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L'espion qui fonda la CIA
©Capture d'écran / Amazon

Bonnes Feuilles

L'espion qui fonda la CIA

La maison d'édition "Perrin" publie Histoire de la CIA de John Prados. Extrait 1/2

Lorsque la Seconde Guerre mondiale s’achève, le monde est sens dessus dessous. Berlin n’est plus qu’un tas de ruines fumantes. Les usines et les villes japonaises et allemandes ont été anéanties sous des tapis de bombes ou carbonisées par des plaquettes incendiaires. Deux bombes atomiques ont été larguées. Henry Morgenthau, le secrétaire américain du Trésor, a dans l’idée, pour punir l’Allemagne, de la réduire à une économie pastorale. Même si des têtes plus raisonnables l’ont emporté, la réalité n’est finalement pas si éloignée que ça. Les conquérants soviétiques, désireux de reconstruire l’économie de leur pays dévasté par la guerre, s’emparent d’une bonne partie de l’industrie allemande qui a survécu aux bombardements. L’Allemagne en est réduite à une économie de survie, où les vainqueurs distribuent des cigarettes, des bas de nylon, des vêtements, du bois et d’autres choses qui peuvent permettre de passer l’hiver ou la nuit. L’Italie est elle aussi dévastée et les vainqueurs ne sont finalement guère mieux lotis : la Grande-Bretagne et la France vivent toujours sous le régime du rationnement ; la Russie a perdu entre 18 et 31 millions de ses habitants.

Et tout cela n’est presque rien face à un nouveau danger : les armées soviétiques se trouvent désormais aux frontières de l’Europe de l’Ouest, loin des limites de la Russie, occupant une vaste zone protectrice et ne laissant aux Occidentaux qu’une portion congrue. Les Soviétiques ont absorbé les pays Baltes, une partie de la Pologne, de l’Allemagne, de la Hongrie et de la Roumanie. Ils attribuent des portions de territoire allemand à la Pologne, des terres roumaines à la Hongrie. Des habitants d’origine allemande y voient leurs biens saisis et sont expulsés, comme dans les Sudètes. D’autres Européens de l’Est fuient les Soviétiques. Ces « personnes déplacées » (PD), selon l’acception en vigueur, forment une colossale migration humaine comparable à celle des réfugiés du Moyen-Orient qui ont récemment fui les terribles guerres ensanglantant la région depuis le début des années 2010. Rien qu’en 1945‑1946, on dénombre plus de 14 millions de personnes déplacées, dont environ la moitié proviennent d’anciennes terres allemandes annexées par la Pologne ou la Russie. Si certains trouvent à s’établir quelque part, d’autres se morfondent dans les camps, dans les diverses zones d’occupation de l’Allemagne et de l’Autriche. Et, comme on pouvait s’y attendre, des agents soviétiques profitent de ces mouvements et du chaos qui en résulte pour pénétrer en Occident. L’élimination des espions soviétiques devient, dès lors, une préoccupation. Les « personnes déplacées » forment également un vivier dans lequel les services de renseignement vont puiser pour envoyer des agents espionner l’Est.

La dénazification constitue un autre sujet délicat. Les puissances alliées ont arrêté d’anciens dirigeants nazis et les poursuivent pour crimes de guerre. (En Extrême-Orient, des Japonais sont également appréhendés – certains pour avoir pratiqué des simulations de noyade.) Des nazis de moindre envergure se retrouvent exclus des postes de responsabilité dans l’administration, ne peuvent obtenir de permis de travail ou sont tout simplement ostracisés. Cette situation pose plusieurs problèmes dans le domaine du renseignement. Si, en effet, les services de sécurité traquent les criminels de guerre pour les appréhender, ils souhaitent également recruter des scientifiques, des ingénieurs et autres personnes possédant des compétences particulières. Démontrer que certains d’entre eux ne se sont pas compromis avec le régime nazi va ainsi revêtir une importance cruciale. De fait, les programmes de missiles guidés américains et soviétiques vont être lancés par des scientifiques allemands.

C’est alors qu’Allen Dulles entre en scène. Au moment où la, guerre se termine, ce dernier se trouve à Berne. Un par un, ses meilleurs agents, à commencer par Tracy Barnes, rentrent chez eux. Lui espère devenir chef de l’OSS pour l’Europe, mais le général Donovan le nomme à la tête d’une nouvelle mission en Allemagne : la création d’une unité de recrutement de scientifiques. Dulles arrive à Berlin six semaines après la capitulation allemande, visite ce qui reste des lieux où il avait ses habitudes avant la guerre et s’installe au Henkel, une ancienne cave viticole près de Wiesbaden. Des succursales de la mission sont établies à Francfort, Munich et Berlin.

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