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Selon un sondage du Figaro, 46 % des Français seulement se déclarent satisfaits de l'action de François Hollande, cent jours après son élection, le 6 mai.
Selon un sondage du Figaro, 46 % des Français seulement se déclarent satisfaits de l'action de François Hollande, cent jours après son élection, le 6 mai.
©Reuters

Doppelgänger

100 jours : derrière la baisse de popularité de Hollande se joue la place de Sarkozy dans l'Histoire de France

Ce mardi marque les 100 premiers jours de la nouvelle présidence. François Hollande entend rompre avec la pratique du pouvoir de son prédécesseur. Mais son manque de volontarisme politique suscite le doute des Français.

David Valence

David Valence

David Valence enseigne l'histoire contemporaine à Sciences-Po Paris depuis 2005. 
Ses recherches portent sur l'histoire de la France depuis 1945, en particulier sous l'angle des rapports entre haute fonction publique et pouvoir politique. 
Témoin engagé de la vie politique de notre pays, il travaille régulièrement avec la Fondation pour l'innovation politique (Fondapol) et a notamment créé, en 2011, le blog Trop Libre, avec l'historien Christophe de Voogd.

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Atlantico : Alors qu'un sondage du Figaro publié ce week-end indique que plus de la moitié des Français doutent de François Hollande et que François Fillon s’en est pris à sa politique étrangère et dénonce son "manque de courage", ce mardi marque les 100 premiers jours à la tête de la France du nouveau président de la République. Le regard critique des Français à son égard est-il le résultat d'une certaine passivité de sa part au pouvoir, à un manque de volontarisme ?

David Valence : Cette expression des "100 jours" est typiquement française : en Espagne par exemple, personne n'a cherché à évaluer l'action du gouvernement après 100 jours seulement, en mars 2012. Or, François Hollande a tout fait pour se soustraire au fameux "bilan des 100 premiers jours". Il a voulu inscrire son action dans une temporalité moins brève, moins volontariste.      

A l’inverse, beaucoup de gouvernants avaient usé de ce leitmotiv des 100 jours pour marquer l'opinion, mais aussi les media. C’était le cas de Nicolas Sarkozy en 2007. Mais communiquer sur des objectifs volontaristes à atteindre en 100 jours n'est pas sans risques ! Devenu Premier ministre en 2005, au lendemain de l'échec du référendum sur le traité constitutionnel européen, Dominique de Villepin avait prétendu "renverser la vapeur" sur le terrain de l’emploi et trouver une réponse au chômage de masse. Cela avait été un échec retentissant, que les média ne s'étaient pas privés de pointer.

Si on cherche absolument une ligne directrice aux 100 premiers jours d'exercice du pouvoir de François Hollande, c'est assurément la thématique de la justice, et notamment de la justice fiscale, qui se dégage. C'est le sens de mesures d’affichage, de mesures symboliques sur la rémunération des ministres ou le salaire d'une dizaine de cadres d'entreprises publiques. Ces mesures ont un impact financier quasiment nul. Elles permettront peut-être de faire accepter au citoyen, par la suite, des mesures beaucoup plus difficiles qui toucheront tous les ménages. 

Un double problème se pose aujourd'hui à la gauche au pouvoir. Elle n'a pas emporté la bataille des idées, même si François Hollande a gagné l'élection. Sur l'insécurité, par exemple, les Français sont très loin de Mme Taubira et plus proches de l'ancien ministre de l'Interieur Claude Gueant. Le second problème est lié au premier, mais à une dimension plus personnelle :  c'est que les citoyens ont l’impression que François Hollande n’est pas complètement "entré dans le costume" de président.

L’antisarkozysme se transformerait-il en une sorte de nostalgie pour l’ancien Président ?

Beaucoup de journalistes ont insisté, pendant la campagne presidentielle, sur le fait que le comportement de François Hollande serait plus en adéquation avec le tempérament profond de la France. Or, d'un certain point de vue, Nicolas Sarkozy flattait une propension très française à croire que le politique peut tout.

L'historien François Furet défendait l'idée que les Français avaient tout parié sur la politique en 1789, et qu’ils aimaient cette illusion selon laquelle la parole politique devenait instantanement action. Bref, qu'en France la parole politique etait une parole "magique". Nicolas Sarkozy a joué à plein de ce registre. À cela s'ajoutait, en 2007, un réel désir de réforme pour retrouver le rang qui était celui de la France.

François Hollande est, à cet égard, le contraire : il fait comprendre que le politique ne peut pas tout. Il symbolise un certain renoncement, ou une certaine honnêteté du pouvoir politique sur sa propre capacité d'agir.

Sur le long terme, les Français prendront cela, soit pour une forme d'impuissance, soit pour un discours de vérité.

 

Peut-on dire que François Hollande marque la fin du politique ?

En tout cas, Francois Hollande a gagné sur une non-promesse politique. C’est la victoire du non-volontarisme sur la "parole magique" de la politique. D’un certain point de vue, c’est moins conforme à la tradition française. Au fond, le paradoxe de sa victoire tient à ce qu'elle ressemble davantage à une réélection qu’à une élection : une victoire sans vraie promesse de lendemains meilleurs.

Vous dites que François Hollande symbolise l'idée que "la politique ne peut pas tout". Cela rappelle la phrase de Lionel Jospin « l’Etat ne peut pas tout ». S’inscrit-il dans les pas de son mentor ?

Pas complètement, il a conservé l’héritage de Sarkozy dans le rapport aux médias : la communication du pouvoir actuel est prodigue en informations, mais c'est une communication très dense sur la modestie du pouvoir !

Lionel Jospin n’avait pas théorisé l'impuissance de l'Etat. Il s'agissait plus d'un cri d’impuissance ponctuel. Dans l’action de Francois Hollande, il y a une volonté d’expliquer que la politique ne peut pas tout. Je le répète : c'est honnête mais risqué !

En vérité, la vraie question qui se pose pour Francois Hollande est celle de savoir quelle sera la place de Nicolas Sarkozy dans l’Histoire nationale. Si cette trace est perenne, et que le volontarisme reste la norme de la parole politique dans l'inconscient des Français, alors très vite il y aura une impopularité massive du pouvoir en place et un retour en grâce de l’ancien président. Si en revanche Nicolas Sarkozy a marqué profondément en négatif le tempérament national, en donnant l’impression que le volontarisme était seulement une agitation, alors il y a fort à parier que le pouvoir pourra continuer sur la ligne qu’il tient aujourd’hui.

Propos recueillis par Aymeric Goetschy

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