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2021 : la droite LR saura-t-elle changer ?
©DOMINIQUE FAGET / AFP

Prospective 2021

2021 : la droite LR saura-t-elle changer ?

L'année sera marquée par les élections départementales et régionales, mais aussi par la nécessité de mettre les partis en ordre de bataille, au plus tard avant la fin de l’année, pour affronter l'élection présidentielle de 2022. Un vrai défi pour Les Républicains.

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009) et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017), le Le dictionnaire des populismes (Cerf 2019) et Le dictionnaire du progressisme (Seuil 2022). 

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Politiquement, l'année 2021 est structurée par deux points de passage obligé : d’une part des élections locales, départementales et régionales, décalées dans le temps en passant de mars à juin pour tenir compte de la crise du coronavirus ; d’autre part, la nécessité de mettre les partis en ordre de bataille, au plus tard avant la fin de l’année, pour affronter l'élection présidentielle de 2022 et, de manière presque secondaire tant elles lui sont maintenant liées, les élections législatives qui suivront.

Un parti d’opposition à ce président qui pourrait tenter de solliciter un second mandat devrait avoir une logique en deux temps, le premier moment préparant le second : faire de ces élections locales un test annonçant le résultat des futures élections nationales, un banc d’essai des thématiques et des leaders. Il est pourtant permis de penser que la droite LR ne va pas se transformer ainsi en six mois en une force de combat, et continuera d’appliquer, comme elle le fait depuis des années (ou des décennies ?), la doctrine de Paul de Gondi, cardinal de Retz, selon laquelle « on ne sort jamais de l’ambiguïté qu’à son détriment ».

D’abord, parce que l’année 2021 restera plombée par cette crise du coronavirus dont on peut tout au plus espérer qu’elle sera temporairement écartée par la combinaison de la vaccination, des résultats du troisième (puis quatrième ? cinquième ?) confinement et d’une météo favorable. Une crise à l’occasion de laquelle la droite LR aura été particulièrement atone dans son ensemble – même si, çà et là, quelques voix ont pu se faire entendre pour mettre en cause certaines mesures attentatoires aux libertés ou le peu de cas que le gouvernement fait du parlement. Il est vrai que les élus LR doivent tenir compte des attentes d’un électorat vieillissant et obsédé par sa sécurité – ici sanitaire. Ce sujet de la crise sanitaire, majeur sur le plan politique par la manière dont il aura été traité, restera donc tabou pour LR.

Quant à l’impact potentiel des élections locales, il est permis de penser que les élus départementaux et régionaux de LR, utilisant la méthode qui a réussi aux municipales de 2020, vont tenir un discours centré sur leur bilan, autrement dit sur les domaines de compétence spécifiques des régions et départements. L’interdiction du cumul des mandats comme l’évolution de la décentralisation font en effet de nos jours d’un président de département ou de région, avant tout, un élu local – ce que l’on pouvait effectivement souhaiter –, et un élu local qui n’a pas nécessairement vocation à avoir une dimension nationale. Cette dernière ne sera en tout cas sans doute qu’à peine évoquée – et pas plus par LREM qui, comme aux municipales, ne devrait pas connaître de succès majeur aux élections de 2021 -, et ne donnera lieu qu’à peu de développements ensuite, quels que soient les résultats de ces élections – et moins encore si, comme lors des municipales de 2020, on y bat des records d’abstention.

Comment dès lors se projeter dans 2022 ? Il est certain qu’Emmanuel Macron va connaître des difficultés : la fin de la crise sanitaire ou, au moins, sa « normalisation », va faire revenir sur le devant de la scène des dossiers passés sous silence et des textes votés en catimini, sans compter les nouvelles réformes que l’hôte de l’Élysée pourrait vouloir faire. À la rentrée de septembre 2021 on aura aussi clairement mesuré l’ampleur des crises économiques et sociales dans lesquelles nous sommes plongés, et les limites de l’usage de la planche à billets. Mais pour qu’émerge une opposition à même de contester l’Élysée en 2022, encore faudrait-il un chef et un programme.

Un chef ? La droite LR n'a toujours aucun ténor capable de l'incarner. Pour prendre quelques uns des noms qui circulent, entre Bruno Retailleau qui n’est pour l’instant qu’un second Fillon, François Baroin qui semble s’être fait porter pâle, Xavier Bertrand qui peine à donner à son personnage une stature de présidentiable, Valérie Pécresse qui attend depuis toujours son heure mais ne fédère guère, et maintenant un Michel Barnier qui a raté la présidence de la Commission et espère que ses « succès » du Brexit lui vaudront un rattrapage en France, on ne sait que choisir… ni, surtout, comment choisir. Faut-il en revenir à ces primaires dont on a pourtant noté combien elles étaient catastrophiques ? Et si oui de quel type ? Internes ? Élargies à « toute la droite » - une notion qu’il conviendrait alors de préciser ? Faut-il plutôt se baser sur les sondages ? Sur un vote des dirigeants ? Personne n’en sait rien, le bureau politique de LR ayant renvoyé le choix après les régionales de 2021.

Pas de chef donc, mais pas plus de programme. Entre souverainistes et européistes, entre gaullistes centralisateurs et centristes décentralisateurs, entre colbertistes et mondialistes, entre entrepreneurs et financiers, le « plus petit dénominateur commun », il est vrai, est effectivement très petit. Ajoutons à cela que LR devrait logiquement présenter un programme d’opposition aux réformes macroniennes, quand les ralliés ex-LR siégeant dans les gouvernements Philippe et Castex ont beau jeu de noter les ressemblances existant entre ces dernières et les vœux anciens de cette droite, que ce soit sur le plan économique ou social. S’insurger alors au nom de la défense des libertés ? Une grande part de leur électorat lui préfère la défense de la sécurité, et certains iraient même s’indigner d’une compromission avec les populistes. Insister alors sur la défense de la sécurité physique et identitaire des Français ? On pincera du nez devant cette « lepénisation des esprits », et s’il est une table qu’une grande partie des élus LR se refuse à seulement envisager de renverser, c’est bien celle de cette doxa politiquement correcte qu’elle partage avec le macronisme.

L’éventuel changement du mode de scrutin des législatives pourrait-il changer la donne ? Mais lequel ? Un peu de proportionnelle ? Beaucoup ? Une proportionnelle intégrale ? Jupiter seul le sait. Les conséquences pourraient être importantes pour une formation divisée depuis toujours en deux blocs, et gaullistes et centristes, pour faire simple, pourraient avoir envie de mener leur vie propre, pariant sur la fragmentation de nos partis dans une dérive très Quatrième république, et sachant qu’il sera toujours temps de conclure des alliances si nécessaire, comme au bon vieux temps du RPR et de l’UDF. Mais il leur faudrait alors clarifier un minimum les choses en termes de programme, et il est permis de penser que, comme après 2017, ce vieux couple qui se hait préfèrera conserver le confort de l’appartement commun en ne divorçant pas.

À quoi bon d’ailleurs ? Pourquoi prendre des coups en sortant de cette ambiguïté vantée par Monsieur le coadjuteur ? Ne vaut-il pas mieux attendre sans trop se manifester la chute éventuelle de la maison Macron, que le Président lui-même a évoquée dans son entretien à Brut en considérant qu’il était possible qu’il ne puisse pas se représenter ? Se dire que les Français pourraient alors à nouveau choisir une alternance apaisée, et donc ne surtout pas être « clivant » pour réunir derrière soi ? Et si, au contraire, le Président réussissait son doublé, qui sait si cette modération ne permettrait pas alors d’être un nouveau ministre d’ouverture ?

Pourtant, les sondages concernant les votes de 2022 montrent bien la lassitude de l’électorat, aussi grande que celle de 2017. Derrière les votes « populistes », « extrémistes », blancs, et l’abstention que décrivent les sondages s’entend la même critique récurrente du divorce entre les élites et la population, et la même demande d’affirmations claires touchant notamment à ces « trois I » qui inquiètent en premier les Français : Insécurité, Immigration et Identité… Mais si certains élus de LR posent de vraies questions d’opposition au macronisme - François-Xavier Bellamy par exemple pour celle de la relation à l’Union européenne, Julien Aubert, notamment, pour l’approche environnementale, ou Philippe Gosselin avec la question de la place du Parlement comme contre-pouvoir - ils ne sont pas – ou pas encore – arrivés à se faire entendre ensemble.

La question reste donc posée : LR sera-t-il ou non en 2021 un parti politique progressiste ? Si oui, il a alors vocation à collaborer avec Emmanuel Macron, devenant simplement l’aile droite de la lutte des forces du Bien contre la bête immonde populisto-complotiste. Si non, il lui faut se rendre compte que la seule alternative au progressisme, comme le dit d’ailleurs volontiers Emmanuel Macron, est le conservatisme. La politique de l’autruche, elle, ne fera en tout cas pas correspondre l’offre politique à la demande, et LR paiera nécessairement de ne pas maîtriser le casting en cours qui a vu se succéder dans les médias mainstream Baroin, Bertrand, de Villiers et maintenant Barnier, en attendant d’autres personnalités dans les mois prochains. D’autres hommes et femmes tous compatibles avec les grands axes progressistes, que ce soit en matière européenne, économique, sociale ou sociétale, mais tous à même de rassurer l’électeur de droite par une pose plastique ou un coup de menton. En ne choisissant ni un programme ni un homme, il ne restera en fait à ce parti qu’à signer le bon à tirer d’un roman politique écrit par d’autres.

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