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Comment la baisse du taux de chômage masque la réalité d'un marché de l'emploi où plus du tiers des salariés considèrent que leur emploi n'est pas satisfaisant
©ERIC PIERMONT / AFP

Taux d'adéquation

Comment la baisse du taux de chômage masque la réalité d'un marché de l'emploi où plus du tiers des salariés considèrent que leur emploi n'est pas satisfaisant

38% des chômeurs ayant retrouvé un emploi en 2015 continuaient de chercher un emploi après leur embauche, confirmant ainsi les thèses de "l'emploi inadéquat" signalant l'incapacité du marché de l'emploi à absorber les salariés à leur juste niveau.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Atlantico : Selon une étude réalisée en 2012, 35 % des Français étaient en situation "d'emploi inadéquat" en 2010. Au-delà du taux de chômage, que révèlent cette notion "d'emploi inadéquat" ?

Nicolas Goetzmann : Il est déjà nécessaire de bien séparer les concepts. Le taux de chômage permet de faire une distinction, au sein de la population active, entre ceux qui ont un emploi et ceux qui n'en ont pas. Par conséquent, le taux de chômage, qui est actuellement de 10% de la population active en France, ne dit rien de ceux qui ont un emploi, de leurs conditions de travail, et de l'adéquation des emplois en question avec les salariés. Et c'est là que les concepts de sous-emploi, ou d'emploi inadéquat, peuvent donner une indication. Le chiffre cité de 35% correspond donc aux personnes qui ont un emploi, mais qui souhaiteraient pouvoir changer leurs conditions de travail, notamment en raison de l'inadaptation de leur emploi à leur niveau de qualification, de l'inadaptation du salaire, d'un nombre d'heures excessifs, des emplois précaires, des emplois à très bas salaires etc…Et c'est effectivement avec ce type d'approche que l'on peut mesurer l'état de "tension" du marché du travail.

Ce mercredi 5 avril, la DARES publiait un rapport sur les personnes ayant retrouvé un emploi au courant de l'année 2015. Parmi la faible proportion de ceux qui ont retrouvé un emploi, seuls 34% d'entre eux sont parvenus à décrocher un CDI, 36% en CDD (ou saisonniers), 14% sont en intérim, 10% de contrats aidées, et 6% sont à leur compte. Le résultat est que 38% des personnes qui ont retrouvé un emploi au cours de cette année 2015 étaient toujours à la recherche d'un autre emploi 3 mois après leur reprise d'activité, simplement parce que l'emploi trouvé ne correspond pas aux attentes du salarié. " 36 % se disent insatisfaits de leur salaire, 26 % de la durée de leur contrat de travail, 24 % de leur contrat de travail, 17 % de leur temps de travail et 14 % de la distance entre leur domicile et leur travail. Au total, 54 % expriment une insatisfaction par rapport à l’un au moins de ces aspects de l’emploi retrouvé." Pourtant, de nombreuses personnes qui ont trouvé un emploi suite à une période de chômage se déclarent satisfaits, même si cet emploi ne correspond ni au salaire attendu, ni à leur niveau de qualification.

Quelles sont les principales causes d'insatisfaction des salariés ? 

La dernière étude relative à cette question date de 2007, c’est-à-dire avant la crise, et pourtant, c'était déjà le salaire qui était le plus souvent évoqué. "Dans les entreprises de plus de 10 salariés du secteur marchand, 55 % des salariés se déclarent plutôt insatisfaits de leur salaire en lui attribuant une note inférieure ou égale à 5 sur 10. Seuls 28 % expriment une satisfaction quant à la rémunération de leur expérience professionnelle et 46 % quant à la rémunération de leur niveau d’études.". Et comme le rappelait l'INSEE, si la question du montant du salaire est évidemment abordée, il est également question de ce que le salarié espère, en fonction de son expérience, de ses études, de son ancienneté dans l'entreprise etc…. Et ces chiffres datent d'avant crise, et ce qui est constaté aujourdhui, c'est que le niveau de vie de français a baissé lors de ces dernières années, avec un PIB par habitant qui est resté figé. Il faut également évoquer le cas des salariés les plus mal lotis. Parce que la France compte 3.6 millions de personnes à bas salaires, c’est-à-dire ayant un salaire correspondant à deux tiers du salaire médian, et plus de la moitié d'entre eux (10% du total des salariés) ont des très bas salaires, c'est dire équivalent à la moitié du salaire net médian.

La question de la "fin du travail" - du fait de la robotisation notamment - occupe de nombreux chercheurs aujourd'hui, et commence même à être posée dans la sphère politique par le biais du débat sur le revenu. Peut-on penser que le "sous-emploi" risque de devenir une norme dans les années à venir ?

La mondialisation et la robotisation sont effectivement de grandes sources d'inquiétude pour les années à venir mais la faute principale de cette tendance à la précarisation des emplois est avant tout une question qui dépend de l'orientation macroéconomique de la zone euro. L'objectif essentiel de cette stratégie devrait être celle du plein emploi, à travers une révision du mandat de la BCE, ce qui permettrait une réaction en chaîne sur le marché de l'emploi. Le premier point est une baisse du nombre de chômeurs concomitants à un rebond de l'activité économique. Puis, si ce rebond est maintenu dans le temps, les employeurs se trouvent contraints de "débaucher" des salariés dans des entreprises concurrentes, ce qui peut se réaliser en proposant de meilleurs salaires. Une fois que le rapport de force entre employeurs et employés est rétabli, les entreprises subiront une pression accrue au moment de faire le choix entre payer mieux leurs salariés, et distribuer les profits aux actionnaires. C'est lorsqu'il est dans l'intérêt de l'entreprise de faire progresser les salaires, pour éviter le risque de voir ses salariés être débauchés par les concurrents, que l'économie va pouvoir compter sur une spirale vertueuse. Nous en sommes très loin, mais tous les outils sont sur la table pour y parvenir. 

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