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"La frivolité est une affaire sérieuse" de Frédéric Beigbeder : Fred, tu ne serais pas un peu schizo?
©LOIC VENANCE / AFP

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"La frivolité est une affaire sérieuse" de Frédéric Beigbeder : Fred, tu ne serais pas un peu schizo?

Frédéric Beigbeder a un talent rare: celui de se rendre surtout attachant, auprès de beaucoup, par la gestion de ses travers. A part cela, c'est un peu le Jean d'O des bobos, plusieurs crans en dessous.

Jean-Marie  Halmenschlager

Jean-Marie Halmenschlager

Jean-Marie Halmenschlager est chroniqueur pour le site Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.). 
 
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LU PAR JEAN-MARIE HALMENSCHLAGER

 

LIVRE

LA FRIVOLITE EST UNE AFFAIRE SERIEUSE de Frédéric Beigbeder

Ed. de l’Observatoire - 382 pages - 20 euros

 

RECOMMANDATION

BON

 

THEME

En 99 essais étalés sur quelques années ( 99, parce que ce chiffre lui a porté chance pour un livre à succès ) Beigbeder décrit, en le tournant en dérision, ce monde auquel il appartient et dont il sait si bien tirer profit. Frivolité et désinvolture d’une part, sérieux et gravité des réflexions d’autre part, deux attitudes en apparence contradictoires, se confrontent dans ce livre en un discours pour le moins paradoxal voire schizo.

Paradoxe qui s’amplifie à partir de 2015 et des attentats terroristes. Il y a un avant et un après 2015: après Charlie et le Bataclan il faut encore plus être de la fête car “s’amuser quand tout s’écroule reste la plus profonde chose à faire”.

 

POINTS FORTS

Fred, j’aime bien:

-Le thème de base de ton livre, même s’il comporte une énorme contradiction: la légèreté comme combat.

-La structure de chaque essai est bien pensée: la première phrase accroche le lecteur, phrase choc simple et originale, et la dernière étonne par la chute ou la pirouette. Et entre les deux, tu te débrouilles pour alléger au max.

-On s’ennuie rarement avec toi. Je souris parfois, je ris souvent. Le sérieux et l’ennui, son ombre, font finalement bon ménage chez toi.

-Tu possèdes bien tes classiques et les contemporains sont tes potes. Quand tu parles d’un écrivain, d’un musicien, d’un artiste, on sent qu’il a bu des coups avec toi.Ton amour des mots, et surtout des bons mots, défendent bien la littérature.

-Et enfin tu passes aux aveux et tu nous confies que tu n’es pas innocent mais un “écrivain imparfait qui a fait des choses illégales voire amorales”...et on te pardonne facilement.

 

POINTS FAIBLES

Monsieur Beigbeder,vous m’agacez quand même par:

-Votre Personnage

Ecrivain germanopratin, autocentré, narcissique, nombriliste, branché fashion, snob, mondain, intello-déconneur, homofestivus, roi de la teuf, hédoniste décadent, déconneur irresponsable, plaisantin noctambule incapable de faire du mal à autre chose qu’à ses narines, imposteur...Je vous cite et j’en passe.Ce personnage, qui est l’auteur, est bien difficile à séparer de son texte.

-Certains Essais sont d’une nullité affligeante.Je ne m’attarderai pas sur votre éloge de Rihanna ou du Cybersex par exemple, digne de Gala ou de Closer. Retenue, réserve, pudeur...connait pas!

 

EN DEUX MOTS

Plaisant et Agaçant.

Un ado (attardé) est terriblement énervant et en même temps tellement attachant.

Beigbeder pousse ici au maximum le mélange des genres et tente de montrer que, dans le même livre, on peut à la fois faire réfléchir et faire rire. Et toute son ambiguïté et tout son charme sont dans cette autobiographie intégrant des réflexions qui ne sont pas forcément des concepts à noeuds papillons mais aussi des rigolades, déconnades et bonnes blagues.

“La littérature est elle soluble dans le bling-bling?”Oui, bien sûr, rien n’est assez sérieux pour qu’on ne s’en amuse pas. Mais comme dirait Baudrillart: “Que faire après l’orgie?”

 

UN EXTRAIT

Ou plutôt deux:

-Page 234 “Je me suis vautré avec délice et insolence dans la décadence libertaire post-soixante-huitarde jusqu’à devenir pour certains le symbole le plus putride.”

-Page 337 “Il est temps que cela se sache:je ne suis pas qu’un fêtard consumériste. Je veux le beurre (l’hédonisme matérialiste) et l’argent du beurre (l’héroïsme altruiste)...J’ai pris la décision qui fait de moi un militant engagé: Save the Nipple. Sauvez les seins."

 

L’AUTEUR

Essayiste, romancier, critique littéraire et réalisateur, Frédéric Beigbeder a obtenu en 2003 le Prix Interallié pour Windows on the world et en 2005 le Prix Renaudot pour Un Roman Français. Il a également fait paraitre dès 1990 Mémoires d’un jeune homme dérangé, puis L’amour dure trois ans, 99 francs, L’égoïste romantique, Au secours pardon, Oona et Salinger, Conversations d’un enfant du siècle

 

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