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La crise n'est pas terminée en Europe.
La crise n'est pas terminée en Europe.
©Reuters

Vision d'ensemble

Les 7 graphiques qui permettent de comprendre pourquoi l'Europe ne sort pas de la crise

Taux de chômage à 11,7%, croissance en berne, menace de déflation... Nous ferions mieux de nous inspirer du pragmatisme de l'administration américaine, rivée sur les mesures pour la croissance et l'emploi, plutôt que de rester dogmatiques en nous obstinant à réduire nos déficits pour sortir de la crise.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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L’analyse de la crise que traverse la zone euro est régulièrement abordée du point de vue de tel ou tel Etat membre de la zone, Grèce, Espagne, Allemagne… ou France. Pourtant, à monnaie unique correspond une réalité économique unique, une réalité qui correspond à l’ensemble de la zone. Une monnaie, un taux de chômage, un déficit, une dette. C’est donc au travers de ces données "uniques" que peut s’appréhender la crise de la zone euro, et non au travers de prismes nationaux qui ont pour effet de masquer la vue d’ensemble.

Ainsi, et selon les dernières statistiques publiées par Eurostat, le taux de chômage de la zone euro atteint encore 11.7% de la population active pour le mois d’avril 2014. Un taux de chômage en légère baisse depuis le début de l’année en cours, mais qui reste encore très supérieur au taux de chômage consolidé des Etats membres avant leur entrée dans la monnaie unique.

La situation du chômage au sein de la zone est essentielle car elle reflète une réelle anomalie en comparaison, par exemple, du "concurrent" américain. En effet, et face à une même crise, les Etats-Unis affichent aujourd’hui un taux de chômage de 6.3%. La question est de savoir pourquoi.

En premier lieu, la croissance. La zone euro ne progresse plus au même rythme qu’avant crise. Entre 2000 et 2008, la zone connaissait une croissance à prix courants (qui tient compte de l’inflation) de 4% annuels en moyenne. Cette "tendance" est aujourd’hui perdue, comme cela est observable dans le graphique ci-dessous.

La croissance à prix courants aura été de 3.72% mais en considérant la totalité des 6 années qui viennent de s’écouler. 3.72% pour 6 années au lieu de 4% par an avant la crise. Une débâcle économique qui aura été le principal moteur du chômage. En comparaison, la croissance américaine atteint plus de 14% sur la même période. Cette forte divergence se traduit avant tout par deux stratégies pour lutter contre la crise.

En Europe, et comme cela est répété chaque jour, l’effort a été d’abord porté sur la lutte contre les déficits publics. Une lutte qui obtient des résultats sur le front des dépenses, car au dernier trimestre 2013, le déficit cumulé des Etats de la zone euro atteint 2% du PIB.

Déficits Publics. Zone Euro. En % de PIB

Malgré les excès de certains, l’ensemble affiche un résultat plutôt satisfaisant. Une accalmie sur le plan des déficits qui se traduit par une première inflexion sur le niveau de dettes des Etats de la zone.

Dette Publique sur PIB. En %. Zone Euro. Source BCE

La seconde priorité de la stratégie européenne aura été la poursuite d’une politique de compétitivité, dont l’objectif est de permettre une amélioration de la balance courante de la zone euro (c’est-à-dire du solde des échanges internationaux). Ici encore, les résultats sont là, la balance bat record sur record depuis déjà plusieurs mois et se chiffre en dizaine de milliards d’euros.

Balance courante. Zone Euro. En Millions d’euros. Source BCE

Mais alors pourquoi ? Les déficits reviennent à des niveaux acceptables, la balance courante est positive, il ne devrait alors plus y avoir de problèmes…..

Et c’est là que la comparaison avec les Etats-Unis devient intéressante. Outre Atlantique, les déficits atteignent 4.1% pour 2013, la dette culmine à 103% du PIB et  la balance courante est toujours aussi déficitaire et effrayante à 80 milliards de dollars pour le dernier trimestre 2013. La zone euro est loin devant son concurrent concernant toutes ces mesures pourtant considérées comme cardinales au sein de la zone euro. Pourtant, la croissance américaine est plus forte, et le chômage y est plus de 5 points inférieurs.

Mais ceci est simplement affaire de priorité. Pour la zone euro, la lutte contre les déficits et la lutte pour la compétitivité passent avant toute autre considération. Pour les Etats Unis, c’est croissance, croissance, croissance, c’est à dire l’emploi qui est la priorité. Une stratégie qui a été menée aux Etats Unis par la mise en place de gigantesques plans de relance monétaires. En Europe, rien. L’austérité et rien d’autre. Les résultats sont aujourd’hui visibles par tous. La réalité est que la question du chômage n’est simplement pas la priorité en zone euro. Il ne s’agit que d’un objectif secondaire, voire  accessoire.  Les déficits et la compétitivité d’abord.

Y a-t-il des raisons d’espérer ? Pour le moment non. Eurostat publiait également les chiffres de l’inflation pour le mois de mai en zone euro. Une inflation qui atteint le chiffre alarmant de 0.5%, c’est à dire que la zone s’approche encore et toujours plus près d’une situation de déflation, qui réduirait à néant tous les efforts portés sur le terrain des déficits et de la dette.

Inflation HICP. Zone Euro.

Une situation de déflation que les marchés financiers anticipent de plus en plus. L’évolution des taux d’intérêts en atteste. La chute libre qui s’opère depuis 2011 sur les taux n’est pas que le résultat de l’accalmie entrevue sur les dettes des pays périphériques, elle est également la conséquence de la révision à la baisse des anticipations de croissance et d’inflation par les opérateurs de marché.

Taux d’intérêts à 10 ans. Zone Euro. Source BCE.

La situation devient aujourd’hui si critique qu’elle pourrait être, enfin, une raison d’espérer. Le 5 juin, la Banque centrale européenne se réunira et devrait proposer la mise en place d’un peu de soutien monétaire. Un peu seulement. Les dogmes ont la vie dure.

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