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L’origine du monde

70 ans après la victoire sur les nazis en Europe, quelle est désormais la clé de voûte de notre vision du monde ?

En ce jour de commémoration du D-Day, les plus anciens se rappellent les heures sombres de la Seconde Guerre mondiale, et les plus jeunes leurs cours d'histoire. Mais que reste-t-il vraiment de cet événement fondateur du XXième siècle ?

David Engels

David Engels

David Engels est historien et professeur à l'Université Libre de Bruxelles. Il est notamment l'auteur du livre : Le déclin. La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine. Quelques analogies, Paris, éditions du Toucan, 2013.

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Michel Maffesoli

Michel Maffesoli

Michel Maffesoli est Membre de l’Institut universitaire de France, Professeur Émérite à la Sorbonne. Ces derniers livres publiés sont "Écosophie" (ed du Cerf, 2017), "Êtres postmoderne" ( Ed du Cerf 2018), "La nostalgie du sacré" ( Ed du Cerf, 2020).

 

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Atlantico : Les 70 ans de l'opération Overlord sont célébrés ce vendredi 6 juin en grande pompe par les principaux représentants occidentaux, dont Barack Obama, David Cameron et François Hollande. Que représente aujourd'hui le D-Day et comment cette représentation a-t-elle évolué au cours des générations ?

David Engels : Le D-Day est devenu, aujourd’hui, le paradigme par excellence d’un sacrifice désintéressé de vies humaines et de moyens matériels dans l’unique but de libérer un continent entier de la tyrannie d’un régime totalitaire. Il va de soi qu’il faudrait nuancer un peu ces propos caricaturaux. Ainsi, n’oublions pas que le "gros du travail" avait été fait, et avec des terribles sacrifices en hommes et en matériel, par les Russes. Ce sont eux qui, pourtant généralement non conviés aux célébrations, furent les véritables vainqueurs militaires de la Deuxième Guerre Mondiale, et ce sont eux qui avaient dû soutenir toute la violence de l’attaque allemande pendant trois ans avant l’établissement du "deuxième front" en France. Puis, n’oublions pas non plus que le camp allié était tout sauf uni : je ne rappelle ici que les suites diplomatiques de la destruction de la flotte française par ses alliés britanniques et la conquête militaire de la Syrie.

Et dès après la victoire, les chemins allaient se séparer rapidement, notamment en France, dont la politique fut de plus en plus dominée par la peur d’être écrasée politiquement et culturellement par son "grand frère" américain... Et finalement, soulignons que la lutte contre la tyrannie avait été, somme toute, assez sélective : quand l’Allemagne a envahi la Pologne, la France et la Grande Bretagne lui ont déclaré la Guerre. Quand l’Union Soviétique, quelques jours après, a commencé à envahir la moitié orientale de la Pologne, les pays baltes et la Finlande, le monde s’est tu. Ainsi, la "libération" du continent avait été fort sélective et soumise à des considérations stratégiques très froides, laissant ainsi volontairement toute une moitié de l’Europe sous la domination d’un régime totalitaire...

Michel Maffesoli : Le grand philosophe allemand, Walter Benjamin, a bien montré que l’histoire ne se construisait pas à partir de faits objectifs, mais comme un choix effectué parmi les faits passés, en fonction du présent. Il parle de "l’intérêt d’à présent" de l’histoire. Devant l’importance accordée à cette commémoration du Jour J, il faut donc se demander quel imaginaire celle-ci active, pourquoi on réussit à attirer des foules sur place ou autour des émissions de télévision, reprenant d’ailleurs éternellement les mêmes récits. (dont le film Le jour le plus long, qui pour beaucoup tient lieu de vérité historique). Le débarquement représente le début de la sortie d’une catastrophe (l’occupation nazie) et le passage de la défaite à la victoire. Ce ne sont d’ailleurs que les chefs des nations victorieuses qui sont invités : la Russie, les Etats-Unis, le Canada, l’Angleterre, et la France.

Mais cet événement historique renvoie aussi, dans la réalité et dans le récit filmique ou romanesque à une construction mythique : les héros, les Anglais, les Américains et les Canadiens essentiellement, sont représentés comme des héros de western ou des croisés, qu’il s’agisse des chefs rusés (les faux préparatifs d’un débarquement en carton pâte pour induire les Allemands en erreur sur le lieu du débarquement) ou des "boys" courageux. Ensuite, la réalité est à la fois plus atroce et plus romanesque qu’une fiction : les canots s’élancent et la mer s’emplit du sang des morts, 19 hommes tués sur 34 dans le premier bateau et les soldats continuent d’avancer sur la plage couverte de cadavres et de blessés gémissants.

Enfin, cette histoire a été tellement racontée, au contraire d’autres évènements de la Seconde Guerre (notamment la drôle de guerre, l’entrée des Allemands dans Paris, les longs combats de l’armée de libération, par exemple dans les Vosges etc.) qu’elle devient histoire commune, dont on connaît par avance les répliques qu’on a pourtant un plaisir enfantin à retrouver, d’année en année. La commémoration du 6 juin 1944 est effectivement la fête laïque la plus populaire en France, celle qui renvoie à des évènements connus de tous, plus que le 14 juillet, le 8 mai ou même le 11 novembre.  

Les jeunes générations occidentales peuvent-elles se réclamer d’un événement aussi fédérateur aujourd’hui ?

Michel Maffesoli : Tout d’abord, il n’est pas avéré du tout que cet événement soit aussi fédérateur pour d’autres nations que la France, l’Angleterre et les vétérans états-uniens. Sans doute, à l’époque stalinienne les Russes ont-ils plus célébré d’autres évènements, que ce 6 juin qui marquait la suprématie à venir des Etats-Unis. Or le débarquement fut suivi, immédiatement par le début de la Guerre Froide.

En Europe, cet événement n’est pas fédérateur bien sûr : les Allemands qui pour ceux de l’Ouest ont fait un énorme travail de dénazification et d’essai de compréhension de ce qui avait amené le peuple à soutenir Hitler ne participent pas cependant à cette commémoration, les Italiens et les Espagnols non plus. Il me semble qu’en France, c’est plus l’imaginaire du débarquement qui est fédérateur que l’histoire objective elle-même. Le débarquement, c’est l’histoire du salut, du renouveau, de la communion de tous (en oubliant qu’il y a eu des résistants, des collaborateurs et des "neutres").

Le débarquement est bien sûr un événement essentiel dans l’histoire de la seconde guerre mondiale, mais s’il inaugure le retour de la démocratie en France, il n’en est pas de même en URSS, ni dans les pays d’Europe centrale qui passent sous le joug de dictatures totalitaires dont les alliés occidentaux  ne surent pas les protéger. En ce sens, il n’est libérateur que pour les Français !

Dès lors, le débarquement s’apparente peut-être à ces grands évènements mythiques, à partir desquels le peuple français construit son histoire : la résistance de Vercingétorix, le baptême de Clovis, la nuit du 4 août etc. L’histoire racontée de ces évènements ne correspond jamais vraiment à la "vérité historique", mais elle a acquis un "intérêt d’à présent" et une puissance de cohésion populaire. 

De quelle vision du monde le débarquement allié a-t-il été la matrice intellectuelle ? En quoi et comment nous en sommes-nous éloignés ?

David Engels : Tout comme il faut nuancer les motivations et les visées stratégiques du D-Day, il faut aussi faire attention à l’impact qu’exerce sa mythification sur les réalités politiques actuelles. Ainsi, jusqu’à aujourd’hui, le débarquement est devenu un rite annuel ne rappelant pas seulement (et à juste titre) tout le bien-fondé de la lutte contre la tyrannie totalitaire, mais relançant à chaque fois, avec l’habituel déferlement de vieux films militaires et des incontournables "de Funès", ce sentiment de germanophobie qui devrait être définitivement rangé dans les oubliettes de l’histoire – d’autant plus que, dans la configuration politique actuelle, elle risque de faciliter une dangereuse contagion entre l’anti-fascisme de 1945 et l’opposition au modèle européen prôné par l’Allemagne et les États du Nord en 2014.

Un autre danger du mythe du débarquement réside dans le fait que la commémoration de la "libération" servira, une fois de plus, à l’auto-légitimation de régimes politiques en fin de parcours. Ainsi, célébrer la France de Hollande ou l’Angleterre de Cameron comme les héritières directes des États qui, en 1944, se faisaient les champions de la démocratie, de la liberté et de la diversité devient un exercice particulièrement cocasse quand on se rappelle que cette même "démocratie" semble de plus en plus érodée par des mécanismes oligarchiques et ploutocratique, que la "liberté" est devenue l’excuse idéologique principale d’un capitalisme effréné qui ruine le continent, et que la "diversité", dégénérée en une idéalisation de tout ce qui est "autre" et une culpabilisation de tout ce qui est "normal", semble menacer la survie des structures sociétales qui ont, jusqu’à maintenant, été les garants de la survie culturelle, économique et démographique de l’Europe, et dont la disparition aura des conséquences désastreuses.

Michel Maffesoli : Peut-être en effet, le débarquement fait-il partie d’une épistémè (le système de valeurs d’une époque) qui n’est plus la nôtre. Comme je le disais à propos de la fin de l’histoire, le débarquement fait partie de ces évènements historiques qui sont des "solutions" d’un problème : en ce sens, il appartient au type d’évènements tels les révolutions françaises (1789, 1848), ou l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en 1936. Certains considèrent que le 10 mai 1981 (voire le pauvre 12 mai 2012 !) constituerait un événement de cet ordre, mais visiblement il s’agit plus de la répétition de l’histoire comme farce que d’un réel événement inaugurant une nouvelle période.

Il me semble que nous sommes justement dans une période où l’histoire n’avance plus de manière linéaire, mais plutôt par dissémination de petits évènements ou par saturation de comportements et de valeurs qui laissent imperceptiblement place à d’autres. Nous ne nous situons plus sur la même échelle du temps. L’époque moderne vivait le temps comme déterminé par le passé et orienté vers le futur. L’époque postmoderne vit le temps comme un présent dense du passé et du futur rêvé. Les évènements de l’époque postmoderne sont plus avènement qu’évènements, ils sont à rapporter à des commémorations religieuses (la présence réelle lors de la commémoration chrétienne de la Cène) d’évènements mythiques, c’est à dire qu’ils sont une construction présente à partir d’un passé et d’un futur rêvés. 

Un autre événement est-il venu prendre la place du débarquement comme mythe fondateur d'une nouvelle vision du monde auprès des générations occidentales qui ont suivi  ?

Michel Maffesoli : La chute du mur de Berlin clôt une période de guerre commencée justement à Potsdam et Yalta ! Et peut être la crise ukrainienne s’inscrit-elle encore dans ce paysage. L’histoire, c’est-à-dire le récit du passé, retient des évènements, mais ceux-ci ne sont que les ponctuations d’une lente évolution. C’est donc plus par leur portée symbolique et leur charge narrative que les évènements s’inscrivent dans la mémoire collective. Il y a sûrement eu beaucoup d’évènements de résistance au totalitarisme en Chine, mais c’est l’écrasement du jeune étudiant par un char à Tienanmen qui s’est imprimé. Les Chinois comprennent d’ailleurs cette force symbolique, puisqu’ils luttent contre la remémoration de ces faits. De la même manière que les Français pendant longtemps ne racontèrent que peu d’évènements sur la guerre d’Algérie.

Les autorités d’un pays tentent toujours d’organiser des cérémonies autour d’évènements qui vont constituer un ciment sociétal. La fête de la Fédération en est un bel exemple, même si le symbole n’a pas résisté au temps. S’agissant de la Seconde Guerre mondiale, au fond le débarquement est un événement positif et d’interprétation facile. Il n’en est déjà plus de même de l’Armistice, grosse déjà des conflits avec l’URSS. Certains évènements moins graves sont régulièrement rappelés, parce qu’ils ont cette puissance de cohésion : par exemple la victoire de la France en coupe du monde (black, blanc, beur).

Quel pourrait être l’événement fondateur de l’Europe ? Celle-ci souffre sans doute d’un déficit de symbolisation et de fêtes rituelles. Il n’y a même pas de fête de l’Europe rassemblant tous les pays membres ! 

Peut-on aller jusqu'à parler d'une nouvelle matrice intellectuelle, ayant une portée comparable à celle héritée du débarquement, ou en sommes-nous aujourd'hui dénués ? Comment l'expliquer ?

David Engels : Le Débarquement reste sans doute l’une des matrices intellectuelles les plus importantes de l’Europe actuelle, bien qu’il y ait de nombreux autres événements politiques d’importance non moindre pour l’inconscient collectif des Européens, comme par exemple le couronnement en 800 de Charlemagne (dont nous commémorons d’ailleurs, cette année, le 1200 anniversaire du décès), la Première Croisade en 1095, la Réformation en 1517, la Révolution Française en 1789, l’hégémonie napoléonienne, les affres de la Première Guerre Mondiale, etc., et je vous fais grâce de l’impact identitaire des événements clefs l’Antiquité classique comme la bataille de Marathon...

Néanmoins, dans les événements récents, je soulignerai surtout la chute du mur de Berlin comme fin définitive d’une époque et début d’une lueur d’espoir que l’Europe, jusque-là scindée en deux camps idéologiques adverses, puisse enfin s’unifier à nouveau. Mais une fois de plus, le mythe a pris le dessus sur la réalité dans l’imagination actuelle, car contrairement aux idées reçues, à l’issue de la Guerre Froide, ce n’est pas l’Europe qui a été victorieuse, mais le modèle sociétal capitaliste américain. Et l’équation que ce dernier impose entre lui-même et les grands idéaux humanistes qu’il prétend défendre (tout, d’ailleurs, comme jadis le communisme) devient de plus en plus fragile, de manière à ce que beaucoup d’Européens se demandent, aujourd’hui, si le temps du totalitarisme est vraiment fini, ou si, au contraire, nous nous ne nous dirigerions pas de plus en plus vers un nouveau régime de type impérial, bien que non avoué ouvertement – un peu comme lors de la transition entre la république romaine tardive dont les aspirations originelles avaient été confisquées par l’oligarchie sénatoriale, et la prétendue "République restituée" d’Auguste dont la façade cachait mal la dictature plébiscitaire du nouveau "princeps"...

On a souvent parlé d'une "fin de l'Histoire" pour définir la pacification progressive des relations internationales au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Peut-on dire pour autant que notre époque, marquée certes par une plus grande stabilité, soit pour autant dénuée d'enjeux "historiques" à proprement parler ?

David Engels : Ce n’est pas le monde politique occidental qui a opté pour une "sortie de l’Histoire", mais ses citoyens qui se sont fait leurrer volontairement par l’illusion de vivre enfin dans un monde pacifié. C’est une différence fondamentale, car le "grand jeu" pour la domination globale continue et continuera toujours ; ce qui a changé, c’est simplement notre appréciation des faits. Elle nous pousse à nous désolidariser avec toute action politique non légitimée par la défense des biens de "l’humanité" et impose une hypocrisie de plus en plus grotesque aux hommes de pouvoir, comme le montrent les raisons de plus en plus fantaisistes mises en avant afin de justifier les diverses guerres que nous menons en Asie Centrale, au Moyen Orient ou en Afrique afin d’y maintenir notre influence politique et d’endiguer la prise de pouvoir de régimes hostiles à l’Occident. Une fois de plus, on se croirait à la fin de la république romaine et du début du principat avec ses guerres asymétriques, sa lutte contre la "piraterie" ou ses expéditions pour le bien de la "civilisation".

D’ailleurs, il est assez précoce de parler de "pacification" des relations internationales si l’on se souvient qu’il y a 20 ans à peine, nous vivions encore constamment sous la menace d’une guerre nucléaire globale et que le monde était scindé en deux factions armées jusqu’aux dents et attendant impatiemment que l’autre commette l’erreur d’attaquer, que les peuples de l’ex-Yougoslavie se déchireraient toujours entre eux sans la présence de forces militaires externes, et qu’aujourd’hui, l’Ukraine, aux portes de l’Europe, sombre tout doucement dans la guerre civile. La "paix" existe essentiellement dans les discours des hommes politiques tentant de calmer l’électorat ou de décrocher un prix Nobel afin de stabiliser leur pouvoir, non dans la réalité.

Michel Maffesoli : Ce qu’on appelle "fin de l’histoire" n’est bien sûr pas la fin du monde, ni même de l’évolution du monde. C’est la fin d’une conception de l’évolution du monde qui inscrivait celle-ci dans une continuité progressive : l’histoire "avançait" et chaque période s’inscrivait comme un progrès par rapport à la précédente. On pourrait aussi dire qu’il s’agissait d’une conception dialectique de l’histoire et de la vie en général : on posait le problème et on cherchait sa solution, thèse, antithèse, synthèse. Ce que j’ai appelé une conception dramatique de l’histoire.

Il me semble que l’imaginaire de notre époque contemporaine, la postmodernité, ne fonctionne plus ainsi : la croyance dans un progrès infini et la possibilité de résoudre les problèmes, y compris peut être la mort ont fait place à ce que j’appelle une conception tragique de l’existence : on affronte ensemble et on s’accommode, malgré tout, d’un destin dont on sait qu’il a la mort pour horizon.

Dès lors les évènements marquants ne sont plus forcément des "faits historiques" dont on analyse les causes et les conséquences, mais des rappels symboliques qui fonctionnent comme autant de forces agrégatives. Mais ces agrégations ne se font pas forcément à l’échelle d’une nation, elles peuvent aussi se faire à l’échelle locale des diverses tribus.

Enfin, parce que le monde devient plus ludique, plus onirique, les "évènements" agrégateurs ne sont plus forcément des évènements réels, ce peuvent être des fictions, des jeux de rôle, des rumeurs. Le Dday n’est-il pas devenu lui-même un immense jeu de rôles, avec la reconstitution des évènements, des armes et des chars d’époque, le déguisement de la population etc. Ainsi que l’écrit un jeune chercheur, Aurélien Fouillet, "le monde devient jeu" ([1] L’empire ludique. Et le monde devient (enfin) un jeu, Aurélien Fouillet, Editions François Bourrin, juin 2014). 

Dans l'imaginaire collectif, le débarquement représente une libération contre les régimes totalitaires, une sorte de faveur rendue par l'Amérique 150 ans après le soutien français à la guerre d'indépendance. En l'absence d'un ennemi commun capable de rivaliser directement avec lui, le monde occidental est-il finalement en mal d'un combat à même de mettre en avant son modèle et ses valeurs ?

David Engels : Des ennemis, nous en avons plus que jamais à l’aube du 21e siècle. Mais l’idéologie du "politiquement correct" et la sainte horreur que nous avons de tout ce qui pourrait ressembler à "l’exclusion", fût-ce de notre pire ennemi, nous interdit de plus en plus de les désigner comme tels et d’orienter notre politique en fonction. Depuis l’affaissement de son pouvoir depuis le 11 septembre, l’Occident – non seulement les États-Unis, mais aussi l’Europe – devient de plus en plus l’objet des ressentiments politiques anti-colonialistes, des inimitiés culturelles séculaires et des envies économiques de ses nombreux voisins. Et le "terrorisme", prétendument l’oeuvre de "fanatiques" mal informés sur les bienfaits des valeurs que l’Occident apporte à leurs pays, n’est devenu, en vérité, que le pic de l’iceberg et l’avant-garde de ce qui attendra notre vieux continent si son déclin, déjà bien entamé, devait se poursuivre.

N’oublions pas non plus que notre continent est également menacé de nombreux ennemis intérieurs : ceux qui facilitent la désindustrialisation systématique du continent sous prétexte de "liberté", ceux qui approuvent la déconstruction de nos valeurs historiques sous prétexte de "culpabilité", ceux qui empêchent une intégration saine et viable des immigrés sous prétexte de "diversité" et ceux qui profitent de l’érosion volontaire de notre démocratie sous prétexte des diverses "nécessités" que nous imposent les "marchés", la "mondialisation" ou la "technologie"... Non, l’Europe a assez d’ennemis – mais nos hommes politiques auront-ils le courage de reconnaître le danger avant qu’il ne soit trop tard ?

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