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"Le Horla" : une adaptation théâtrale de haute volée, saisissante
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"Le Horla" : une adaptation théâtrale de haute volée, saisissante

C'est à partir de la vision d' un grand voilier blanc, venu du Brésil, remontant calmement la Seine, que le héros de cette adaptation théâtrale nous livre son journal de bord. Il raconte sans fard sa confrontation épisodique et prégnante avec des phénomènes inexplicables qui le pousse à des questionnements et des tentatives d'auto analyse.

Catherine Bonte de Cuniac pour Culture-Tops

Catherine Bonte de Cuniac pour Culture-Tops

Catherine Bonte de Cuniac est chroniqueuse pour le site Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

Voir la bio »

THEATRE

LE HORLA DE MAUPASSANT

avec Florent AUMAITRE

Mise en scène: Slimane Kacioui

INFORMATION

AU THEATRE MICHEL

38 rue des Mathurins

75008 Paris

réservations:  01 42 65 35 02

www..theatre-michel.fr  

mardi et mercredi à 19h

jusqu’au 3 mai 2017

L'AUTEUR 

Henri -René-Guy-Albert  de Maupassant, né en 1850, ami de Gustave Flaubert et d’Emile Zola, se voulait poète ou auteur de tragédie mais c’est plus par ses récits brefs comme Boule de Suif ou des romans comme Une vie et Bel Ami et surtout ses contes fantastiques comme le Horla qu’il connut le succès. 

Passionné par les conférences de Charcot, qu’il suivait à la Salpétrière, et inspiré par ses propres expériences toxicologiques, il renouvelle « le fantastique »,  illustré à l’époque par Edgar Poe et Théophile Gauthier,  en le rendant plus réel par le biais du récit autobiographique. 

Il meurt à 42 ans atteint de syphillis, maladie dont les symptômes ont sûrement influencé son oeuvre.

THEME 

C'est à partir de la vision d' un grand voilier blanc, venu du Brésil, remontant calmement la Seine, que le héros de cette adaptation théâtrale nous livre son journal de bord. Il raconte sans fard sa confrontation épisodique et prégnante avec des phénomènes inexplicables qui le pousse à des questionnements et des tentatives d'auto analyse. 

Entre le réel et l'irréel, la barrière est fragile. L'angoisse va crescendo. Il ressent la présence d'un être invisible  qu' il identifie peu à peu à son double, qui se nourrit de sa vie et l'entraîne à commettre des actions de plus en plus insensées : " une destruction prématurée". 

Cet ennemi invisible, intrusif et destructeur, devient peu à peu dans son esprit  un être surnaturel qui devrait supplanter l'homme pour en faire son esclave.

Pour lui échapper il veut le détruire en mettant le feu à sa propre maison, mais l'issue fatale lui parait être, inexorablement, le suicide.

Guy de Maupassant écrira : " vous verrez que tous les journaux diront que je suis fou. C'est une œuvre d'imagination qui frappera le lecteur et lui fera passer plus d'un frisson dans le dos car c'est étrange ".

POINTS FORTS

C’est la 300ème représentation de ce texte qui a été joué à guichet fermé au festival d’Avignon, puis aux Funambules Montmartre et au Petit Hebertot, Un parcours mérité, à ne pas laisser passer.

La mise en scène, exemplaire de sobriété, presque minimaliste, de l'excellent Slimane Kacioui, met  volontairement l’accent , avec le parti pris d’une pièce tendue de noir, sur le huit clos intérieur de cet homme.

Cette obscurité est uniquement  modulée par les changements de lumière qui soulignent les différentes  phases de cette lente descente aux enfers. Une déconstruction progressive, faite de haut et de bas, entre ombre et lumière. et entrée et sortie du comédien qui impose un rythme, comme des paliers. 

Florent Aumaitre, possédé par ce texte,  nous entraîne, avec brio,  dans ce tourbillon d’interrogations, de doutes, d’angoisses palpables et de possession irrémédiable. Il habite littéralement, avec ce qu’il faut de légèreté et de violence,  cet homme qui bascule sous nos yeux dans la folie ou plutôt qui sombre dans la schizophrénie. Il se délecte  de cette langue vivante et fluide dont il joue avec délectation. On est comme suspendu, pris, par ce drame qui se joue entre normalité et folie incendiaire de sa propre vie.

C’est un passage sans faute de l’écrit à l’oral que nous livre Florent Aumaitre.  Sa présence, sa diction, son  jeu mettent en lumière toute la poésie de la langue de Maupassant. Quel plaisir que d’écouter son enchantement quand il parle la nature, le côté épicurien des plaisirs décrits avec gourmandise. Il arrive même à nous faire sourire si ce n’est rire, Puis, sans transition,  le suspens, l’inquiétude, l’angoisse, la peur liée à la description de phénomènes irréels et troublants auxquels on assiste impuissants et troublés..

Tout est mis en oeuvre, la sobriété de la mise en scène et le talent habité de Florent Aumaître, pour que l ‘on soit entrainé, dérangé, malmené par ce récit sous forme de journal intime qui nous laisse vidé et  plein de questionnement.  Si l’on est dans le fantastique on en n’ est pas moins dans une démonstration en temps réel  de la force destructrice, perverse et inéluctable, qui n’empêche pas des moments de lucidité et de normalité, typique de la schizophrénie.  

POINTS FAIBLES 

Je n’ai pas eu le temps d’en voir !

EN DEUX MOTS 

Un exercice de haute volée, pour ce seul en scène de Florent Aumaître  qui offre une adaptation théâtrale saisissante. Une mise en lumière hallucinante, dans cette oeuvre pionnière du ‘conte fantastique’, proche du thriller,  de la hantise de ce double, cet être nouveau,  qui poursuivait l’auteur. Un mal héréditaire dont il était peut être atteint et qui explique tout son combat et son angoisse intérieure, qui l’entrainera irrémédiablement vers la mort.

UN EXTRAIT

Ou plutôt deux:

- poétique : «  Mais, direz vous, le papillon ! une fleur qui vole ! »

- angoissant: " Ah ah , je me rappelle, je me rappelle le beau trois mats brésiliens qui passa sous mes fenêtres…je le trouvai si joli, si blanc, si gai !. L’Etre était dessus, venant delà bas, où sa race était née ! Et il m’a vu ! Il a vu ma demeure blanche aussi; et il a sauté du navire sur la rive. Oh mon Dieu ! A présent je sais , je devine. Le règne de l’homme est fini " 

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