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"L'homme surnuméraire" : De la liberté d'esprit, du talent, mais la construction est artificielle
©Theatredepoche-montparnasse.com / @ Brigitte Enguérand

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"L'homme surnuméraire" : De la liberté d'esprit, du talent, mais la construction est artificielle

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Laroque Latour est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.

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LIVRE

L’HOMME SURNUMERAIRE de Patrice Jean. Ed.Rue Fromentin, 275 p, 20.00 €

RECOMMANDATION

BON

THEME

Après vingt ans de mariage, Serge Le Chenadec, agent immobilier, père de deux adolescents,  bon mari, bon père, se voit brutalement rejeté par son épouse, Claire, qui a pris conscience des insuffisances de son conjoint au contact d’un couple anglais d’un milieu supérieur au sien.

 En parallèle, Clément Artois, chômeur satisfait, écrivain à ses heures et lecteur impénitent qui vit aux crochets de Lise, une riche et brillante universitaire, se voit proposer par une maison d’édition de « nettoyer »  les auteurs  classiques  pour les mettre en conformité avec l’humanisme ambiant et l’idée de la vertu que se font les nouveaux censeurs (emploi qui n’est pas sans rappeler celui de Winston Smith dans 1984).

POINTS FORTS

1 - Une partie jubilatoire qui piétine joyeusement les clichés du  néo-féminisme victimaire portés par les magazines (et  relayés par  les  bonnes copines de service) sur la nécessité du  « développement personnel » de la femme et  pointe en filigrane la montée du matriarcat dans une société où l’androphobie  est au goût du jour.

2 - Une satire bien venue des milieux universitaires et de la stérilité des exégètes, cuistres pompeux  qui assèchent la littérature sous prétexte de l’analyser : « Alors que le romancier s’affronte au monde (…), l’universitaire, lui, se confronte aux livres qui parlent du monde (…) Ce n’est pas la même chose. » (p. 81)

3 – La diatribe sur les milieux de l’édition et leurs priorités commerciales : Après épuration, «Voyage au bout de la nuit » est réduit à une plaquette de 40 pages, d’où le terme de  « céliner »  adopté par Clément Artois pour définir le rôle du correcteur chargé de rendre lisible par tous  une nouvelle collection très rentable.

4 -  La virtuosité de Patrice Jean, capable d’adapter son style aux différents narrateurs à qui il prête sa plume :

- Horlaville, auteur des quatre chapitres titrés « l’homme surnuméraire » s’exprime dans une langue d’une perfection classique où ne manque pas un subjonctif… sauf dans « l’ultime dénouement », plus proche du Houellebecq des  Particules élémentaires que du Flaubert de Madame Bovary (mais c’est le récit qui veut ça).

-  Clément Artois, signataire des trois chapitres sur la  littérature critique universitaire et humaniste adopte plutôt le ton d’un Hussard  avec la légèreté, l’humour et le cynisme qui caractérisèrent cette école de pensée.

-  Deux autres « auteurs » interviennent également :

. Etienne Weil, directeur de collection sans illusions, rédige une courte note socio-philosophique qui n’ajoute pas grand-chose  à l’intrigue (sinon un échange  hilarant avec un plumitif bien-pensant) mais révèle sans doute une vraie proximité avec Patrice Jean.

. Léa Lili, enfin, auteur(e)-maison, est chargée de raconter l’abandon de Claire à son nouvel amour dans un style exalté et narcissique, quintessence réjouissante du pire dont peuvent être capables nos écrivain(e)s contemporaines (phrases courtes et répétitives,  prétention enrobée de fausse simplicité)

POINTS FAIBLES

1 – La composition : Une mise en abîme particulièrement compliquée et parfois mal maîtrisée qui  peut dérouter le lecteur …Une table des matières manque cruellement.

2 - Des longueurs ;  le personnage de Chantal, antithèse de la féministe, censée incarner l’oubli de soi et la « sexualité de compassion » m’a, pour ma part, un peu ennuyée.

3 – L’absence de fin, même si elle est voulue puisqu’elle ouvre sur tous les possibles, est un peu frustrante.

EN DEUX MOTS

Trop, c’est trop ; Traiter dans un  même ouvrage deux thèmes forts qui auraient pu faire chacun l’objet d’un roman à part entière (en entremêlant de façon aléatoire des formes très différentes)  relève, pour moi, d’une démarche artificielle qui m’a gênée. Pourtant,  la liberté d’esprit et  le talent sont indéniables.

UN EXTRAIT

Ou plutôt deux:

1 –La scène se situe au début d’un cours sur "L'homme surnuméraire" à l'université de Caen. p. 75

« Tout le monde n'avait pas lu, loin s'en fallait, le roman dont il allait être question... "Vraiment pas terrible ... Je me demande pourquoi Corvec nous a demandé de lire ce bouquin", confia une grande brune, tout en agrippant la lanière de sa sacoche en daim. "Oui, tu peux le dire, c'est chiant!", répondit en écho un jeune homme à la barbe brune et au pull-over bleu. "Eh, tu pourras me le passer?", demanda une jolie blonde en robe tunique à un ténébreux tout de noir vêtu. "J'ai pas voulu l'acheter car Bastien m'a dit que c'était un livre réac', et moi je ne marche pas dans ce genre de combines ... »

2 - Plus, pour la route, un petit aperçu d’un entretien de Patrice Jean avec Eugénie Bastié dans le Figarovox du 29 septembre dernier :

« Qu'un écrivain puisse être en paix avec son temps me paraît vraiment curieux. Il aurait mieux fait de devenir coiffeur ou rappeur »

L’AUTEUR

Né à Nantes en 1966, Patrice Jean vit au cœur des marais salants de Guérande et enseigne le français au lycée de Saint-Nazaire. « L’homme surnuméraire » est son quatrième roman.

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