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2002 : l'année où les hommes politiques français sont devenus
des "people"
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Cette année là

2002 : l'année où les hommes politiques français sont devenus des "people"

Jamil Dakhia explique qu'à l'approche de l'élection présidentielle de 2002, deux phénomènes retiennent l'attention : l’implication des épouses des candidats dans la campagne, et la volonté de plusieurs politiques d’apparaître dans une presse people en plein essor. Extraits de "Les politiques sont-ils des people comme les autres ?" (2/2).

Jamil  Dakhlia

Jamil Dakhlia

Jamil Dakhlia est Président de l'Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris 3, professeur en Sciences de l'information et de la communication, directeur de l'UFR Arts & Médias, Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle et historien et sociologue des médias. Il a notamment écrit "Mythologie de la peopolisation" (2010) et "Politique People" (2008).

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Comment la peopolisation s’inscrit-elle dans le débat français ?

L’examen des journaux d’actualité francophones indique une émergence de l’appellation en 2002, tout d’abord au sens d’investissement du discours people par les responsables politiques ou par leur entourage. Toutes orthographes confondues, la première occurrence relevée provient en effet d’un article du Figaro dans lequel Élisabeth Lévy s’insurge contre les confidences de Sylviane Agacinski, épouse de Lionel Jospin, sur sa vie de couple, à la télévision ou dans la presse féminine : « On est cependant en droit de se demander si cette “pipolisation” par alliance du candidat à la présidence et de quelques autres ne traduit pas une curieuse idée du peuple. Et si celui-ci en avait assez d’être traîné dans les chambres à coucher ? » (« Quand la vie de couple s’invite dans la campagne. Un féminisme à
dormir debout », Le Figaro, 23 mars 2002).

De fait, les années 2001-2002 semblent décisives dans le déclenchement du processus car, à l’approche de l’élection présidentielle, deux phénomènes retiennent l’attention : d’une part, l’implication des épouses des candidats dans la campagne ; d’autre part, la volonté de plusieurs personnages politiques d’apparaître dans une presse people en plein essor.

Le soutien public apporté par les femmes de candidats à leurs conjoints n’a en soi rien d’original sous la Ve République, comme l’a montré Christiane Restier-Melleray. Mais c’est la première fois que des épouses de présidentiables, Bernadette Chirac et Sylviane Agacinski, multiplient les interviews et surtout publient des ouvrages dans lesquels elles livrent des informations sur leur vie de couple. Dans Conversation, son livre d’entretiens avec Patrick de Carolis paru en 2001, l’épouse du président sortant glisse des allusions à peine voilées aux infidélités de son mari, qui ne passent pas inaperçues. Quant à Sylviane Agacinski, l’édition, juste après la défaite de son mari, de son Journal interrompu, suscite,
notamment dans les colonnes du Monde, une polémique sur la « familialisation » de la vie politique et la publicisation du privé.

L’approche de la présidentielle de 2002 semble également encourager les candidats français à promouvoir leur image, en couple ou en famille, plus seulement dans les magazines d’information Paris Match ou VSD, de longue date spécialisés dans la mise en scène officielle de la vie privée des hommes publics, mais aussi, pour la première fois, dans la presse people proprement dite, à commencer par ses titres haut de gamme, Point de vue et surtout Gala. La responsable de son service Informations, Valérie Domain témoigne : « lors des précédentes élections, nous avons été débordés de demandes d’hommes politiques, même d’hommes qui ne se présentaient pas, simplement d’hommes politiques qui avaient envie de se faire connaître […] à travers un reportage un petit peu plus privé [sur]
leurs passions, la façon dont ils vivent… qui ils sont » (déclaration au CNRS, 19 mars 2007).

En 2003 se met en place la deuxième acception du mot « peopolisation », soit l’alignement de l’ensemble des médias sur les formes et les contenus de la presse people. Le 26 février 2003, Le Soir observe en effet que Pierre Péan et Philippe Cohen reprochent dans leur pamphlet contre Le Monde la propension du quotidien « au racolage et à la peopolisation à l’anglo-saxonne de l’information ». L’année suivante, une dépêche AFP confirme la popularisation de ce deuxième sens, en résumant ainsi une étude de Prisma Presse : « Le Monde publie désormais une rubrique quotidienne sur l’actualité des gens célèbres. Tous les “news magazines” (Le Point, L’Express, Le Nouvel Observateur…) cèdent régulièrement aussi à la “peoplisation” de leur “une” » (AFP, 24 juin 2004).


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Extrait de "Les politiques sont-ils des people comme les autres", Éditions Bréal (février 2012)

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