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"L'affranchie" : un film aussi culotté qu'inspiré
©Musee-orsay.fr

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"L'affranchie" : un film aussi culotté qu'inspiré

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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CINEMA
L’AFFRANCHIE 
Italie. Couleur. Drame de Marco Danieli. Avec Sara Serraiocco, Michele Riondino, Marco Leonardi, Stefania Montorsi, Lucia Mascino, Pippo Delbono
 
THÈME
Témoin de Jéhovah, Giulia Castronovo, 19 ans, doit affronter les sarcasmes  de ses camarades lycéens comme ceux des gens qu’elle tente de convertir. Lucia, sa prof de maths, l’invite à s’inscrire aux Olympiades mathématiques, discipline qu’elle survole de son intelligence. Mais, à la demande de son père qu’elle adore, Giulia renonce pour travailler dans la fabrique de meubles de la secte. 
Lors d’une mission “d’évangélisation”, elle rencontre Libero Renzoni, tout juste sorti de prison pour trafic de stupéfiants. Elle le fait embaucher dans la fabrique de meubles. 
Au fil des jours, attirés l’un vers l’autre, ils se rencontrent en secret, Giulia craignant d’être vue et excommuniée…
 
POINTS FORTS
Pour son premier long métrage sur un sujet par “essence” casse-gueule, Marco Danieli tisse avec son scénariste Antonio Manca une ode à la “Liberté de Penser” imprégnée de la même délicatesse que celle avec laquelle Peter Weir avait signé son magnifique Witness sur les Amishes (1985).
 
A travers ce véritable récit initiatique et quasiment féministe, à la narration des plus simple, ayant un authentique point de vue sans être jamais moralisant, il nous rappelle que s’émanciper c’est se libérer de tout modèle : familial, amoureux, politique, etc. Non pour rompre avec lui ou en faire son adversaire (par simple jeu d’attitude inversé) mais par la capacité à l’aimer sans se diluer en lui. Ce qui est valable aussi bien à l’intérieur d’un groupe qu’en amour.
 
Le réalisateur réussit à merveille son pari alors que les pistes ouvertes sont à multiples bandes : Giulia (magnifique Sara Serraiocco !) doit apprendre à devenir elle-même dans un groupe, qui, se croyant unique, se tient à l’écart du monde… tout en intégrant ce monde sans se perdre et en sachant qu’elle n’a aucune chance de conserver un lien entre les deux.  Le tout à travers une relation amoureuse avec un être marginal !
 
Sur ce chemin de mue et de douleur où les lumières sont à l’aune de son cheminement, alternant les bleus froids et les tons chauds selon le sentiment à retenir de la séquence, il n’est jusqu’aux noms des personnages servant de repères à Giuilia qui ne soient astucieusement et très finement choisis. En effet, elle est fille de Celestino (le ciel) et de Costanza (la persévérance), va affronter les épreuves entre Libero (la liberté) et sa professeure Lucia (la lumière) pour finir par se réfugier auprès de Serena (Sereine), une ex adepte excommuniée. Sauf que ce n’est jamais mis en avant donc jamais démonstratif. On peut même passer à côté de ce détail sans que ça nuise pour autant au plaisir de suivre ce film...
 
De la même façon, Libero, force terrienne, charnelle et sexuelle, ainsi que le symbolise son boa apprivoisé, en quête d’amour et Giulia, pleine de sa spiritualité mais en recherche de ses désirs humains, vont découvrir que l’envie et le plaire ne sont pas le Désir et l’Amour, que ce dernier passe par le don et la responsabilité et que, contrairement à ce qu’indique la banderole surplombant l’Assemblée des Témoins de Jéhovah, il n’y a pas qu’une seule voie qui conduise à la Vie.
 
Ainsi,  profondément spirituelle, cette initiation “à l’envers”  - puisqu’il s’agit oour Guilia de passer d’un monde se croyant élu à celui considéré comme profane - renvoie dos-à-dos ces deux univers mus par le même besoin d’addiction : la Foi d’un côté, la drogue de l’autre. Avec le sexe comme facteur de rupture.
 
POINTS FAIBLES
Etre réfractaire au thème et à l’atmosphère y prévalant.
 
EN DEUX MOTS
“L’identité, la construction de la personnalité, le rapport entre les individus et la collectivité sont des thèmes qui m’ont toujours intéressé et il m’a semblé que l’orthodoxie religieuse était un contexte idéal pour les approfondir, car la manifestation de la volonté individuelle ne peut que s’opposer, inévitablement, aux superstructures éthiques et à la pensée de toute communauté. C’est pourquoi, même si mon film est centré sur une histoire d’amour complexe et passionnée, je pense qu’il s’agit avant tout d’un récit de formation et non d’un film romantique.” Marco Danieli.
Comme indiqué supra, ce pari est parfaitement tenu et, nous insistons, au moyen d’un récit très simple, linéaire et jamais militant.
 
UN EXTRAIT
Ou plutôt deux:
“- La famille est une organisation. Elle a besoin d’un chef.” (Costanza à sa fille Giuilia)
“- Les mauvaises compagnies gâtent les bonnes habitudes” (Le chef de la Secte).
 
L’AUTEUR
Né en 1976 et vivant à Rome, Marco Danieli travaille comme réalisateur, auteur et monteur sur des documentaires et pour la télévision tout en menant une activité de cinéaste indépendant. En 2007, il obtient le diplôme de réalisation de l’Ecole nationale de Cinéma de Rome. Ses courts-métrages sont projetés dans plusieurs festivals internationaux, comme la Mostra de Venise et le Tau Film Festival de Tel Aviv. Depuis 2011, il enseigne la réalisation à l’Ecole nationale de Cinéma, dans le cours dirigé par Daniele Luchetti (les formidables et très politiques Domani, domani en 1988 et Le porteur de serviette en 1991). L’Affranchie (La Ragazza del Mondo)  est son premier long-métrage de fiction.
 

RECOMMANDATION : EXCELLENT

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