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"Babylon Berlin" de Tom Tykwer, Achim von Borries et Hendryk Hongloegten : une série inventive, portée par le duo RR, qui mérite bien ses initiales BB

"Babylon Berlin" est une série de Tom Tykwer, Achim von Borries et Hendryk Hongloegten. Les trois saisons sont accessibles sur Canal + et My Canal.

Jean Ruhlmann

Jean Ruhlmann

Jean Ruhlmann est historien et maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Lille III et à Sciences Po Paris. Il est également l'auteur de Ni bourgeois Ni prolétaires. La Défense des classes moyennes en France au XXe siècle (Seuil, 2001).

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"Babylon Berlin" de Tom Tykwer, Achim von Borries et Hendryk Hongloegten

sur mycanal / 3 saisons depuis 2017, de 8 à 12 épisodes de 45 mn chaque.
Avec Volker Bruch (Gereon Rath), Liv Lisa Fries (Lotte Ritter)

RECOMMANDATION 
Excellent

THEME
 • Dans le Berlin de la fin des années 1920, l’on suit les enquêtes du commissaire Gereon Rath, un policier abîmé par la Première Guerre mondiale, qui s’adjoint les services de Charlotte Ritter, une jeune femme du peuple qui fait tout pour fuir la condition de demi-mondaine qui lui semble promise.

• Les deux R (Rath et Ritter) tentent de démêler les fils d’intrigues entrecroisées, où se mêlent affaires criminelles, complots politiques et grandes manœuvres militaires.

POINTS FORTS
 • Cette série allemande, qui n’a pas lésiné sur les moyens, parvient à restituer l’atmosphère de la République de Weimar (1919-1933) à la veille du krach boursier de 1929 qui, de proche en proche, portera le coup de grâce au régime et à une économie tout juste relevée des conséquences de la défaite de 1918 (hyperinflation de 1919-1923).

• Babylon Berlin montre bien les contrastes sociaux vertigineux entre des milieux favorisés – les « ventres dorés » multiplient les fêtes insensées et fréquentent des cabarets aux spectacles délirants et délurés – et le Berlin ouvrier et misérable des « ventres creux ». Ceux-là triment dur, se prostituent au besoin pour survivre, vivent dans des taudis et sont travaillés tant par un parti communiste (KPD) très bien implanté à Berlin que par les nazis, qui tentent d’encadrer des masses misérables.

• L’une des qualités de la série est justement de ne pas trop en rajouter sur l’inéluctable montée du national-socialisme, d’autant qu’avant la crise de 1929, il était plutôt en berne. Babylon Berlin insiste bien sur l’attitude très conservatrice des groupes dirigeants (hommes d’affaires, officiers), plutôt nostalgiques du Second Reich (1871-1918) et fermement décidés à mettre à bas la République de Weimar.

• Babylon Berlin est servi par une distribution impeccable et notamment un duo empreint d’humanité, avec tous les attraits, les contrastes, et les contradictions imaginables. Il y a d’abord la figure torturée du commissaire Gereon Rath (Volker Bruch), habité par les traumas familiaux et guerriers, rongé par une culpabilité liée aux rapports complexes avec son défunt frère, Anno. En contrepoint, Liv Lisa Fries campe une Lotte Ritter toute en spontanéité et en vitalité, qui surmonte tant bien que mal les déterminismes et les assignations liées à sa condition sociale et à son genre, avec une énergie positive, qui lui donne un charme et un “peps“ irrésistibles.

• Un soin tout particulier a été apporté au traitement des images et de la musique (ainsi l’excellent Zu Asche Zu Staub, qui accompagne la première saison), pareillement envoûtantes et en phase avec l’époque et le sujet abordés.

POINTS FAIBLES
• Certains pourront se montrer un peu critiques quant à la vision de “carte postale“ de la République de Weimar - une orgie de débauche, de fêtes, où prospèrent des expériences et des discours en tous genres, sur fond de criminalité omniprésente, et avec une élite insoucieuse des masses – manifestement inspirée par l’expressionnisme allemand des années vingt dans les arts visuels (peinture, cinéma). Elle s’écarte peu des œuvres postérieures à la République de Weimar telles que le Cabaret de Bob Fosse (1972), ou encore L’œuf du serpent d’Ingmar Bergman (1977).

EN DEUX MOTS
Babylon Berlin en dit long sur la manière dont l’effervescence artistique peut combiner au tragique social et politique en un lieu et à un moment donnés de l’histoire d’un pays.

UN EXTRAIT
« Zu Asche, zu Staub
dem Licht geraubt
doch noch nicht jetzt
Wunder warten bis zuletzt »
(...)
Du bist dem Tod so nah
und doch dein Blick so klar
erkenne mich
ich bin bereit
und such mir die Unsterblichkeit. »

Traduction :

« En cendres et poussière
Dérobées à la lumière
Mais pas immédiatement
Les miracles attendent le dernier moment.
(...)
Ta mort est si proche
Et pourtant ton regard est si clair
Tu me reconnais
Je suis prêt
Et en quête d'immortalité. »

(premier et dernier couplets du générique de Babylon Berlin)

LE REALISATEUR 
La série s’inspire des Enquêtes berlinoises du commissaire Rath (La mort muette, Goldstein, Babylon Berlin, Le poisson mouillé), écrites par Volker Kütscher un journaliste né en 1962, et passé avec succès au roman policier.

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