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"20th century women" : c'était hier, et c'est déjà très loin...
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"20th century women" : c'était hier, et c'est déjà très loin...

François Quenin pour Culture-Tops

François Quenin pour Culture-Tops

François Quenin est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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20th Century Women
De Mike Mills
Avec Annette Bening, Elle Fanning, Greta Gerwig, Billy Crudup, Lucas Jade Zumann

LE REALISATEUR

Éminent représentant du cinéma indépendant américain, Mike Mills étincelle de mille talents à commencer par celui de graphiste qui lui a ouvert les portes des galeries d’art dans les capitales du monde. Au cinéma, il s’est fait connaître avec deux films personnels, « Age difficile obscur » avec Keanu Reeves et Tilda Swinton, et « Beginners », avec Ewan McGregor et Mélanie Laurent. 

À 50 ans, il revisite son adolescence dans ce troisième long métrage, « 20th Century Women », tout aussi séduisant et pertinent que les deux autres.

THEME

Tout tourne autour de Dorothea Fields (Annette Bening). Elle habite une vénérable demeure de Santa Barbara, sur la côte ouest des Etats-Unis, une vaste maison dont elle loue quelques chambres. William (Billy Crudup) en est l’un de ses locataires transformé en homme à tout faire tant la demeure demande réfection. L’autre locataire est la fantasque artiste Abbie (Greta Gerwig). Il faut y ajouter Jamie (Lucas Jade Zumann), l’ado rebelle qui a du mal à supporter Dorothea, sa maman trop protectrice. Et enfin Julie (Elle Fanning) la très jeune et très jolie voisine, amie platonique de Jamie qui s’en plaint amèrement car elle n’est platonique qu’avec lui – « tu es mon amie, s’excuse-t-elle, ça changerait notre relation ».

POINTS FORTS

« 20th Century Women » est un tableau guilleret de l’Amérique des années 1980, juste avant que le sida ne déboule. C’est le triomphe de la contraception pour les femmes : elles sont trois, la mère autour de la cinquantaine, qui n’en aura sans doute plus besoin ; l’artiste photographe trentenaire Abbie qui, elle, est en plein dedans en principe, parce que la vie intime n’est jamais simple ; et la très jeune Julie, belle comme un cœur, qui va devoir l’utiliser, la contraception, pour ne pas tomber enceinte à 17 ans. 

Nous sommes dans l’Amérique de Carter en fin de mandat, un pays prospère et pourtant plongé dans le doute qui va se remettre en selle avec Reagan. La maisonnée est comme le pays, ses habitants sont à la fois généreux et repliés sur leur quotidien, querelleurs et magnanimes, et surtout libertaires depuis les années 1960. C’est bientôt fini et la nostalgie pointe.

C’est quand la maman Dorothea, inquiète d’élever seule, sans homme, son ado qui lui échappe, demande aux deux filles de l’aider dans cette tâche, que les choses vont se compliquer. Car le jeune Jamie veut se débrouiller tout seul, éventuellement avec son amie, mais surtout pas avec sa mère. 

On n’oublie jamais l’autre métier du cinéaste, celui de graphiste. Il lui arrive de tordre un peu l’image et de la colorer bizarrement quand les personnages se lancent en auto sur les routes de l’Ouest pour une virée « dans ce monde moderne » comme le dit Dorothea. La voiture, symbole de liberté et d’échappée belle, on aime.

POINTS FAIBLES

Le réalisateur pratique l’art de la déconstruction chronologique. C’est séduisant et recherché. Cela fait travailler le spectateur qui se demande à quel endroit du récit il se trouve et comment raccrocher les wagons. Au moment où on est un peu perdu, ce peut être agaçant.

EN DEUX MOTS

Mike Mills a passé sa jeunesse à Santa Barbara qui n’était pas encore ce refuge pour stars richissimes, dit le cinéaste, mais une ville moyenne agréable à vivre pour son climat très tempéré : « À Santa Barbara, les gens de la classe moyenne se mélangeaient aux plus fortunés, alors qu’aujourd’hui, les habitants sont soit extrêmement riches, soit très pauvres. » Dans chacun de ses films, il distille un peu de son passé. Dans celui-ci, il parle avec une émotion discrète de sa relation avec sa mère.

Annette Bening est magnifique en femme mûre revenue de tout mais pas de la recherche du bonheur. Greta Gerwig, que l’on a tellement aimée dans « Frances Ha », est bouleversante en artiste punk déjantée et fragile. Quant à Elle Fanning, étoile montante du cinéma américain, elle éclaire l’écran de son visage rayonnant. 

Ce film est un hommage aux femmes de la deuxième moitié du XXe siècle, qui ont connu les hommes entre deux époques, celle du patriarcat et celle du féminisme : tel apparaît William, ce personnage doux, tendre et irresponsable, dépassé par ces trois belles femmes qu’il observe avec circonspection, comme nous spectateurs.

UN EXTRAIT

Ou plutôt plusieurs:

- « Les années 78-79 marquent le début de la période contemporaine, même si vers la fin de cette décennie on n’était absolument pas préparé aux grands bouleversements qui suivront. D’où le sentiment que “20th Century Women” est une ode nostalgique à une époque d’innocence à jamais révolue. » Mike Mills

- « L’être humain s’est toujours adapté au changement, mais c’est le rythme de ces mutations qui est inédit depuis la fin du XXe siècle. Et si j’ai adoré ce scénario, c’est notamment parce que j’étais une jeune fille en 1979, vivant en Californie, si bien que je m’identifie aux personnages féminins du film. » Annette Bening

- « L’identité de l’homme ne se définit plus par ses actes mais par des possessions matérielles. Pourtant, nous nous sommes rendu compte que la propriété et la consommation ne satisfont pas notre quête de sens. » Jimmy Carter, allocution prononcée le 15 juillet 1979.

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