1815 correspond à la défaite de Napoléon à Waterloo. 

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