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Terrorisme : quand l'Etat islamique ubérise Al Qaïda
©Reuters

Terreur collaborative

Terrorisme : quand l'Etat islamique ubérise Al Qaïda

Les grands acteurs traditionnels du terrorisme islamiste voient leurs stratégies bousculées par de nouveaux acteurs à la fois plus flexibles et plus innovants. Mais peuvent-ils reprendre la main ?

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Son dernier roman : Deuxième mi-temps, Intervalles, 2019

 

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Al Qaeda vs. Daesh, c'est un peu l’hôtellerie traditionnelle contre Airbnb et les taxis à licence contre Uber. Une grosse organisation structurée traditionnellement, capable de monter d'importantes et coûteuses opérations et se développant à l'international par l'ouverture de franchises confiées à des professionnels du terrorisme titulaires de MBA des meilleures madrasas bousculée par une start-up recrutant sur le Web des jeunes gens sans formation, certes, mais extrêmement motivés pour de brèves missions low-cost...

 

D'un certain point de vue, c'est assez encourageant. De trop nombreux candidats au Jihad ne bénéficiant ni d'un environnement familial propice à l'étude de l'histoire du Califat, ni des moyens de voyager à travers le monde pour y effectuer les stages pratiques indispensables à la constitution d'un CV assez solide pour séduire les recruteurs, étaient jusqu'à présent exclus du marché du massacre de masse. Pour ne rien dire des candidates, scandaleusement cantonnées à des carrières subalternes d'épouses de combattants –parfois même de seconde, voire de troisième épouse !– et sans réelle perspective d'évolution de carrière vers le martyrat (le veuvage, à la limite, mais s'agit-il vraiment d'une promotion ?).

 

Avec Daesh, tout est changé. Quelques heures d'e-learning via ISIS.com sur le maniement d'une copie bulgare de kalachnikov, visionnage d'une ou deux heures de MOOC sur l'insertion d'un suppositoire explosif, une petite auto de catégorie A louée chez Europcar, une chambre de bonne collaborative à Saint-Denis et, bing (boum?), you're in business ! C'est sûr, 130 victimes dans une salle de concert rock du onzième arrondissement, c'est moins flamboyant que 3 000 morts au World Trade Center, mais les avantages sociaux dans l'au-delà sont sensiblement les mêmes, du quota de houris célestes au portrait pleine page en une de Libé.

 

Al Qaeda peut-il encore rattraper le coup ? Reprendre la main dans un paysage terroristique en plein bouleversement ? Ayman al-Zaouahiri –le dauphin d'Oussama Ben Laden– veut y croire, qui rappelle qu'il a lui aussi développé sa propre structure à bas coût en parallèle de ses activités à gros budget au Yémen, à l'instar du déploiement de Transavia par Air France, l'utilisation des frères Kouachi pour l'opération Charlie Hebdo, que leur profil de brutes 'analphabètes destinait plutôt à une intégration rapide à Daesh, étant un bon exemple de cette volonté d'adaptation.

 

Pour l'un comme l'autre, pour autant, le risque existe toujours de l'émergence de nouveaux acteurs plus innovants encore, voire de l'irruption de Facebook, de Google ou d'Amazon sur leur créneau. Disruption, quand tu nous tiens...

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