(Encore un) Recul face à la Russie : l’Europe, bien partie pour abandonner Mikheïl Saakachvili ? | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Europe
Le président géorgien Mikheil Saakachvili lors d'une réunion à Tbilissi le 11 décembre 2008.
Le président géorgien Mikheil Saakachvili lors d'une réunion à Tbilissi le 11 décembre 2008.
©IRACLI GEDENIDZE / PISCINE / AFP

Pouvoir réel de l'UE ?

(Encore un) Recul face à la Russie : l’Europe, bien partie pour abandonner Mikheïl Saakachvili ?

Enfermé depuis début octobre en Géorgie, l’ancien président géorgien Mikheïl Saakachvili a débuté une grève de la faim. Comment expliquer que l’Union européenne n’intervienne pas ?

Florent Parmentier

Florent Parmentier

Florent Parmentier est enseignant à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié La Moldavie à la croisée des mondes (avec Josette Durrieu) ainsi que Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

 

Voir la bio »

Atlantico : L’ancien président géorgien Mikheïl Saakachvili est enfermé depuis début octobre en Géorgie, où il est revenu après plusieurs années d'exil. Il a débuté une grève de la faim. Comment expliquer que l’Union européenne n’intervienne pas ?

Florent Parmentier : Il faut commencer par rappeler les faits. Troisième président géorgien, ayant accédé au pouvoir après la révolution des Roses (2004), Mikheïl Saakashvili est connu pour son tempérament énergique, qui lui a valu de sourdes oppositions, en Géorgie même et chez le voisin russe. Après la perte du pouvoir en 2013, il s’est relancé dans une nouvelle vie politique en Ukraine : entre 2015 et 2016, il exerce des fonctions de gouverneur de l’oblast d’Odessa, en charge notamment de lutter contre la corruption.

Enfermé à son retour en Géorgie début octobre, il a commencé une grève de la faim, ce qui a amené une détérioration de son état de santé. Ses avocats souhaitent qu’il soit transféré dans un établissement médical adapté. C’est à ce titre que l’on dresse la comparaison avec Alexei Navalny.

Cependant, les Européens font face à des interrogations : faut-il prendre le risque de s’ingérer dans les affaires intérieures d’un Etat ? Est-ce légitime et efficace dans ce cas précis ? Quelle est la nature des faits reprochés à Mikheïl Saakashvili ?

Doit-on s’attendre à ce qu’elle le laisse à son sort ? Que pourrait faire l’Europe ?

Dans un premier temps, un certain nombre d’hommes et de femmes politiques ont déjà pris position en faveur de Mikheïl Saakashvili, le plus souvent dans le camp conservateur, incluant notamment l’ancien président ukrainien Viktor Iouchtchenko, l’ancien président letton Valdis Zatlers, et de nombreux eurodéputés. Le motif de critique était connu d’avance : l’absence d’indépendance de la justice en Géorgie. La polarisation de la société, l’intimidation des opposants (politiques, journalistes, activistes) et la limitation de leur espace d’expression font également partie des critiques européennes.

À Lire Aussi

Tensions sur les démocraties : le monde libre ne cesse de se rétrécir

L’Europe n’a pas besoin de se limiter à un magistère moral. En effet, la Géorgie fait partie, avec la Moldavie et l’Ukraine, des Etats avec lesquels l’Union européenne entretient les liens les plus étroits. Attention toutefois à bien penser les politiques de sanction : la menace des sanctions est parfois plus efficace que les sanctions elles-mêmes. Surtout, elle doit montrer qu’elle ne soutient pas un homme, mais des procédures de justice.

Dans quelle mesure faut-il voir dans l’attitude européenne un nouveau recul face à la Russie ? L’UE serait-elle plus prompte à agir sans la pression russe ?

Il est difficile de parler d’un recul face à la Russie ici. Il serait plus exact de dire que Saakashvili, au moment de la Révolution des Roses, n’était pas rejeté par la Russie, qui se méfiait davantage de l’ancien président Chevardnadze. Mais, assez rapidement, la volonté de Saakashvili de s’aligner sur les Etats-Unis, d’embrasser un discours anti-russe et de récupérer les territoires séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ont fortement déplu à la Russie. Vladimir Poutine voue une hostilité profonde à l’ancien président géorgien.

Toutefois, Saakashvili n’est pas condamné par la Russie, mais par le système géorgien lui-même. Présenté cela comme une concession des Européens aux Russes est donc un raccourci. Il y a sans doute une part d’indifférence du côté des Européens, en dépit des manifestations importantes à Tbilissi, et une sous-estimation de l’influence russe à Tbilissi, dans la mesure où cette influence se fait de manière souterraine.

À Lire Aussi

L’Europe face au piège des loups guerriers de la diplomatie chinoise

Comme le souligne un article d’Eurointelligence, Saakachvili va-t-il devenir le prochain Navalny ? 

Il y a des points communs et des différences notables entre les deux cas. Bien sûr, les deux sont emprisonnés, par un système judiciaire considéré comme inégal et politisé, et ont effectué une grève de la faim.

Ces différences sont également importantes. L’un est un ancien président, a vécu 8 ans à l’étranger, est enfermé en Géorgie. L’autre a été candidat, a été empoisonné par le pouvoir mais est revenu à Moscou en dépit du risque d’enfermement, et reste dans une prison. Navalny n’a pas exercé le pouvoir, et n’a donc pas été exposé aux accusations d’autoritarisme comme Saakashvili. Les deux cas ne sont pas totalement assimilables.

À Lire Aussi

La France, si souvent seule face à la Turquie

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !