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Province chinoise

17 ans après la rétrocession, la Chine en passe d’avoir la peau de la liberté de Hong Kong

Le 1er juillet 1997, les autorités britanniques cédaient Hong Kong à la Chine. 17 ans plus tard, malgré un statut avantagé comparé aux autres provinces chinoises, il semble que Hong Kong ne soit pas épargné par le gouvernement chinois.

Jean-Luc Domenach

Jean-Luc Domenach

Jean-Luc Domenach est spécialiste de l'Asie. Il a notamment écrit Comprendre la Chine aujourd'hui (207) ou encore Mao, sa cour et ses complots. Derrière les murs rouges (2012).

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Atlantico : Hong Kong a été remis à la Chine par les autorités britanniques le 1er juillet 1997. 17 ans plus tard, que reste-t-il des libertés individuelles dont jouissait Hong Kong avant 1997 ? Comment le vit la population ?

Jean-Luc Domenach : Contrairement aux idées reçues, les libertés individuelles n'ont presque pas été touchées à Hong Kong. Cette place forte financière est probablement LA zone dans le monde chinois qui jouit le plus de libertés individuelles, LA zone où la tradition venue des provinces voisines sont le plus respectées, LA zone où l'argent circule le plus librement. Autant dire que c'est extraordinaire ! Lorsque l'on regardait les documentaires à l'époque lors de la rencontre entre la Chine et le Royaume-Uni pour la rétrocession de Hong Kong, personne ne pensait que la Chine veillerait à ses promesses.

Il y a cependant une chose que Hong Kong ne peut faire seule : élire son chef de l'exécutif. La Chine a veillé à faire en sorte qu'il s'agisse toujours de quelqu'un pro-chinois. De la même façon, la Chine interdit à Hong Kong d'être contre ses mesures politiques. Il est cependant très difficile pour le reste de la Chine de comprendre que Hong Kong puisse prendre une option sans consulter le gouvernement. Ce système est étrange et difficilement imaginable dans le monde occidental : c'est comme si le Luxembourg devait impérativement demander l'accord de l'Allemagne concernant le choix de son chef du gouvernement.

Depuis l'ancienne colonie britannique jouit d'un statut à part. Quel est ce statut ? Quelle marge de manœuvre Hong-Kong a-t-elle de plus que les autres provinces chinoises ?

S'agissant d'un accord entre un pays démocratique et un pays totalitaire, la question est surtout de savoir ce qui est véritablement prévu par la partie la plus puissante, en l'occurrence la Chine. En principe, la Chine voulait conserver l'espace de libertés que représentait Hong Kong. Dans les faits, Pékin a exercé toute une série de coups de pression qui ont amené Hong Kong à se satisfaire d'une situation intermédiaire dans la question de réintégration à la Chine. 

Dimanche 29 juin au soir, de nombreux Hongkongais ont participé à un référendum officieux sur le mode d'élection de son prochain chef exécutif. L'initiative est jugée illégale par Pékin. Comment la Chine renie-t-elle le statut autonome de Hong Kong ?

On ne peut pas dire à proprement parlé que la Chine renie le statut autonome. Elle l'accepte, à condition que cela lui serve. Finalement, le gouvernement chinois n'a presque pas touché aux institutions hongkongaises mises en place lors de la période britannique. La Chine a besoin qu'Hong Kong soit autonome, notamment pour ce qui est de ses opérations financières et monétaires. Par ailleurs, la Chine essaie d'internationaliser sa monnaie, le Yen, en passant prioritairement par Hong Kong.

Hong-Kong pense-t-elle vraiment pouvoir acquérir l'autonomie électorale souhaitée ?

Le système électoral hongkongais ne changera jamais, car le suffrage ne saurait être bien organisé. De plus, il est très difficile de savoir ce que veut la population hongkongaise réellement, du fait de son aspect cosmopolite – on compte en effet bon nombre d'indiens, de britanniques, de catholiques, de musulmans, etc. De plus, beaucoup de jeunes sont peut-être pour la démocratie aujourd'hui et remettront en question cette idée 40 ans plus tard.

Ce qui est sûr en revanche est que Hong Kong ne veut pas que la Chine durcisse sa politique à son égard. A mon avis, Hong Kong est surtout attentive à la situation économique. Si la Chine est d'accord avec le maintien de cette situation, alors la population hongkongaise sera prête à bien des arrangements.

En creux, cette affaire révèle-t-elle un plus large problème d'acceptation de l'autorité centrale en Chine ?

Je suis complètement d'accord. On exagère souvent l'autonomie, voire la dissidence éventuelle de Hong Kong mais en réalité on compte une bonne trentaine d'autres Hong Kong en Chine. Hong Kong ne paraît qu'à peine plus autonome que la province de Canton, mais la province de Canton a elle-même d'autres provinces voisines, qui toutes cherchent à lui "manger les doigts de pied". Le vrai problème en ce qui concerne l'avenir de la Chine n'est pas tant Hong Kong mais toutes les provinces chinoises, qui théoriquement sont dépendantes du gouvernement, mais qui finalement sont indépendantes les unes des autres et sont réticentes à Hong Kong.

Savez-vous que cinq provinces chinoises figureraient parmi les 17-18 pays les plus riches du monde si elles étaient indépendantes ? Ils ont de l'argent, des dirigeants, des moyens, parfois même la main sur l'armée. La province de Canton par exemple est celle qui cherche à impressionner les Japonais, à contrôler les bateaux et à avoir la main mise sur les mers territoriales.

 

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