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2022 : Emmanuel Macron plus en danger qu’il n’y paraît ?
©Eric FEFERBERG, Joel SAGET / AFP

Sondages inquiétants

2022 : Emmanuel Macron plus en danger qu’il n’y paraît ?

Selon un sondage Harris Interactive pour le cabinet CommStrat dévoilé en début de semaine, Emmanuel Macron et Marine Le Pen se détachent nettement pour le deuxième tour de l'élection présidentielle de 2022. L'inquiétude demeure pour le chef de l'Etat face à l'hypothèse d'un vote sanction lié à la pandémie de Covid-19.

William Thay

William Thay

William Thay, est Président du Millénaire, think tank spécialisé en politiques publiques, travaillant à la refondation idéologique de la droite.
 
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Un sondage Harris Interactive place Marine Le Pen et Emmanuel Macron devant leurs concurrents pour la prochaine élection présidentielle en 2022. Cependant, si un sondage aussi éloigné de l’échéance ne possède aucune valeur de prédiction, nous pouvons en tirer des enseignements sur l’état de l’opinion et le rapport de force. Le président de la République est ainsi en situation de faiblesse puisqu’il n’a jamais été aussi bas dans les différents sondages sur l’échéance de 2022 depuis son élection en 2017.

Macron entre en phase de baisse

Le rapport de force évalué par le sondage Harris Interactive publié le 24 janvier dernier évolue par rapport à leur précédente enquête du 3 juillet 2020 de façon défavorable au président de la République. Alors que l’été dernier, il était évalué entre 27 et 32% d’intentions de votes, il est désormais jugé entre 23 et 24% d’intentions de votes. Il entre ainsi dans une dynamique négative alors que la crise sanitaire prend un nouveau tournant avec l’apparition de variant, et que la crise économique et social n’a pas atteint son paroxysme.

Le signal d’alerte pour Emmanuel Macron prend d’autant plus d’importance que la baisse d’intentions de votes n’est pas corrélée avec sa baisse de popularité. Le sondage d’Harris Interactive datant de ce weekend et celui de juillet dernier ont ainsi été effectué avec la même courbe de popularité pour le président de la République. En effet, l’institut Ifop avait mesuré un taux d’approbation de 38% en juillet 2020 et de 40% actuellement.

Même si le débat démocratique est gelé depuis un an, nous entrons dans un processus de « dégel » de la cristallisation électorale autour de l’offre politique du « en même temps ». Les électeurs de gauche et de droite plutôt portées sur la candidature d’Emmanuel macron commencent ainsi à revenir dans leur camp d’origine pour espérer une victoire sur leur propre couleur.  Malgré une stabilité de sa courbe de popularité, le président de la République est désormais en phase de baisse avec le processus de clarification des candidatures de gauche et de droite au fur et à mesure que nous avançons vers l’échéance.

Macron possède un noyau dur restreint  

L’électorat potentiel du président demeure volatile, quand il ne s’est pas déjà détourné. Nous pouvons tirer deux enseignements sur le vote macroniste à partir du sondage. D’abord, le président de la République a durablement décroché auprès d’une partie de son électorat provenant de la gauche qui l’avait soutenu à l’élection présidentielle de 2017, mais qui est retourné à gauche lors des dernières élections européennes 2019. Par ailleurs, l’expérience des élections municipales et les sondages sur les prochaines élections régionales démontrent que, de manière similaire, lorsque la droite républicaine était en capacité de l’emporter, les électeurs préféraient gagner sous leur propre couleur plutôt que d’accorder leur suffrage aux candidats de la majorité présidentielle.

Le noyau dur électoral de la majorité présidentielle se retrouve plutôt restreint. La perte de l’électorat de gauche le prive d’une manne électorale importante qu’il ne retrouvera probablement pas en 2022. Cette perte est démontrée par les résultats des élections européennes et municipales ainsi que les différents sondages portant sur l’élection présidentielles. L’électorat provenant de la gauche qui s’est tournée vers Emmanuel Macron en 2017 ne reviendra pas vers lui sauf peut-être avec la possibilité de faire barrage au Rassemblement national. Ainsi, le président de la République n’attire désormais plus que deux tiers de son électorat de 2017 soit une baisse potentielle de 8% d’intention de vote et donc un noyau dur électoral compris entre 16 et 18%.

La stratégie d’Emmanuel Macron de viser l’appui des électeurs de droite montre des premières limites puisqu’il s’agissait d’un soutien conjoncturel. Lors des élections européennes de 2019, Emmanuel Macron a compensé la perte d’électeurs de gauche par l’appui des électeurs de droite qui se sont détournés de la candidature de François-Xavier Bellamy. Cependant, ces électeurs sont retournés dans leur camp d’origine lors des élections municipales de 2020 et vont certainement faire de même lors des élections départementales et régionales de 2021. De plus la comparaison des deux sondages Harris interactive montrent qu’Emmanuel Macron perd petit à petit le soutien des électeurs de François Fillon. En juillet 2020, le président de la République attirait 30% des soutiens de François Fillon face à une candidature de Xavier Bertrand et 33% face à Valérie Pécresse. En Janvier 2021, ce soutien s’est érodé à 21% face aux deux. Cette baisse est d’autant plus inquiétante que la popularité d’Emmanuel Macron auprès des électeurs de François Fillon a un peu augmenté dans cette période (46 % en janvier 2021 contre 42% en juillet 2020).

Emmanuel Macron, réélection impossible ?

Le noyau dur électoral d’Emmanuel Macron étant restreint (entre 16 et 18%), son avenir politique dépend des candidatures de gauche et de droite. Le décrochage d’Emmanuel Macron sur sa gauche libère un espace politique, avec deux forces en une compétition pour la conquête de cet électorat (les verts et le Parti socialiste). Il existe ainsi deux possibilités : soit ces deux partis décident de faire alliance pour optimiser leurs chances de succès soit ils s’affrontent pour marquer l’hégémonie de leur partie de cet électorat. Le choix de l’une ou l’autre solution dépendra de la capacité d’un front commun à accéder au second tour. Il s’agit de la meilleure hypothèse pour Emmanuel Macron puisqu’il pourra invoquer le vote utile de la gauche en sa faveur pour éviter un duel entre la droite et le Rassemblement national. Dans le cas contraire, il aurait sur sa gauche une alternative crédible capable à la fois de prétendre non seulement aux électeurs déçus de la politique du président de la République mais également à son noyau dur électoral possédant une sensibilité de gauche qui n’ont pas encore décroché. Sur les 24% de Français qui ont choisi Emmanuel Macron, près de 14% soit près de 58% sont des anciens électeurs de François Hollande en 2012, le reste étant essentiellement des électeurs de François Bayrou de 2012. Ainsi, la perte d’Emmanuel Macron peut se poursuivre avec l’apparition d’une offre politique adéquate à gauche comme celle d’Anne Hidalgo qui possède une côte de popularité de 33% auprès des sympathisants LREM selon le baromètre politique d’Ipsos de décembre 2020.  

De l’autre côté, le score des deux candidats de la droite testés par Harris Interactive, même s’il n’est pas important, est dans une dynamique positive. Xavier Bertrand et Valérie Pécresse enregistrent ainsi une augmentation de leurs intentions de vote, de 13% à 16% pour le premier et de 12% à 14% pour la seconde. La clarification de l’offre politique de la droite commence à opérer un basculement des électeurs de droite ayant soutenu la liste Loiseau en 2019 vers les candidats de droite. On observe une baisse marquée des intentions de votes des anciens électeurs de François Fillon sur Emmanuel Macron. Le président de la région Hauts-de-France enregistre ainsi une progression de 42% à 56% parmi les anciens électeurs de droite en 2017 tandis que la présidente de la région Ile-de-France connait une progression de 40% à 54% dans cet électorat. Ce mouvement est inquiétant pour Emmanuel Macron parce qu’il y a une similarité de comportement qu’importe l’offre politique de Xavier Bertrand ou de Valérie Pécresse. Il s’agit ainsi d’un mouvement de fond non pas vers une candidature particulière mais un souhait des électeurs de droite de gagner sous leur propre couleur, qui prive le président de la République d’une manne électorale pouvant compenser la perte durable de son électorat de gauche.

Au fur et à mesure que l’échéance présidentielle s’approchera, il est probable que les mouvements de fonds expliquant la réduction d’écarts d’intention de vote s’amplifient. Le président de la République doit faire face désormais à un double front avec les deux grands partis de Gouvernement. Alors qu’il avait réussi à les réduire à une portion électorale limitée lors des trois précédents scrutins électoraux nationaux (présidentielle, législatives, européennes), les deux grands partis peuvent désormais prendre leur revanche pour écarter Emmanuel Macron du second tour.  

William Thay, politologue et président du think-tank Le Millénaire, spécialisé en politiques publiques et portant un projet gaulliste et réformateur au service de la grandeur de la France.

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