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 Lettre d'un sociologue progressiste aux hypocrites des affaires Fillon et Le Pen
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...And justice for all

Lettre d'un sociologue progressiste aux hypocrites des affaires Fillon et Le Pen

Chacun en convient, dans la forme le réquisitoire de François Fillon ainsi que les attaques de Marine Le Pen contre la Justice (comprenons : la magistrature), sont d’une rare violence. Dans le fond, il est tout de même des vérités qu’il faut ici énoncer, même si, chacun en convient encore, toute vérité n’est pas bonne à dire.

Michel Fize

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont La Démocratie familiale (Presses de la Renaissance, 1990), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Jeunesses à l'abandon (Mimésis, 2016), La Crise morale de la France et des Français (Mimésis, 2017). Son dernier livre : De l'abîme à l'espoir (Mimésis, 2021)

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La Justice est indépendante certes mais l’indépendance n’est pas la toute-puissance. Or, qu’observe-t-on ? Tous les pouvoirs de la République, à commencer par l’institution policière,sont  soumis à des contrôles, et même nombreux s’agissant de la police. Une exception, la Justice. Ce n’est pas en effet le palot Conseil supérieur de la Magistrature que l’on peut tenir pour instance de contrôle. Ainsi si les magistrats (parquetiers) peuvent être sanctionnés, ils ne sont pas vraiment contrôlés. Or, une Justice qui n’est contrôlable que par le biais de sanctions ou de promotions de ses membres constitue une anomalie démocratique grave. Une Justice indépendante n’est pas une Justice souveraine au sens absolu de ce terme.

Marine Le Pen et surtout François Fillon disent ne pas avoir été traités comme des justiciables comme les autres. Admettons un instant qu’ils se trompent. S’agissant de la réactivité des instances d’instruction, leur position est plus solide. Moins de huit jours pour être convoqué par les juges s’agissant de M. Fillon, pour des faits remontant, pour les premiers, à plus de vingt ans, une rapide levée d’immunité parlementaire pour Mme Le Pen décidée par une Assemblée s’instituant « cour de justice », pour des faits datant de décembre 2015 (les fameuses vidéos de décapitation d’otages par Daech diffusées sur twitter), décision qui  permet désormais aux juges de Nanterre d’espérer que cette immunité sera aussi levée un jour, sur les faits d’emplois fictifs de ses assistants parlementaires (lesdits juges viennent de re-convoquer l’intéressée qui a décliné à nouveau l’« invitation »).

Question. Si les premiers  faits reprochés à Mme Le Pen sont aussi graves qu’on le dit, que n’ont-ils été jugés plus tôt ? S’ils ne le sont pas, ne pouvaient-ils l’être un peu plus tard ? Les faits reprochés d’emplois fictifs sont eux aussi anciens. Leur examen est-il urgent à présent ?

S’agissant tant de M. Fillon que de Marine Le Pen, y avait-il urgence absolue pour la Justice à intervenir en plein milieu d’une campagne présidentielle les plaçant l’un et l’autre en tête des intentions de vote des Français ? A quel imbécile fera-t-on croire que ces décisions soudaines sont fortuites , que les procédures, d’ordinaire fort lentes pour les justiciables ordinaires, n’ont  été ici accélérées ? Et que dire des réactions de veuves effarouchées, de ces voix vertueuses, de la classe politique, gauche en tête, hurlant à l’atteinte par M. Fillon de la séparation des pouvoirs, de l’indépendance de la Justice, le même se faisant taxer au passage, par Rosanvallon, de « populiste » (mot qui ne veut plus rien dire) ?

J’entends ici les murmures de colère ou d’indignation. Le bon sociologue progressiste, Michel Fize, serait-il soudainement passé dans le camp politique adverse, celui des conservateurs, voire des extrémistes (de droite) ? Serait-il désormais un lepéniste, fut-ce malgré lui ?

C’est n’avoir rien compris à mon propos, qui eut été le même si les mis en cause avaient été des personnes de gauche ou de l’extrême (gauche). L’objectivité, ça compte pour un sociologue, l’esprit de justice aussi pour un citoyen ! Je ne défends ici ni François Fillon ni, moins encore, Marine Le Pen, dont je désapprouve les programmes : ils ont, l’un et l’autre, des avocats pour cela. Je défends seulement la Justice, rien que la Justice, mais la vraie, celle qui sait faire preuve ni d’impatience ni de colère, qui sait garder raison et s’éloigner de toute émotivité dans ses jugements.

On attend de la Justice qu’elle soit sérieuse, maître de son calendrier, sans pression aucune, qu’elle prenne son temps pour étudier correctement ses dossiers. Il ne s’agit évidemment pas de défendre ici quelque « trêve judiciaire » que ce soit – qui serait pour le coup une véritable atteinte à l’indépendance de la Justice, mais de défendre un déroulement équitable de toutes les procédures judiciaires.

Or, les affaires Fillon et Le Pen montrent à l’évidence que, si la Justice n’est plus aux ordres (et c’est tant mieux), elle reste sous influence (et c’est pas tant pis). Mais, après tout, les magistrats sont des citoyens comme les autres. Ils sont de droite, de gauche, du centre ou d’ailleurs, donc professionnellement faillibles, mais ça n’excuse rien, précisément en raison de leur éminent statut qui les oblige à protéger nos libertés et notre égalité devant la loi.

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